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Corse : qui est Gilles Simeoni, le président de la nouvelle collectivité ?

ÉCLAIRAGE - La liste du leader nationaliste a recueilli 56,5% des voix lors des élections territoriales corses dimanche 10 décembre.

La liste nationaliste Pè a Corsica de Gilles Siméoni a recueilli 56,5% des voix aux élections territoriales corses.
La liste nationaliste Pè a Corsica de Gilles Siméoni a recueilli 56,5% des voix aux élections territoriales corses. Crédit : PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

Il sera le premier président de la nouvelle collectivité territoriale corse. Dimanche 10 décembre, le nationaliste Gilles Simeoni a mené la liste Pè a Corsica ("Pour la Corse") à la victoire lors du second tour des élections territoriales organisées sur l'île. Un premier pas vers le statut d'autonomie qu'il souhaite donner à la région, dont fusionneront les deux départements insulaires et l'actuelle collectivité à partir du 1er janvier 2018.

"C'est avec tous les Corses, et toutes celles et ceux qui ont choisi d'épouser ce peuple, son histoire, sa langue, son projet, que nous allons construire ce pays", a déclaré Gilles Simeoni à la suite de son élection. Sa liste, rassemblant à la fois autonomistes et indépendantistes, a recueilli 56,5% des voix, loin devant celles de la droite régionaliste (18,29%), de la République en marche (12,67%) et des Républicains (12,5%). 

Le nationalisme dans le sang

Gilles Simeoni tient son engagement nationaliste de son père, Edmond Simeoni fondateur de l'Action régionaliste corse (ARC). La nuit du 21 au 22 août 1975, accompagné de son frère Max et d'une trentaine d'agriculteurs, ce fervent militant nationaliste occupe une cave viticole d'Aléria, à l'Est de la Corse. L'objectif : protester contre l'attribution de terres viticoles aux pieds-noirs, pratique qui s'exerce selon eux au détriment des petits producteurs locaux. 

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Les événements tournent mal : près de 1.500 gardes mobiles sont envoyés sur place. Deux membres des forces de l'ordre et un militant perdent la vie. L'ARC est dissoute et Edmond Simeoni est envoyé en prison où il purge une peine de 5 ans. Il devient une légende du nationalisme corse.

J'ai toujours milité pour l'arrêt de la violence clandestine

Gilles Simeoni, Président de la collectivité territoriale corse
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Une ombre qui plane sur l'engagement du fils Simeoni. "Pour tout héritage, mon père m'a laissé son engagement au service de la Corse et des visites aux parloirs de la prison"confie-t-il. Gilles Simeoni a grandi sous la menace des attentats : enfant, il échappe à l'explosion d'une bombe qui souffle la cage d'escaliers de sa grand-mère.

En grandissant, il choisit les urnes et le dialogue plutôt que la violence. Dès ses premières années à l'université, il s'engage au sein du syndicat étudiant "Cunsulta di i studienti corsi". "Depuis que je me suis engagé en politique, j'ai toujours milité pour l'arrêt de la violence clandestine et le choix de l'action exclusivement démocratique", explique-t-il dans un entretien à Libération.

Diplômé de droit et titulaire d'un doctorat en science politique, Gilles Simeoni devient avocat et s'illustre particulièrement en 2007 lorsqu'il prend la défense d'Yvan Colonna, assassin du préfet Claude Érignac qui sera condamné à perpétuité.

Des succès électoraux

La même année, il se présente aux élections législatives dans la 2e circonscription de la Haute-Corse, d'où est originaire sa famille. Il échoue, mais se présente un an plus tard aux élections municipales de Bastia : sa liste arrive en seconde position et Gilles Simeoni devient le chef de l'opposition. En 2010, la victoire de sa liste "Femu a Corsica" conduit 11 élus nationalistes à l'Assemblée de Corse et en 2014, il devient le premier maire nationaliste de Bastia.

Aux élections régionales de 2015, Gilles Simeoni s'allie avec les indépendantistes - plus radicaux - de Jean-Guy Talamoni. Leur victoire permet à l'un de présider le conseil exécutif et à l'autre de présider l'Assemblée de Corse. Un succès électoral qui conduit plus tard à l'élection de trois députés nationalistes corses à l'Assemblée nationale lors des législatives de 2017.

Simeoni-Talamoni, duo nationaliste

À la suite du succès des élections régionales de 2015, Gilles Simeoni renouvelle son alliance avec Jean-Guy Talamoni pour les premières élections territoriales de 2017. Ancien cadre du Front de Libération national corse (FLNC), Jean-Guy Talamoni est un nationaliste indépendantiste qui considère la France comme "un pays ami", souligne L'Obs.

Un profil qui, a première vue, tranche avec la position médiatrice de Gilles Simeoni. "Bien sûr que mon allié est considéré comme plus sympathique, confie Jean-Guy Talamoni au Parisien. Sa position est plus facile à admettre d'un point de vue parisien que celle que je défends. Cela dit, on s'entend très bien". 

Gilles Simeoni est lui bien décidé à poursuivre son oeuvre en militant pour l'autonomie de la Corse, et non son indépendance totale. "La Corse n'est pas la Catalogne", écrit-t-il dans une tribune publiée dans Le Monde le 22 novembre 2017, en référence à la situation espagnole chaotique

"La revendication institutionnelle portée par la majorité territoriale de Per a Corsica est celle d’une autonomie de plein droit et de plein exercice, incluant l’exercice d’un pouvoir législatif", poursuit-il, en indiquant que la balle est "dans le camp du Président de la République". 

Emmanuel Macron ne s'est pas encore exprimé sur les résultats des élections, mais le Premier ministre Édouard Philippe s'est lui dit prêt à recevoir Gilles Simeoni à Paris, "dès l'installation de la nouvelle collectivité".

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2017-12-11 18:38:00
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