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Violences physiques dans le judo : "Je me suis fait massacrer", témoigne Maxine

DOCUMENT RTL - Plusieurs victimes de violences physiques dans le judo ont décidé de témoigner. La première s'appelle Maxine, âgée de 17 ans en 2004 alors qu'elle était à l'Insep.

La grande halle de l'Insep à Vincennes en mai 2020
La grande halle de l'Insep à Vincennes en mai 2020
Crédit : FRANCK FIFE / AFP
Violences physiques dans le judo : "Je me suis vraiment fait massacrer", témoigne Maxine
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Isabelle Langé - édité par Gregory Fortune

Depuis le début de l'année et le témoignage choc de la patineuse Sarah Abitbol sur les violences sexuelles qu'elle a subi quand elle était mineure de la part de son entraîneur, les langues se délient dans le monde du sport. La Fédération française de judo vient d'annoncer avoir recensé de nouveaux cas et entend s'engager à accompagner les victimes pour éradiquer ce fléau et tout prédateur du judo.

Mais il faut savoir que les violences dans le sport ne sont pas uniquement sexuelles : elles sont aussi physiques et morales. Plusieurs victimes pratiquant justement le judo ont décidé de témoigner. La première s'appelle Maxine et se livre pour la première fois. En 2004, elle est âgée de 17 ans et est pensionnaire à l'Insep, l'institut qui forme les champions dans le bois de Vincennes. Elle a l'habitude des entraînements musclés, c'est dans la culture du judo.

Pourtant ce mardi 7 décembre, la séance va aller trop loin lors d'un randori, c'est à dire un travail au sol. L'entraîneur ne va pas l'épargner. "Il a commencé à m'étrangler, ce qui se fait en judo. Sauf que quand j'ai tapé (au sol, ndlr), il ne lâchait pas. Je suis tombé plusieurs fois dans les pommes. Ça a été des étranglements qu'on appelle sanguins, et d'autres sur la trachée (...) Je ne sais pas comment j'ai fini l'entraînement ce jour-là. J'étais dans un état second".

C'est comme un viol dans une rame blindée

Maxine, ancienne judoka

Un autre entraîneur, une femme alertée par les cris de la junior que les témoins de l'époque décrivent comme des cris d'un cochon qu'on égorge, intervient et demande au coach d'arrêter. Mais ce dernier lui dit de s'occuper de ses affaires. Le corps à corps entre la jeune fille de 60 kg et son bourreau de plus de 80 kg durera une cinquantaine de minutes. "Quand je me relève de ce randori, je vois plusieurs athlètes qui pleurent. C'est là que je me rend compte que je n'ai pas rêvé, que je me suis vraiment fait ouvrir, vulgairement, massacrer".

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Pour Maxine, si le coach est allé si loin, c'est qu'il voulait la punir d'avoir triché lors d'une pesée en compétition. Après cet entraînement, la junior ira à l'infirmerie se faire soigner, l'oreille notamment. Mais elle ne dira rien. "Je n'arrivais pas à trouver les mots (...) C'est comme un viol dans une rame blindée. On se dit : 'c'est vraiment en train de se passer et personne ne bouge'".

Pourtant, à l'époque, l'affaire s'ébruite et il y aura quand même un entretien, notamment entre Maxine, ses parents, l'entraîneur et un autre coach de l'Insep qui minimise l'incident. L'entraîneur, lui, s'excuse, dit qu'effectivement il est allé trop loin. "Aujourd'hui, j'en veut plus aux entraîneurs qui ont fait semblant de ne rien voir, qui n'ont rien dit, livre Maxine. Parce que c'était des adultes et qu'à un moment donné il y a des choses pas supportables, qu'on ne peux pas laisser faire".

Il m'enfonçait les doigts entre mes côtes

Violette Vey, au pôle France de Marseille au milieu des années 2000

Est-ce que, malheureusement, c'était une pratique courante dans le judo ? C'est en tout cas ce qu'ont confirmé plusieurs personnes, notamment Violette Vey, qui était au pôle France de Marseille au milieu des années 2000. Junior à l'époque, elle aussi a vu et vécu ces randoris hors normes avec un entraîneur peu respectueux des règles. 

"Ce qui se passait en fait c'est très simple : pendant les entraînements, pas à tous mais c'était quand même assez courant, ils prenaient des jeunes cadettes au sol pendant très longtemps. Pour moi, ils les massacraient au sol, c'est à dire que les nanas ressortaient avec la tête qui avait gonflé (...) Moi, pour l'avoir vécu puisque j'ai eu ce même entraîneur, il m'enfonçait les doigts entre mes côtes, il me broyait le bras exprès, il mettait les mains dans les yeux".

Un curseur qui n'était remis en cause par personne

Amélie Grossman, psychologue du sport, ancienne judokate

Hector Marino était, lui, entraîneur du pôle France garçon à Marseille à l'époque. Il a décidé de quitter ses fonctions en 2006 notamment parce qu'il ne supportait plus certains comportement. "C'est vrai qu'on assistait à des scènes surréalistes, lors des stages surtout. Quand on voyait les cadres techniques prendre des jeunes filles et malheureusement les torturer, parce que ça n'a pas d'autre mot..."

Amélie Grossman est psychologue du sport, mais aussi ancienne judokate. Elle a fréquenté l'Insep au début des années 2000. Dans son roman "Sois champion et tais toi", aux éditions du Cygne, elle a raconté ces randoris d'un autre temps, de celui qui banalisait la violence. "Il y avait une norme, il y avait un curseur à l'époque qui n'était remis en cause par personne parce que c'était comme ça. Ça faisait partie de l'encadrement pour être un champion, pour être endurci, pour être forte quelque part". 

À l'époque, certains faits ont fini par être dénoncés. Les entraîneurs en cause ont reçu un avertissement et ont cessé de s'en prendre ainsi à leurs athlètes. Reste à savoir si ces méthodes perdurent ailleurs. Mais comme le dit Amélie Grossman, même si cela prend du temps, aujourd'hui avec les réseaux sociaux notamment, la parole se libère.

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