Bygmalion : retour sur l'affaire en 9 dates clés

ÉCLAIRAGE - L'affaire Bygmalion a éclaté en février 2014. Deux ans après, Nicolas Sarkozy a été mis en examen pour le financement illégal de sa campagne présidentielle.

Nicolas Sarkozy lors d'une réunion publique en 2015
Crédit : MATTHIEU ALEXANDRE / AFP
Nicolas Sarkozy lors d'une réunion publique en 2015

Nicolas Sarkozy était de retour devant les juges au pôle financier de Paris, mardi 16 février. Le président des Républicains a été entendu dans l’enquête sur les fausses factures de Bygmalion à l'UMP (18 millions d'euros) et les comptes de sa campagne présidentielle en 2012. Ces derniers avaient été invalidés par le Conseil constitutionnel. L'objectif de cette opération était de dissimuler l'explosion du plafond légal des dépenses de 22,5 millions d’euros. L'UMP aurait donc réglé des factures de la campagne de Nicolas Sarkozy.

C'est en tout cas ce qu'a estimé le juge d'instruction en charge de cette affaire politique qui pourrait mettre à mal la position de Nicolas Sarkozy. À l'issu de cette audition, l'ancien président de la République a été mis en examen pour le financement illégal de sa campagne présidentielle.

1. 27 février 2014 : les révélations du "Point"

Le 27 février 2014, Le Point révèle l'affaire. Les premiers éléments font l'objet d'une bombe et plongent l'UMP dans une éternelle tourmente. L'hebdomadaire titre sur "l'affaire Copé" et explique que Bygmalion, la société organisatrice des meetings de campagne de Nicolas Sarkozy pendant l'élection présidentielle de 2012, a surfacturé ses prestations. 

Dès le lendemain, Bastien Millot et Guy Alvès, les dirigeants de la société et proches de Jean-François Copé, déposent une plainte en diffamation contre le magazine. De son côté, le secrétaire général du parti dénonce "une grossière manipulation" en mettant en cause directement Franz-Olivier Giesbert, le directeur du Point. Une enquête préliminaire est ouverte le 5 mars.

2. 26 mai 2014 : les larmes de Jérôme Lavrilleux

La scène est surréaliste. Sur le plateau de BFMTV, Jérôme Lavrilleux, l'ex-directeur de campagne de Nicolas Sarkozy et directeur de cabinet de Jean-François Copé, confirme que le seuil des dépenses de la campagne de Nicolas Sarkozy a "explosé". Au cours de l'interview, il reconnaît, les larmes aux yeux, qu'une partie de ces dépenses "a été absorbée par l'UMP."

Le même jour, l'avocat de Bygmalion affirme qu'il existe de "fausses factures" pour dissimuler les dépenses de campagne de Nicolas Sarkozy. Il évoque 10 millions d'euros de "factures litigieuses". Des perquisitions ont  eu lieu à l'UMP et chez Bygmalion.

>
Affaire Bygmalion: l'intégralité de l'interview-vérité de Jérôme Lavrilleux - 26/05

3. 15 juin 2014 : Jean-François Copé démissionne de la présidence de l'UMP

"J'ai compris, je démissionne". Invité du Journal de 20 heures de TF1 du 27 mai 2014, le président de l'UMP a expliqué qu'il démissionnerait le 15 juin. Jean-François Copé dénonce un "abus de confiance" de la part de ses collaborateurs. 

Parmi les plus virulentes à l'égard de Jean-François Copé, on retrouve Nathalie Kosciusko-Morizet. Cette dernière a explicitement poussé Jean-François Copé vers la sortie. Dans une interview au Point, elle explique : "Copé, c'est moi qui l'ai obligé à dégager en réclamant l'organisation d'un congrès", assure-t-elle. Elle n'aurait jamais hésité à dire à l'ex-président de son parti tout le mal qu'elle pensait de lui. "Il m'est arrivé de l'appeler et de lui témoigner mon mépris, confie-t-elle. Je lui ai dit 't'es une merde'".

>
France : Copé démissionne

4. 15 juin 2014 : "Mediapart" publie 58 fausses factures

58 fausses factures d'un montant total de 15 millions d'euros. Sur son site, Mediapart publie l'intégralité des factures réglées par l'UMP au moment de la campagne présidentielle de 2012. Il s'agit de fausses factures, selon le webzine qui indique que ces sommes servaient au financement de "réunions fictives". Le 27 juin 2014, une information judiciaire est ouverte contre X pour "faux et usage de faux", "abus de confiance", "tentative d'escroquerie", "complicité et recel de ces délits".

