4 min de lecture Interview

Lyon-Besiktas : qui est responsable des violents débordements ?

DÉCRYPTAGE - De nombreux affrontements ont émaillé l'avant-match du quart de finale aller entre Lyon et Besiktas. Jean-Michel Aulas réclame un "huis clos" au match retour.

Des policiers devant le virage sud au parc OL lors de Lyon-Besiktas, le 13 avril 2017
Des policiers devant le virage sud au parc OL lors de Lyon-Besiktas, le 13 avril 2017 Crédit : JEFF PACHOUD / AFP
Claire Gaveau
Claire Gaveau
Journaliste RTL

La question de la sécurité dans le football une nouvelle fois sur le devant de la scène. La rencontre entre Lyon et Besiktas a offert un spectacle déplorable avant le coup d'envoi du match alors que Lyon s'est imposé dans les dernières minutes, prenant une légère option sur la qualification. Bagarres entre supporters, gaz lacrymogènes, terrain envahi... Le match aurait pu être annulé alors qu'il a finalement démarré avec 45 minutes de retard. 

Initialement prévu à 21h05, le match entre l'équipe française et la formation turque a démarré à 21h50 à cause de l'envahissement de la pelouse du Parc OL par des dizaines de supporters lyonnais, initialement installés dans le virage Sud. Ces derniers voulaient se protéger des jets de projectiles et des pétards allumés par les supporters stambouliotes, notamment venus de Suisse, d'Allemagne et d'Angleterre, depuis le haut des tribunes. 

Des débordements qui sont la conséquence d'une gestion calamiteuse de cette rencontre pourtant jugée à hauts risques. Ce match était en effet classé niveau 4, sur une échelle de 4, soit à un niveau encore plus élevé que pendant l'Euro 2016 en France. Mais alors, à qui la faute ? Pour Nicolas Hourcade, sociologue spécialiste des questions de supportérisme contacté par RTL.fr, "les torts sont partagés". 

Les supporters, les seuls responsables ?

En premier lieu, l'attitude des supporters. "Il y a eu les supporters des deux camps, avec une frange radicale à Besiktas mais aussi à l'Olympique lyonnais. Il n'y a pas un camp de supporters plus responsable qu'un autre", explique Nicolas Hourcade.

À lire aussi
football
Ligue Europa : Lille pas encore qualifié après son nul contre Milan

Pourtant, les fans turcs semblent à l'origine des jets de projectiles et des pétards, entraînant l'envahissement du terrain avant le début de la rencontre. Interrogé sur RTL, le secrétaire d'État aux Sports, Thierry Braillard évoque "un sentiment de dégoût" : "C'est assez lamentable, l'irresponsabilité des hommes est parfois difficile à maîtriser".

Comment expliquer que de tels objets aient pu entrer dans l'enceinte alors que la vigilance était maximale ? Pour le sociologue, le travail du personnel en charge de la sécurité était quasiment impossible. "Les pétards peuvent être extrêmement petits et donc très difficiles à déceler. Et pour qu'une fouille soit parfaitement réalisée, cela nécessite du temps et c'était impossible avec tous les affrontements ayant déjà eu lieu en dehors de l'enceinte", explique-t-il.

L'OL, une billetterie mal gérée

Mais le premier problème apparent demeure cependant la vente des billets. Ouverte le 17 mars dernier, la billetterie a ainsi rapidement été prise d'assaut par des milliers de supporters turcs alors que 2.800 places étaient déjà réservées dans le parcage visiteur pour le club de Besiktas. Problème, si les ventes de billets étaient interdites depuis l'étranger, le club lyonnais a mis en vente libre les places de l'anneau supérieur du Parc OL permettant ainsi à chaque personne d'en acheter six. "Ce qui n’a pas marché, c’est que vous êtes obligé de respecter certaines règles au niveau des ventes et il se trouve que tout un virage a été acheté par des supporters turcs", tempère le membre du gouvernement.

Le nombre de fans adverses, un temps annoncé aux alentours de 15.000, est au lendemain de la rencontre estimé entre 20.000 et 25.000. De quoi largement énerver les supporters lyonnais. Surtout que Jean-Michel Aulas, le président de l'Olympique lyonnais qui a passé la première période dans la tribune sud au milieu des supporters, avait assuré sur Twitter que la billetterie était "sous contrôle".

Une situation mal anticipée par le club septuple champion de France qui a été contraint de faire un "petit mea culpa" en privilégiant une seconde fois ses abonnés pour l'achat de place dans les tribunes inférieures et intermédiaires. 

Les pouvoirs publics, un manque d'autorité ?

Mais ces débordements posent dès lors une question encore plus large sur la gestion des matches de football en France alors que les déplacements de supporters sont régulièrement interdits depuis l'instauration de l'état d'urgence. "Il faudrait s'interroger. Soit aucun déplacement de supporters n'est autorisé mais cela gâche les festivités que représentent le football, soit cela nécessite un entraînement. Gérer des supporters c'est toujours difficile, a fortiori s'il y en a 25.000 et a fortiori s'ils sont réputés violents comme en Turquie", juge Nicolas Hourcade pour RTL.fr.

S'il refuse d'incriminer le travail des forces de l'ordre déployées en masse pour cette rencontre (1.500 stadiers étaient déployés et six compagnies de CRS étaient présentes, contre deux en temps normal, ndlr), ils pointent du doigt l'organisation générale de ces événements en France, citant notamment les débordements ayant eu lieu à Marseille lors d'Angleterre-Russie pendant l'Euro 2016. "Cela ne concerne pas forcément le nombre de policiers mais plus leur manque d'expérience car on leur demande de réagir sur le moment et de gérer la pire des situations", déplore le sociologue alors que le football a une "véritable caisse de résonance".

Une crainte qui pèse encore sur le match retour, jeudi 20 avril, en Turquie. Si le club lyonnais a formellement déconseillé à ses supporters de s'y rendre et n'organisera pas de déplacement officiel, la tension est maximale après cette rencontre. "Cela pose aussi le problème du lieu du match retour car ce serait vraiment injuste, alors que nos supporters sont interdits de déplacement à Istanbul, de renouveler cette expérience", a déclaré Jean-Michel Aulas qui réclame dorénavant un match à huis clos pour une question "d'équité".

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Interview Sécurité Faits divers
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants