5 min de lecture Présidentielle 2017

François Fillon : pourquoi cette campagne va laisser des traces à droite

DÉCRYPTAGE - Malgré l'unité de façade, la droite et le centre traversent une crise profonde à moins de 50 jours de la présidentielle.

François Fillon, à Paris le 6 mars 2017
François Fillon, à Paris le 6 mars 2017 Crédit : GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
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Ludovic Galtier
Journaliste RTL

Révélations dans la presse de soupçons d'emplois fictifs, nomination de juges, défections des membres de son équipe de campagne et rassemblement en guise de bouquet final. On ne compte plus les épisodes et les rebondissements, qui émaillent depuis la fin du mois de janvier la campagne de François Fillon, le candidat de la droite à la présidentielle. Car, on peut le dire désormais : c'est bien lui, le vainqueur incontesté de la primaire de novembre, qui représentera Les Républicains au premier tour de l'élection présidentielle. Incontesté, François Fillon l'était en novembre, incontesté François Fillon le reste aujourd'hui. Le message de Gérard Larcher et Bernard Accoyer, prononcé à l'issue du comité politique du 6 mars, est passé. Mais derrière l'unité de façade affichée par les ténors pour limiter les pots cassés et (enfin) faire campagne, le parti de droite traditionnelle est une fois encore fracturé.

L'entêtement de François Fillon, empêtré dans une affaire politico-judiciaire et sous la menace d'une mise en examen le 15 mars, a désabusé plus d'un soutien du candidat. Patrick StefaniniThierry Solère, Gilles Boyer, Christian Estrosi, Valérie Pecresse, Nadine Morano, l'UDI... À 42 jours de la présidentielle, nombreux sont ceux à avoir demandé son départ et remis en cause sa candidature. Avant de faire machine arrière pour beaucoup d'entre eux, constatant l'échec de l'hypothèse du plan B. Depuis, leur position est moquée puisqu'ils soutiennent un candidat qu'ils délégitimaient quelques heures plus tôt. Dans les meetings, les militants fillonistes ont la rancune tenace. Ils les surnomment "les déserteurs".

Le noyau des militants et sympathisants LR s'est radicalisé

Alain Juppé, maire de Bordeaux
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La violence des débats de la primaire n'est sans doute pas exsangue de toute responsabilité. Dans sa déclaration du lundi 6 mars, où il renonçait "une bonne fois pour toute" à être un recours en cas de retrait de François Fillon, Alain Juppé n'a pas calmé le jeu, bien au contraire. "Comme l'a montré la manifestation d'hier au Trocadéro, le noyau des militants et sympathisants LR s'est radicalisé (...) Aujourd'hui, ce rassemblement est devenu plus difficile encore, une partie du centre que certains d'entre nous ont rudement stigmatisé nous a quittés."

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Est-ce une des conséquences de sa déclaration ? Un temps annoncée, la photo de famille Fillon-Sarkozy-Juppé, censée scellée le rassemblement, n'aura finalement pas lieu. Ce qui fait dire à Alba Ventura, éditorialiste RTL : "Résultat : trois échecs, en trois névroses plutôt, entre un Sarkozy qui a empêché Juppé pour placer ses amis, un Fillon empêché puis repêché (jusqu'à quand ?) et un Juppé qui s'est empêché lui-même. La grandeur de la droite dans toute sa splendeur."

Les juppéistes, Bruno Le Maire... Ils n'ont pas rejoint le navire

Cet ultime coup d'éclat d'Alain Juppé marque-t-il la rupture (déjà bien entamée) du camp Fillon avec sa ligne ? Si Alain Juppé, dragué par Emmanuel Macrona accordé (très tardivement) son parrainage à François Fillon, Gilles Boyer et Benoist Apparu, les indéfectibles du maire de Bordeaux, n'ont pas manifesté publiquement leur envie de recoller les morceaux. Il en est de même pour Bruno Le Maire. Le candidat de la primaire de la droite, le premier à avoir rejoint François Fillon au soir du premier tour, n'a selon toutes vraisemblances pas changé de position. Dans l'un de ses derniers tweets, il a partagé une de ses interviews dans laquelle il réclamait encore le départ de François Fillon. En cas de défaite du candidat de droite, nul doute que l'unité volera en éclat..

Les sarkozystes en embuscade

Si certains se détournent de François Fillon, les sarkozystes, eux, ne veulent pas porter la responsabilité de la défaite. Maintenant que l'épisode de la tempête, durant lequel Nicolas Sarkozy a tiré quelques ficelles, est clos, le semblant d'unité doit s'imposer chez Les Républicains. François Fillon l'a bien compris. Il compte désormais sur le soutien des fidèles lieutenants de l'ancien chef de l'État. François Baroin, Luc Chatel et Christian Jacob, tous trois présents au Trocadéro le 5 mars, ont été intégrés à l'équipe de campagne du candidat de la droite jeudi 9 mars. Longtemps pressenti comme le premier ministre potentiel de Nicolas Sarkozy, si ce dernier remportait la présidentielle, François Baroin a été propulsé comme responsable du rassemblement politique. 

Tout faire pour éviter un 21 avril à l'envers

Sur cet aspect, la suite de cette campagne pourrait s'annoncer décisive, car la menace de disparition de la droite traditionnelle est réelle en 2017. Toujours présente au second tour des élections présidentielles sous la Ve République, l'alliance entre la droite et le centre pourrait connaître un sacré revers et s'effacer considérablement des écrans radars après le 7 mai 2017. À en croire les sondages les plus récents, Marine Le Pen et Emmanuel Macron font la course en tête des intentions de vote avec plus de 25% des voix quand François Fillon décroche avec moins de 20%.

L'absence de François Fillon au second tour de la présidentielle équivaudrait donc à un 21 avril à l'envers. Un scénario qui serait désastreux pour la droite, qui fait évidemment tout pour l'éviter. C'est pourquoi dans la dernière ligne droite, elle est parvenue à rallier en catastrophe l'UDI à sa cause : le parti de Jean-Christophe Lagarde, qui ne compte pas de leader naturel dans ses rangs, a profité du rapport de force en sa faveur pour améliorer son accord électoral. Des candidats centristes seront présents dans 96 circonscriptions, au lieu des 68 prévues au départ.

La jurisprudence de 1995

Bien sûr, rien n'est irréversible pour François Fillon. Par le passé, la droite a prouvé qu'elle pouvait déjouer les pronostics. En 1995, et ce malgré les divisions internes, Jacques Chirac était parvenu à créer la surprise alors que le parti lui avait préféré Édouard Balladur. "Le tracteur ultra-moderne Édouard Balladur a fini par se faire distancer par le laboureur Jacques Chirac", analysait Alain Duhamel le 30 décembre 2016 sur RTL.

La main de fer de Jacques Chirac et l'omnipotence de Nicolas Sarkozy à partir du début des années 2000 avaient ensuite encouragé le culte du chef. La défaite de l'ancien président face à François Hollande en 2012 a ensuite rebattu les cartes et déclenché une crise de leadership. Des plaies qui n'ont pas encore cicatrisées.

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2017-03-12 12:14:00
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