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Emmanuel Macron et Édouard Philippe : "48 heures ratées", selon Olivier Mazerolle

ÉDITO - Après les allocutions successives du chef de l'État lors du Congrès de Versailles et du Premier ministre à l'Assemblée, l'heure est venue de tirer le bilan de ces deux journées.

Emmanuel Macron, le 3 juillet 2017 au château de Versailles
Emmanuel Macron, le 3 juillet 2017 au château de Versailles Crédit : ERIC FEFERBERG / POOL / AFP
Olivier Mazerolle
Olivier Mazerolle Journaliste RTL

Quarante huit heures ratées et à oublier. Elles devaient éclairer les Français sur les motivations du président qu'ils viennent d'élire. Le discours stratosphérique du président de la République, élitiste au possible, n'a pas atteint l'objectif annoncé. Beaucoup de généralités, de principes généreux. Qui peut s'ériger contre la liberté, contre un projet présenté comme progressiste et humaniste, contre l'énoncé selon lequel "la seule cause qui vaille est la cause de l'homme"? C'est une affaire entendue. Nous avons un président érudit et intelligent. Son discours abordait de hauts principes intellectuels. Il aurait sans doute fait merveille dans l'enceinte de la Sorbonne. Mais il se trouve qu'Emmanuel Macron n'est pas maître de conférence. Il est président de la République, celui qui explique, convainc et mobilise. 

Il est peu probable que la nation se livre à une profonde introspection à la suite de la référence au principe "d'effectivité" de Simone Weil, malgré sa pertinence et la passionnante délibération philosophique qui en découle. Pas une phrase dans ce discours qui en synthétise la signification, qui capte l'attention comme Kennedy avait su le faire avec la "Nouvelle Frontière". Que la "pensée complexe" du président, pour reprendre la formule de l'Elysée, échappe aux journalistes n'est, pas bien grave en soit. Il est plus dommageable qu'elle lasse les représentants du peuple et avec eux, le peuple lui-même, estourbi par ce surcroît d'intelligence qui le plonge dans le virtuel. Puisque la référence aux États-Unis est à la mode, Emmanuel Macron se souviendra peut-être qu'à la longue, Al Gore, hyper favori pour la présidentielle de l'an 2000, avait été battu par George Bush junior, parce que, précisément, son intelligence éclatante avait fini par exaspérer les électeurs.

Le discours d'Édouard Philippe "manquait de charpente"

Tout ceci ne serait que conjectures sur l'avenir si le ratage de Versailles n'avait pas provoqué le ratage de l'Assemblée. Assurément, le gouvernement a-t-il obtenu sans surprise une large confiance. Certes, Édouard Philippe a donné dans le concret avec une application digne d'éloges. Son accumulation de mesures annoncées, souvent présentées comme des objectifs sans la méthode pour y parvenir, était ébouriffante. Mais il lui manquait la charpente, l'ossature qui donnait à ce programme une cohérence d'ensemble. Condamné par l'exercice présidentiel à se présenter en chef d'équipe distribuant les tâches, il ne pouvait en justifier l'exigence, sauf à donner le sentiment de verser dans le psittacisme. Fin lettré, le Premier ministre méritait meilleur traitement.

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D'autant que certaines de ses annonces auraient mérité un développement susceptible  de leur donner du poids. C'est le cas, par exemple, de la réforme du bac. Ou du rôle de la culture dans la formation des âmes et l'appropriation des valeurs qui forment une communauté nationale. Et de la rénovation du modèle social destiné à accompagner "celui qui veut prendre un risque". Seule la question budgétaire, qui semble être devenue la priorité gouvernementale a eu droit à un léger développement pour justifier les économies annoncées. Il en va de la souveraineté nationale et du retour à la raison qui interdit de dépenser systématiquement plus que ce que ce que l'on possède. La masse salariale des fonctions publiques et certaines allocations, comme l'aide au logement figurent en première ligne pour les tours de vis à venir. Les réformes de l'ISF et du CICE sont reportées d'un an, ce qui ternit la promesse de réalisation rapide des promesses de campagne. Édouard Philippe va devoir se préparer à développer une argumentation beaucoup plus élaborée pour faire passer la pilule, aussi justifiée soit elle.  

Le Premier ministre est également entré un peu plus dans les détails sur la réforme territoriale, imaginant des expérimentations qui donneraient plus de responsabilités aux pouvoirs locaux. Cette ébauche de réflexion est la bienvenue. Elle constitue un complément indispensable à l'annonce faite par le président de la République sur la diminution du nombre de parlementaires. Celle-ci est souvent justifiée par la comparaison établie avec les États-Unis, qui ne comptent que 435 députés pour quatre fois plus d'habitants que la France. Sauf que cette moindre proximité avec le terrain est, aux États-Unis, très largement compensée par le système fédéral qui confère d'énormes pouvoirs aux élus locaux que sont le gouverneur et le Congrès élus dans chacun des États.

Des interrogations demeurent

C'est le paradoxe de ces deux journées. Le seul point du discours présidentiel que l'on retienne est l'annonce concrète concernant les parlementaires et un éventuel référendum pour entériner la réforme institutionnelle. Pour le reste, il ne demeure que des intentions pour l'édification une société participative livrée à une analyse épistémologique non aboutie pour ce qui est de sa concrétisation.

Emmanuel Macron, qui avait choisi de se trouver dans un sous-marin tandis que son Premier ministre s'exprimait devant les députés, n'a pas mis fin aux interrogations sur sa conception du pouvoir. Il serait bon que Jupiter - Macron redescende sur terre, même s'il est accompagné d'Hermès - Le Maire. Ou alors il conviendra que le ministre de l'Éducation nationale institue d'urgence des cours de rattrapage ouverts aux adultes sur la mythologie grecque et les dieux romains pour permettre aux humbles citoyens que nous sommes de comprendre  les mécanismes qui régissent la  Vème République des temps nouveaux.

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2017-07-05 06:30:00
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