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"Je me sentais plus libre" : pourquoi de plus en plus de femmes se mettent au running

Le marathon de Paris est organisé ce dimanche 12 avril, avec de plus en plus de femmes sur la ligne de départ. Portée par une recherche de liberté et d’équilibre, la pratique du running se féminise. Mais derrière cette progression, des freins persistent encore.

Des athlètes prennent le départ du marathon de Paris sur l'avenue des Champs-Élysées, avec l'Arc de Triomphe en arrière-plan, le 13 avril 2025.

Crédit : Bertrand GUAY / AFP

Juliette Vignaud

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Ce dimanche 12 avril, des dizaines de milliers de coureurs s’élanceront dans les rues de la capitale pour le marathon de Paris. Parmi eux, de plus en plus de femmes. Elles seront 20.800 à prendre le départ, représentant un tiers (33%) du peloton, un record encore loin de la parité dont se rapprochent pourtant d'autres grands marathons (45% de femmes sur le marathon de New York en novembre 2025).


En dix ans, la proportion des femmes parmi les finishers de moins de 34 ans est passée de 28 % à 37%, soit environ 1,53 million de résultats, selon les derniers chiffres de la Fédération française d'athlétisme. "Il y a une progression plutôt très régulière depuis dix ans, avec une légère accélération depuis 2023", note Adrien Tarenne, en charge du développement running à la FFA, interrogé par RTL.fr.

Cette dynamique est majoritairement portée par la pratique sur route, qui dénombre 39% de femmes en 2025. Le 10 km route, distance plébiscitée par les coureurs, illustre cette transformation. 23% des résultats enregistrés l’an passé l’ont été sur cette distance (963.000 au total), dont 41% des arrivants étaient des femmes.

Investir l'espace public

Cette progression significative reflète une transformation en profondeur du monde du running, longtemps dominé par les hommes. Les femmes s’approprient progressivement la course à pied, que ce soit pour le plaisir, la santé ou la performance.

Les femmes s'autorisent davantage à investir l'espace public

Suzanne Cariant, coach à la FFA

"Les femmes s'autorisent davantage à pratiquer la course. Avant l'accès au sport était plus orienté performance. Aujourd'hui, tout le monde peut prendre une paire de basket et partir courir", note Suzanne Cariant, coach à la FFA et auteure de Running au féminin (Larousse), auprès de RTL.fr. Pour elle, ce sont aussi les réseaux qui ont "montré les chemins du possible".

Sentiment de liberté

Caroline, suivie par 147.000 abonnés sur Instagram, a découvert la pratique "un peu par hasard". "Après avoir quitté mon travail, je me suis mise à déprimer et ma mère m'a dit d'aller marcher, ou courir", raconte-t-elle à RTL.fr.

Et puis, rapidement, la course est devenue "son petit moment" à elle. "J'allais courir dans un parc, être dans la nature me faisait du bien. Je me sentais plus libre et plus forte", confie Caroline, connue sous le nom "Depuis que je cours". "C'est un moment qui m'appartient."

"Il y a plus de femmes qui courent, sur les départs, et qui osent aller vers des défis", note celle qui s'est aussi lancé le pari fou de courir 800 km jusqu'à RTL pour obtenir des places pour un concert de Céline Dion.

Comme elle, d'autres coureuses se sont progressivement fixées de nouveaux objectifs, qui s'inscrivent dans un véritable tournant personnel. "J'ai toujours couru mais je me suis mise à fond dans la préparation car j'avais besoin d'un but et je l'ai trouvé à travers la course", témoigne Marine, qui prépare le semi-marathon de Biarritz, début mai.

"J'aime suivre un plan d'entraînement, dépasser mes limites et montrer de quoi je suis capable", souligne-t-elle, évoquant une "fierté" mais aussi un "moment de satisfaction qui permet de se défouler".

L'équilibre psychologique, c'est aussi ce qui a poussé Charlotte à s'investir à fond dans la pratique, il y a un an. "J'ai eu beaucoup d'étapes dans ma vie ces dernières années qui ont fait que j'ai eu envie d'être assez indépendante. C'est ce que j'ai trouvé à travers le run."

Dans la volonté de se trouver une "discipline" et une "routine", Charlotte s'est ainsi "engagée" dans la préparation du marathon de Paris. "J'avais aussi envie de me prouver que je pouvais et que j'étais en mesure de relever le challenge", dit-elle.

Des freins sur la distance longue

Mais cette féminisation reste encore incomplète, notamment sur les longues distances. Selon les derniers chiffres de la FFA, les femmes ne sont représentées qu'à 13% dans les ultratrails, soit les courses de plus de 80 km, contre 8% en 2015. "Les études nous montrent que sur la confiance en soi, les femmes hésitent beaucoup plus à se lancer à s'inscrire tandis que les hommes se posent beaucoup moins de questions", explique Adrien Tarenne.

"Les femmes se sentent peut-être moins légitimes. Et de manière plus générale, les femmes ont du mal à prendre du temps pour soi si tout le reste n'est pas géré. Le temps qu'elle peut y consacrer est donc limité", appuie Suzanne Cariant.

Ce frein semble ainsi révélateur de la société et de la charge mentale familiale qui incombe encore beaucoup sur les épaules des femmes. "C'est ce qui fait la différence dans l'accès aux loisirs de manière générale. Même si l'évolution est favorable, on est encore loin de la parité", regrette Adrien Tarenne.

Et de souligner : "Pour 5 ou 10 km, cela demande une disponibilité moindre par rapport à un trail ou un marathon." "Je me dis que c'est très difficile pour des femmes qui ont des enfants car cela demande une rigueur, c'est très engageant", confirme Charlotte, qui enfile ses baskets cinq fois par semaine pour le marathon de Paris.

Harcèlement de rue

L'insécurité qu'elles sont nombreuses à régulièrement ressentir reste aussi un frein à la pratique. "Quand on pose la question aux organisateurs, on nous répond que c'est parce que le marathon de Paris a la réputation d'être dur. Mais quand on demande aux femmes, elles nous disent toutes que c'est parce que la préparation se fait l'hiver, la nuit, quand elles ne se sentent pas en sécurité", grince auprès de l'Agence France-Presse Tiphaine Poulain, cofondatrice de l'association Sine Qua Non qui sensibilise aux violences sexistes et sexuelles dont sont régulièrement victimes les runneuses. 

Peur d'être insultées, suivies voire agressées... Dans une étude menée dans plusieurs pays pour la marque Adidas en 2023, 92% des femmes interrogées affirmaient être inquiètes pour leur sécurité lors de leurs footings. "J'évite de courir quand il fait nuit et je choisis mes parcours", confirme Marine. "Inconsciemment, j'organise mes courses en fonction de ma sécurité."

Si les femmes sont de plus en plus nombreuses à courir, leur accès à l’espace public, lui, reste encore contraint.

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