5. 2 juillet 2014 : Nicolas Sarkozy donne sa version des faits

Principal protagoniste de l'affaire Bygmalion, Nicolas Sarkozy a attendu le 2 juillet 2014 avant de s'exprimer. "Ces 17 millions d'euros sont une folie". Nicolas Sarkozy a nié sans détour tout problème de facturation autour de sa campagne présidentielle de 2012. "Croyez-vous que le Conseil constitutionnel (qui a censuré ses comptes de campagne, ndlr) a laissé passer 17 millions d'euros ?", s'interroge-t-il. "Si Bygmalion a fait des fausses factures avec l'UMP, ses dirigeants seraient en droit de déposer plainte (...) Il ne s'agit pas de ma campagne (...) Il n'y a jamais eu le moindre système de double facturation", a-t-il affirmé, se détachant de l'affaire. 

Le 16 juillet, une procédure de licenciement pour "faute grave" est engagée pour trois personnes : Éric Cesari, Fabienne Liadzé et Pierre Chassat. Ces derniers avaient la possibilité de signer les factures à Bygmalion. Ils sont mis en examen le 4 octobre 2014. La société Bygmalion a été placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Paris.

6. 4 novembre 2014 : Jérôme Lavrilleux exclu de l'UMP

La commission des recours de l'UMP a confirmé la suspension du parti de Jérôme Lavrilleux en raison de son rôle dans l'affaire Bygmalion. La même semaine, Bastien Millot et Guy Alvès, les fondateurs de l'entreprise et proches de Jean-François Copé, ont été mis en examen en octobre 2014 (puis à nouveau le 15 septembre 2015). Au total, 13 personnes ont été mises en examen.

Le 7 octobre 2014, Bastien Millot a assuré que Nicolas Sarkozy qu'il était quasiment impossible que l'ancien président n'ait pas eu connaissance de l'existence d'un système comptable frauduleux. Des perquisitions ont été menées ensuite le 29 octobre 2014 à l'UMP. Le parti réclame 28 millions d'euros à Bygmalion en janvier 2015.

7. Des perquisitions menées chez Jean-François Copé en 2015

Le bureau à l'Assemblée nationale de Jean-François Copé a été perquisitionné ce mardi 22 janvier dans la matinée par la police judiciaire dans le cadre de l'affaire Bygmalion. Le 28 juillet 2015, l'ancien président de l'UMP, Jean-François Copé, avait été entendu en audition libre. Cette affaire lui avait coûté son poste à la tête du parti.

8. 14 octobre 2015 : Jérôme Lavrilleux lâche Nicolas Sarkozy

Pour la première fois, Jérôme Lavrilleux cible frontalement Nicolas Sarkozy. Dans l'Obs, Jérôme Lavrilleux, qui fut directeur de cabinet de Jean François Copé à l'UMP, et l'un des patrons de la campagne de 2012, a accusé Nicolas Sarkozy de "se défausser" et de ne pas "assumer" ses responsabilités dans ce système de fausses factures durant sa campagne présidentielle de 2012. Nicolas Sarkozy a fait savoir par son entourage contacté par RTL qu'il ne "prête pas d'attention à ces déclarations".

Jérôme Lavrilleux avait donc déclaré : "Je vais vous dire quelque chose que je n'ai jamais dit, et dont j'ai la certitude, conforté par la lecture du dossier aujourd'hui : les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 ont dérapé, explique-t-il, et pas seulement le budget consacré aux meetings. Il ne faudrait plus appeler cette affaire Bygmalion mais celle des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy, déclare le député européen. Les comptes ont débordé de tous les côtés. Il n'y a que Nicolas Sarkozy pour dire dans sa déposition que cette affaire ne concerne pas sa campagne...". L'ex-chef de l'État avait, quant à lui, chargé Jean-François Copé un mois plus tôt devant les enquêteurs.

9. 16 février 2016 : Nicolas Sarkozy mis en examen

Entendu pendant plusieurs heures par le juge d'instruction en charge du dossier, Nicolas Sarkozy a été mis en examen dans la soirée du mardi 16 février. L'ancien chef de l'État est poursuivi pour "financement illégal de campagne électorale", selon le communiqué du procureur de la République.

En revanche, Nicolas Sarkozy a seulement été placé sous le statut de témoin assisté pour les chefs d'usage de "faux, escroquerie et abus de confiance". Son avocat Thierry Herzog a ainsi fait part de sa satisfaction car "aucun fait lié au dossier Bygmalion n'a été reproché" à son client.

La rédaction vous recommande

 

par Ludovic GaltierJournaliste RTL
Suivez Ludovic Galtier sur :
VOUS AIMEREZ AUSSI
PLUS DE VIDÉOS
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

article
7781912675
Bygmalion : retour sur l'affaire en 9 dates clés
Bygmalion : retour sur l'affaire en 9 dates clés
ÉCLAIRAGE - L'affaire Bygmalion a éclaté en février 2014. Deux ans après, Nicolas Sarkozy a été mis en examen pour le financement illégal de sa campagne présidentielle.
http://www.rtl.fr/actu/politique/bygmalion-retour-sur-l-affaire-en-8-dates-cles-7781912675
2016-02-16 15:05:00
http://media.rtl.fr/cache/rNm_l-g56h784Rgq6qhq_Q/330v220-2/online/image/2015/1105/7780385205_sarkozy.jpg