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Tensions en équipe de France et gestion de l'anxiété : comment Lou Jeanmonnot s'est affirmée comme la meilleure chance des Bleues en biathlon aux JO 2026

Sacrée championne olympique il y a trois jours avec le relais mixte, la biathlète de 27 ans a une première occasion de décrocher l'or en solitaire, mercredi 11 février, sur l'individuel.

La biathlète française Lou Jeanmonnot lors du relais mixte en or des Jeux de Milan-Cortina, le 8 février 2026 à Anterselva.

Crédit : François-Xavier MARIT / AFP

Gabriel Joly

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Un statut à assumer pour ses débuts aux Jeux olympiques. Révélée aux yeux du grand public depuis trois saisons, Lou Jeanmonnot a l'occasion de décrocher son premier titre majeur en solitaire, mercredi 11 février, lors de l'individuel de 15 kilomètres de Milan-Cortina 2026, disputé à Anterselva. Leader de la Coupe du monde, la native de Pontarlier fait figure de favorite, notamment devant l'Italienne Lisa Vittozzi, les sœurs suédoises Hanna et Elvira Oeberg ou encore la Finlandaise Suvi Minkkinen.

Mais comme Éric Perrot, seulement en argent mardi, elle devra dépasser sa relative inexpérience sur une telle scène, alors qu'elle n'a décroché l'or mondial que sur des relais depuis 2024 (quatre sacres collectifs) et s'est contentée de la deuxième place dans la course au gros globe de cristal sur les deux derniers hivers.

"Je ne sais pas dire si je suis capable de gérer les JO : je ne les ai jamais vécus. Émotionnellement, je temporise un peu parce que c'est énorme. J'essaye de ne m'attendre à rien, aussi parce que j'ai envie de diminuer ma quantité de stress qui a tendance à monter gentiment", confiait-elle le 1er février à Ici Besançon.

Déjà royale sur le relais mixte en or

Le stress est un mot récurrent dans la bouche de la Bleue - dans tous les sens du terme, en Italie. "Ce matin, j’étais très stressée par le fait qu’il allait falloir tirer à 10/10 pour exister dans cette course. J’en ai parlé à Cyril [Burdet, l'entraîneur de l'équipe de France féminine] et honnêtement, je n’avais pas l’état d’esprit pour imaginer pouvoir performer ", disait-elle par exemple avant le sprint de Ruhpolding, où elle a finalement fait mieux que limiter la casse mi-janvier, terminant deuxième pour conforter son dossard jaune. 

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"Je sais que je suis capable d'aller chercher une ou plusieurs médailles. Mais je n'ai pas envie de me focaliser sur l'envie du résultat, parce que chez moi, ça ne fonctionne pas très bien", reconnaissait-elle, il y a une semaine. "Lou, ce n'est pas qu'elle n'est pas sereine, elle est de nature anxieuse, et je pense que c'est sa manière de fonctionner. Une fois qu'on a compris qu'elle fonctionne comme ça, il n'y a pas d'inquiétude à avoir. C'est une manière de se préparer, de rester vigilante", soulignait ces derniers jours Cyril Burdet auprès de l'AFP.

Elle a largement rassuré en portant le relais mixte tricolore vers le titre olympique, dimanche. Malgré une vingtaine de secondes de retard sur la tête au moment de prendre le troisième relais, Lou Jeanmonnot a creusé un écart décisif avec les skis - une vingtaine de secondes - pour lancer Julia Simon vers la victoire. Et ce, avec une seule pioche à la carabine. "Il y a quelques secteurs de la piste où ça met vraiment en évidence ses qualités naturelles, où elle a vraiment fait la différence sur ses adversaires directs sur la piste. Elle est présente, ça va certainement aussi la relâcher et la soulager de démarrer de cette manière-là", pointait Cyril Burdet, dimanche.

Sa chute aussi rageante que mémorable dans l'avant-dernier virage de l'ultime course de la saison 2024/25 face à sa concurrente directe, l'Allemande Franziska Preuss, est d'ailleurs loin : "Je n'en ai jamais fait des cauchemars", assurait la Jurassienne de 27 ans, à Ici Besançon en novembre, affirmant avec une franche sincérité se réjouir d'avoir acquis un "bagage technique et d'expérience inouïe" grâce à cet échec. Preuve qu'elle sait désormais gérer les moments de tension.

"Pas comme ça que j'aurais voulu vivre en équipe de France"

Il faut dire qu'elle est habituée à surmonter des situations difficiles. Au sein d'une équipe féminine extrêmement dense, Lou Jeanmonnot s'est fait une place et construite malgré un climat particulièrement délétère. La raison ? L'affaire de vol et fraude à la carte bancaire, dont s'est rendue coupable sa coéquipière Julia Simon (décuple championne du monde et vainqueure de la Coupe du monde 2023), à l'encontre de sa rivale Justine Braisaz-Bouchet (championne olympique 2022 de la mass start et quintuple championne du monde) et d'une kinésithérapeute du groupe France, à partir de 2021.

"J'ai vécu [la situation] plus ou moins de la même manière que depuis trois ans. On sait, on a appris à vivre des situations qui ont un peu évolué au fil des années, expliquait-elle à La chaîne L'Equipe début décembre, après le retour de suspension de Julia Simon, sanctionnée par la Fédération française de ski, en plus de sa peine judiciaire de trois mois de prison avec sursis et 15.000 euros d’amende. 

"D'avoir été témoin de tout ça, franchement, ça a été et c'est encore dur parce qu'on se sent un peu impuissant face à la cruauté humaine. C'est lourd et je suis honnêtement déçue. Ce n’est pas comme ça que j'aurais voulu vivre ma carrière d'athlète en équipe de France A. J'aurais aimé que ça soit comme quand j'étais cadette : aller à l'entraînement avec des copines et être contente d'y aller. Malheureusement, ce n'est pas le cas", poursuivait-elle, déplorant le cyberharcèlement dont a été victime Justine Braisaz-Bouchet, "un peu brisée" après cette histoire.

En dépit de ces péripéties, la Franc-Comtoise - déjà championne olympique avec le collectif bleu-blanc-rouge donc - peut espérer réaliser une moisson folle sur la quinzaine et imiter Quentin Fillon Maillet, quintuple médaillé à Pékin il y a quatre ans.

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