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"C'est le destin" : l'Espagne championne du monde, un deuxième sacre d'une logique implacable dans la lignée de celui de la génération 2010

Seize ans après le titre offert par Andres Iniesta, la Roja de Luis de la Fuente a décroché sa deuxième étoile au terme d'un parcours présentant de grandes similitudes avec son aînée entraînée par Vincente del Bosque, dimanche 19 juillet, grâce à sa victoire contre l'Argentine en finale, dans le New Jersey.

Les Espagnols soulèvent la Coupe du monde, le 19 juillet 2026 à East Rutherford.

Crédit : Justin Setterfield / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Gabriel Joly

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On avait presque fini par oublier qu'ils étaient les plus légitimes pour soulever le trophée. Grande favorite avant le tournoi, l'Espagne a avancé discrètement dans cette Coupe du monde et c'est pourtant bien elle, qui a décroché sa deuxième étoile, dimanche 19 juillet au MetLife Stadium d'East Rutherford, près de New York, au terme d'une finale dominée de la tête et des épaules contre une faible Argentine (1-0 a.p.).

Et ce, même si la Roja a longtemps buté sur Emiliano Martinez et la défense de l'Albiceleste, au point d'être emmenée en prolongation alors qu'elle n'avait pas encore subi le moindre tir (deux au total, après la 117e minute). Qu'importe, puisque la délivrance est finalement venue de Ferran Torres, buteur sur une volée gagnante sous la barre. "Ce n'est pas mon but, c'est celui de 47 millions de personnes", a assuré le joueur du FC Barcelone au coup de sifflet final, en référence à la population de son pays.

"C'est le destin. On a gagné pour notre peuple. C'est une libération de marquer pour moi mais comme je l'ai dit, c'était écrit", a-t-il ajouté. "Toutes les finales sont difficiles. Quand tu joues contre Lionel Messi, il y a toujours un risque. Mais on n'a dépendu que de notre football et on l'a prouvé". "Ils étaient meilleurs que nous, c'est la vérité", a d'ailleurs confirmé Lionel Scaloni, le sélectionneur argentin battu.

Le triomphe d'une impressionnante assise défensive

De fait, le sacre de la Roja relève d'une forme de logique. Il est souvent coutume de dire qu'il faut une bonne défense pour remporter une compétition, et celle des Ibères n'aura encaissé qu'un seul pion en huit matchs (2-1 contre la Belgique en quarts). Une solidité jamais observée en 23 éditions pour un vainqueur, sachant que les hommes de Luis de la Fuente n'ont également pas être menés.

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De tout l'été, ils n'auront d'ailleurs concédé que 2,5 xG - un indice de buts attendus en fonction de la qualité des tirs -, annihilant par exemple le quatuor offensif de l'équipe de France en demi-finales (0-2). "Nous avons affronté l'une des meilleures sélections du monde, mais en face il y avait la meilleure équipe du monde", jugeait alors le sélectionneur espagnol, cinq jours avant de rendre invisible Lionel Messi.

Difficile de lui donner tort à l'arrivée au vu de son casting sans véritable star, hormis Lamine Yamal, qui n'a pas tellement pesé avec un seul petit but dans le tournoi. Unai Simon dans les cages a bien mérité son titre de meilleur gardien en se montrant capable de réaliser des sorties inspirées pour couper les tentatives adverses tel Manuel Neuer en 2014, tandis que son impeccable charnière Pau Cubarsi-Aymeric Laporte a été magnifiée par l'activité folle des latéraux, Marc Cucurella et Pedro Porro.

Idem pour le milieu, avec certes un Ballon d'or, mais pas le plus clinquant : Rodri, aligné aux côtés de Fabian Ruiz et Dani Olmo, qui ont réussi à anesthésier toutes les rencontres grâce à leur jeu de possession. Devant, Mikel Oyarzabal - cinq buts - et Alex Baena ont eux aussi été particulièrement précieux pour déclencher le pressing à la perte. "C'est un spectacle de voir cette équipe jouer, depuis la première minute de cette Coupe du monde jusqu'à la 125e de la prolongation, nous nous sommes battus comme des animaux", a analysé Porro, au micro de la radio espagnole Cope après la finale. 

Une filiation évidente avec 2010

Cette rigueur défensive, qui n'a pas d'égale actuellement dans le football de nations, a eu de quoi rappeler celle de la première génération espagnole championne du monde en 2010, grâce notamment à Gérard Piqué et Carles Puyol. Comme un symbole de ce lien de filiation, c'est justement Sergio Ramos qui a apporté la coupe sur le terrain avant la remise effectuée par Donald Trump.

Du côté de l'Afrique du Sud, l'Espagne n'avait plus encaissé la moindre réalisation après la phase de poules, gagnant invariablement 1-0. Comme dans le New Jersey, la Roja de l'époque avait, in fine, triomphé en prolongation face aux Pays-Bas en finale.

Ce dimanche, le but de Ferran Torres a ainsi rappelé des émotions largement similaires à celles procurées par celui d'Andres Iniesta, qui était lui aussi présent pour amener le trophée aux côtés du tennisman Carlos Alcaraz en avant-match. D'autant plus que ces dos goles, les deux plus importants de l'histoire du football espagnol, sont les deux seuls marqués par la sélection au-delà du temps réglementaire dans une Coupe du monde.

"Je suis heureux pour Ferran, pour tout ce qu'on dit de lui : de la même manière qu'on a le but d'Iniesta, on aura celui de Ferran pour longtemps", s'est ému Oyarzabal. Avant de se remémorer les critiques subies à la suite du match nul inaugural contre le Cap-Vert (0-0) : "Il y a un mois, les gens doutaient que ce soit possible, nous, nous n'avons jamais douté". Les parcours de 2010 et 2026 ont donc pour autre point commun d'avoir débuté sur un couac pour se conclure dans l'apothéose, les aînés ayant perdu d'entrée contre la Suisse il y a seize ans (0-1).

L'apport du banc comme différence majeure

La différence entre les deux époques tient probablement de l'importance de la profondeur du banc pour le cru actuel. Comme son passeur Nico Williams d'une remise de la tête, Torres n'était pas titulaire au coup d'envoi et ce n'est pas la première fois qu'il se montre décisif dans ce cas de figure. Face au Portugal en huitièmes (1-0), il avait servi un autre entrant pour le but victorieux : Mikel Merino, lequel a encore débloqué le quart contre les Belges de la sorte.

"Je suis très fier, surtout pour cette génération de joueurs qui ont grandi avec l'idée d'être la meilleure équipe, de donner le meilleur et de donner l'exemple en tant que groupe, qu'équipe et qu'une famille. Ces joueurs ont tout gagné et ils sont un exemple pour l'Espagne et la jeunesse espagnole", a conclu De la Fuente, dimanche.

Avant la finale, il avait avoué avoir demandé conseil à Vicente del Bosque, le sélectionneur de la Roja de 2010. "C'est un sage du football, il a vécu cette situation et connaît les moments critiques, personne n'est mieux placé pour te conseiller, ça te rassure d'avoir des repères", disait-il alors. Désormais, il va pouvoir le rappeler pour connaître la recette afin de réaliser, comme lui de 2008 à 2012, un triplé Euro-Mondial-Euro, dans deux ans.

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