7 min de lecture Présidentielle 2017

Présidentielle 2017 : ce qu'il faut retenir du "Grand Débat"

ÉCLAIRAGE - Marine Le Pen, Emmanuel Macron, François Fillon, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon ont participé au premier débat de la présidentielle, lundi 20 mars sur TF1.

Fillon, Macron, Mélenchon, Le Pen et Hamon lors du débat du 20 mars sur TF1
Fillon, Macron, Mélenchon, Le Pen et Hamon lors du débat du 20 mars sur TF1
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Romain Renner
Journaliste RTL

Lundi 20 mars, TF1 a accueilli un débat qui a opposé François Fillon, Benoît Hamon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Il s'agissait du premier grand rendez-vous de la campagne présidentielle. Les 5 candidats les mieux placés dans les sondages et présentés comme "les principaux" de l'élection, se sont affrontés sur trois thèmes : la société, l'économie et la place de la France dans le monde. Un troisième thème qui n'a pas pu être totalement exploité, les deux premiers ayant duré plus longtemps que prévu.

Les discussions se sont animées à mesure que l'émission a avancé et les piques, plus ou moins dissimulées, ont été légion. Les ennuis judiciaires de François Fillon, les idées de Marine Le Pen et les donateurs d'Emmanuel Macron ont été autant de sujets qui ont mené les débatteurs à s'invectiver tout au long de la soirée.

Une polémique avant même le début de l'émission

L'annonce du casting de l'émission a créé une polémique. François Asselineau et Nathalie Arthaud ont demandé à leurs concurrents de ne pas participer au débat car tous les candidats - ils sont onze - n'ont pas été conviés. Nicolas Dupont-Aignan est celui qui a le plus fait entendre sa voix. Le maire d'Yerres (Essonne) a appelé au boycott du Grand débat et a manifesté son mécontentement en quittant avec fracas le plateau du JT de TF1, dimanche 19 mars, accusant la chaîne de "confisquer l'émission".

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Le groupe TF1 a répliqué dans un communiqué ce dimanche, en invoquant "la liberté éditoriale de TF1". La chaîne a estimé que l'absence de six candidats - Nicolas Dupont-Aignan, François Asselineau, Nathalie Arthaud, Jacques Cheminade, Jean Lassalle et Philippe Poutou - "ne remet pas en cause les règles du pluralisme dans la mesure où le principe d'équité est respecté par ailleurs", en s’appuyant sur la décision du CSA. 

François Fillon, premier candidat à prendre la parole, a taclé l'organisation de l'émission, pointant du doigt un "problème de démocratie". Selon lui, s'appuyer sur les sondages l'aurait empêché de participer aux débats de la primaire de la droite. Emmanuel Macron a assuré "partager" les propos de son rival de droite "concernant l'absence des autres candidats". Un avis partagé par Marine Le Pen, qui a considéré que "TF1 pourrait s'honorer à organiser un débat dans les mêmes conditions avec les six candidats restants".

L'économie au coeur des débats

Les programmes étant déjà connus, la soirée du 20 mars a surtout permis aux candidats de remettre l'accent sur leurs mesures-clés. Benoît Hamon a, par exemple, particulièrement insisté sur le revenu universel d'existence tandis que Marine Le Pen a souligné l'importance de l'indépendance nationale et la nécessité de retrouver des frontières.

Les questions d'économie auront permis à chacun de marquer sa différence par rapport aux autres. François Fillon a notamment fustigé le manque de précision et/ou de sérieux de ses adversaires. L'ancien premier ministre a fustigé les propositions de Benoît Hamon, "qui veut le retour aux 32 heures et un revenu universel dans un pays qui a 2.200 milliards d'euros de dettes", critiqué les positions d'Emmanuel Macron, "toujours un peu à gauche et un peu à droite" et qualifié Marine Le Pen de "serial killer du pouvoir d'achat des Français" à cause de sa volonté de sortir de l'euro. "Vous nous conduisez à la ruine", a-t-il ajouté, recevant le soutien d'Emmanuel Macron. "Vous pratiquez le projet peur", a répliqué la présidente du FN, selon qui les arguments de ses contradicteurs sont équivalents à ceux des opposants au Brexit. "Sur les retraites, le projet de Madame Le Pen, c'est le programme commun de la gauche en 1981", a, plus tard, attaqué François Fillon.

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"Le Grand Débat" : pour Fillon, Marine Le Pen est "le vrai serial killer du pouvoir d'achat" Crédit Image : Capture d'écran TF1 | Crédit Média : TF1 | Durée : | Date :

Le ton est rapidement monté

Loin des places qualificatives pour le second tour, selon les sondages, Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon ont haussé le ton au cours du débat. Les deux candidats de gauche, qui ont finalement choisi de ne pas s'allier au terme d'un vrai-faux suspense de plusieurs jours après la primaire de la Belle alliance populaire, ont rapidement orienté leurs attaques sur Marine Le Pen. La première banderille a été planté par Jean-Luc Mélenchon, qui a coupé la parole à la présidente du Front national lorsqu'elle a évoqué la nécessité de consacrer 50% du temps des écoliers à l'apprentissage du français. "Mais tout le monde parle français à l'école !", s'est-il emporté. Le candidat de la France insoumise a été rejoint par Benoît Hamon, qui a qualifié les propos de Marine Le Pen sur la langue française de "nauséabonds".


