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"Éloigner de la guerre" : le Soudan rêve d'un exploit contre le Sénégal en huitièmes de finale de la CAN pour offrir un peu de répit à sa population

Les Crocodiles du Nil ont pour mission de réconforter leur peuple grâce à leurs résultats, alors que le pays est en proie à une guerre civile depuis avril 2023. Mais la tâche s'annonce ardue contre des Sénégalais largement favoris, samedi 3 janvier à Rabat (17 heures).

Le milieu de terrain soudanais Salaheldin Adil tacle Rayan Ait-Nouri lors du match de la CAN contre l'Algérie au stade Moulay Hassan de Rabat, le 24 décembre 2025.

Crédit : SEBASTIEN BOZON / AFP

Gabriel Joly & AFP

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Une bouffée d'air frais bienvenue. Pour la première fois depuis son titre en 1970, la sélection du Soudan s'est qualifiée pour la phase à élimination directe de la Coupe d'Afrique des nations, lors de cette édition au Maroc.

Opposés au grand Sénégal en huitièmes de finale ce samedi 3 janvier au grand stade de Tanger (17 heures), les Crocodiles du Nil espèrent créer la sensation pour continuer de faire rêver sa population, exposée à une guerre civile sanglante entre l'armée régulière du pays et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) sur fond de lutte pour le pouvoir, depuis 2023.
Le conflit a fait des dizaines de milliers de morts et déplacé près de 12 millions de personnes. Selon l'ONU, il s'agit de la pire crise humanitaire au monde, tandis que les deux camps sont accusés de graves exactions. Les civils y sont largement éprouvés par l'effondrement du système de santé, la destruction des infrastructures et la famine dans certaines régions.

"On a vécu la terreur", confie avec pudeur Mohamed Abooja, qui évolue à Al Merreikh, l'un des deux plus grands clubs du Soudan. Comme il l'affirme à l'AFP, son frère a été détenu pendant près de neuf mois par les FSR et lui a temporairement mis en parenthèses sa carrière.

Depuis plus près de trois ans, le championnat national est à l'arrêt, contraignant le club du portier et son grand rival Al-Hilal à s'exiler, d'abord en Mauritanie puis au Rwanda. En 2025, les deux équipes ont toutefois disputé un mini-tournoi local afin de conserver leur éligibilité aux compétitions continentales. La Fédération soudanaise a annoncé une relance du championnat en janvier dans les zones jugées sûres de ce pays, dirigé de façon autoritaire pendant trente ans par Omar el-Bechir jusqu'en 2019, et qui a presque toujours été en proie à des conflits depuis son indépendance en 1956.

"Je me souviens du choc provoqué par les premiers coups de feu"

Ammar Taifour jouait lui aussi à Al Merreikh lorsque la guerre a éclaté le 15 avril 2023 : "Je me souviens de la surprise, du choc provoqué par les premiers coups de feu. C'était très surprenant. Personne ne s'y attendait. Les jours suivants, les coupures d'électricité, les tirs incessants... On ne savait pas ce qui se passait, c'était la grande cohue", raconte le milieu international, désormais à Sfax en Tunisie.

Je prie juste pour la paix et pour que tous ceux qui se trouvent dans cette situation soient en sécurité et s'en sortent

Ammar Taifour, international soudanais à l'AFP

"Nous avons essayé d'utiliser chaque match pour nous préparer et créer une osmose au sein du groupe pour créer un collectif", explique-t-il au sujet de cette CAN. Le pari a fonctionné puisque l'équipe est parvenue à rallier le second tour en terminant parmi les meilleurs troisièmes de groupe.

Battu d'entrée par l'Algérie (3-0), le Soudan a ensuite créé la surprise en s'imposant face à la Guinée équatoriale (1-0). De quoi suffire à se qualifier malgré une autre défaite contre le Burkina Faso (2-0). Fait étonnant, le pays est devenu le premier à passer les poules du tournoi africain sans marquer le moindre but, celui contre les Équatoguinéens étant un contre-son-camp. La sélection n'a d'ailleurs marqué qu'une fois en 2025, contre le Soudan du Sud en mars.

Autrement dit, elle ne s'avance pas en favori contre le Sénégal de Sadio Mané, même privé de son capitaine Kalidou Koulibaly après un carton rouge. "On ne va pas du tout prendre ce match à la légère", a néanmoins répété Pape Thiaw, le sélectionneur des Lions de la Teranga, vendredi en conférence de presse.

La veille, sa fédération avait publié un communiqué pour démentir des rumeurs faisant état de tensions avec lui : "l'heure n'est ni à la polémique stérile, ni à la division", pouvait-on y lire. D'autant plus qu'en face, l'équipe du Soudan s'avance unie d'après Ammar Taifour, pour tenter d'"éloigner de la guerre" ses supporters, un peu plus longtemps.

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