Quelques minutes plus tard, l'ancien ministre de l'Éducation nationale est revenu plus fort. "Je veux bien que vous soyez une droguée des pages faits divers mais vous êtes candidate à la présidence de la République", lui a-t-il asséné après que Marine Le Pen a évoqué "l'explosion de l'insécurité". Et les tensions ne sont pas retombées lorsque la question de l'immigration a été abordée. La députée européenne a expliqué vouloir prendre des mesures "de dissuasion à l'immigration", évoquant notamment les aides dont les étrangers bénéficient lorsqu'ils arrivent sur le territoire national. "Vous croyez qu'ils s'occupent de ça avant de partir ? lui a demandé Jean-Luc Mélenchon. Bien sûr que non !"

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"Le Grand Débat" : Mélenchon attaque Le Pen sur la question de l'éducation Crédit Image : Capture d'écran / TF1 | Crédit Média : TF1 | Durée : | Date :

L'épineuse question de la laïcité

Mais c'est bien sur la question de laïcité que les discussions se sont le plus enflammées. Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ont ouvert les hostilités. "Personne n'a contesté la laïcité pendant un siècle", a assuré la présidente du Front national. "Ah bon ? lui a répondu Jean-Luc Mélenchon. Il a fallu attendre 1906 pour que l'Église reconnaisse le suffrage universel". Et Marine Le Pen de poursuivre son raisonnement d'application stricte de la laïcité, se faisant reprendre par ses débatteurs, qui lui ont demandé si elle comptait abandonner le concordat, qui s'applique en Alsace-Moselle. Alors qu'elle a répondu par la négative, Marine Le Pen a été reprise par Benoît Hamon : "C'est la laïcité comme ça vous arrange !"

La candidate soutenue par le Front national s'est ensuite aventurée sur le terrain du port du voile et du burkini. Deux thèmes sur lesquelles elle a trouvé deux adversaires. Jean-Luc Mélenchon, d'abord, qui a ironisé : "Vous voulez mettre en place une police du vêtement ? Où allez-vous ?" Mais la charge la plus violente aura été celle d'Emmanuel Macron, qu'elle a accusé de soutenir le port du burkini. "Vous serez gentille, je ne vous fais pas parler et n'ai pas besoin d'un ventriloque. Quand j'ai quelque chose à dire je le dis clairement", a rétorqué le candidat d'"En Marche !". Pour Emmanuel Macron, le sujet du burkini "n'a rien à voir avec la laïcité parce que ce n'est pas cultuel, c'est un sujet d'ordre public. Le burkini, je suis pour éviter, comme le piège nous est tendu par celles et ceux qui veulent diviser la société, d'en faire un grand débat de laïcité", a poursuivi l'ancien ministre de l'Économie, soutenu par Jean-Luc Mélenchon qui a adressé un vif "comme vous !" à Marine Le Pen, lorsque le candidat Macron a évoqué "celles et ceux qui veulent diviser la société".

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"Le Grand Débat" : Le Pen, Macron et Mélenchon s'épinglent sur la laïcité Crédit Image : Capture d'écran / TF1 | Crédit Média : TF1 | Durée : | Date :

Le boulet du bilan

Les discussions ont régulièrement tourné autour du bilan plus ou moins porté par les différents débatteurs. Premier ministre de 2007 à 2012, François Fillon a été à plusieurs reprises renvoyé à son action à la tête de l'État. Emmanuel Macron lui a par exemple reproché de ne pas avoir supprimé les 35 heures, alors qu'il les critique. "Je les ai beaucoup assouplies, lui a-t-il répondu. Mais on n'est pas allé assez loin". Marine Le Pen a, elle, attaqué les hausses d'impôts décidés durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Même angle d'attaque pour Benoît Hamon, qui a fustigé la suppression de postes dans la police durant la même période. François Fillon, qui s'est le plus souvent défendu, a toutefois fait amende honorable sur la question des agences régionales de santé, qu'il a créées, concédant leur caractère "bureaucratique" et leur échec.

Emmanuel Macron a également eu droit à des attaques concernant la période durant laquelle il était au gouvernement (2012-2014 en tant que secrétaire général de la présidence de la République puis de 2014 à 2016 comme ministre de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique). L'ancien ministre de l'Économie a dû s'expliquer sur les propositions qu'il formule comme candidat mais qui n'ont pas été exposées lorsqu'il était au pouvoir.

Marine Le Pen et François Fillon ont, quant à eux, attaqué les positions internationales de la France de François Hollande. L'ancien premier ministre a reproché au président de la République sa politique interventionniste et son soutien au maréchal Sissi, chef de l'État égyptien. La présidente du Front national a, elle, assuré que le gouvernement actuel était positif avec le front al-Nosra, "il y a encore quelques mois". Une affirmation qui a fait bondir Benoît Hamon : "C'est n'importe quoi, a-t-il répété plusieurs fois. C'est grave".

Jean-Luc Mélenchon, candidat le plus convaincant, selon vous

Fidèle à lui-même sur le fond et la forme, Jean-Luc Mélenchon a visiblement séduit les lecteurs de RTL.fr. Au terme du débat, le candidat de la France insoumise avait séduit 49% des 18.300 personnes qui ont voté à notre sondage, très loin devant Emmanuel Macron (18%) et François Fillon (18%), Benoît Hamon (8%) et Marine Le Pen (8%).

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2017-03-21 00:25:00
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