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Fusion Racing 92-Stade Français : 6 questions autour d'un projet flou

DÉCRYPTAGE - Annoncé par leurs présidents lundi 13 mars, le mariage entre les deux clubs franciliens suscite la controverse. Aura-t-il seulement lieu ?

Pascal Papé sur la pelouse du stade Jean-Bouin lundi 13 mars 2017
Pascal Papé sur la pelouse du stade Jean-Bouin lundi 13 mars 2017 Crédit : Crédit CHRISTOPHE SIMON / AFP
Gregory Fortune
Gregory Fortune
Journaliste RTL

Comme dans le monde des affaires, où l'ennemi d'hier est parfois l'allié de demain, ce rapprochement est dicté par des impératifs économiques. Deux clubs historiques du rugby français, le Stade Français, créé en 1892, et le Racing 92, fondé deux ans plus tôt, ne feront plus qu'un la saison prochaine.

Leurs présidents Thomas Savare et Jacky Lorenzetti ont lâché une bombe digne d'une fusion entre Arsenal et Chelsea en football en Angleterre. Le premier, dont la famille est à la tête du groupe de fabrication de cartes bancaires Oberthur, avait sauvé le Stade Français de la faillite en 2011, mais ne semble pas avoir complétement convaincu sa famille du bien fondé de cet investissement. Le second, qui a revendu le groupe Foncia leader européen de la gestion immobilière, dont il était le PDG, est devenu actionnaire majoritaire du Racing 92 en 2006 et y a investi beaucoup d'argent notamment pour moderniser les structures (centre d’entraînement, Arena 92...). Il est a priori le moins demandeur, et il semble bien que ce soit le Stade Français qui ait demandé le rapprochement pour tenter de redynamiser une situation financière et sportive compliquée. 

La décision de lancer ce mariage est restée secrète jusqu'au dernier moment. Elle intervient alors que les deux clubs franciliens de l'élite viennent de se partager les deux derniers titres de champions de France. Ils avaient également remporté les deux premiers, après s'être affrontés en finale. Cette saison, ils connaissent toutefois des difficultés. Le Racing, champion en titre, occupe seulement la 7e place du Top 14 après 20 journées sur 26 en saison régulière. Le Stade Français apparaît au 12e rang, comme en fin de saison dernière.

1. Est-ce une première ?

Pour le Racing comme pour le Stade Français, non. Au creux de la vague après son Bouclier de Brennus en 1990 et les débuts du professionnalisme, le club des Hauts-de-Seine unit ses forces en 2001 avec l'US Métro, club affilié à la RATP, sous l'impulsion de ses anciens joueurs Eric Blanc et Franck Mesnel, fondateurs de la marque Eden Park. Le club devient alors le Métro Racing puis le Racing Métro 92, qui fera son retour en Top 14 en 2009.

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Le Stade Français, lui, a absorbé le CASG Paris (Club athlétique des sports généraux, fondé en 1903) en 1995, trois ans après sa reprise par Max Guazzini, l'un fondateurs de la radio NRJ. Les deux équipes évoluent alors en 2e division. En 1998, dès sa première saison dans l'élite, la nouvelle entité est sacrée championne de France. Le sigle CASG disparaît en 2004 au profit de Paris.

La dernière fusion en date est celle de l'Union Bordeaux-Bègles. Privé de club phare au milieu des années 2000, Bordeaux parvient à marier ses deux formations historiques, le Club athlétique Bordeaux-Bègles Gironde et le Stade Bordelais, en 2006. Soutenue par les élus locaux, l'union donne naissance à l'Union Stade Bordelais C.A. Bordeaux Bègles (USBCABBG). Devenu l'UBB en 2008, le club retrouve l'élite en 2011.

2. Quel nom ? Quel maillot ?

"Stade Racing, Racing Paris La Défense, La Défense Paris, Hauts-de-Seine Paris La Défense". Voici les premières pistes lancées par Jacky Lorenzetti pour la dénomination de la nouvelle entité, qui n'a pas encore été déterminée. "On doit y travailler très rapidement, poursuit Thomas Savare, parce qu'on sait que c'est aussi un élément fédérateur. C'est quelque chose qui sera annoncé dans les semaines qui viennent", promet-il.

Nouveau logo et futures couleurs n'ont pas non plus été dévoilés. Ciel et blanc, en bandes horizontales, sont celles historiques du Racing. Depuis sa reprise par Max Guazzini au début des années 1990, le maillot du Stade Français se reconnaît à ses éclairs et, depuis 2005, au rose plus ou moins présent à la place du rouge précédent aux côtés d'un bleu évolutif.

Les éclairs seront-ils conservés sur des bandes bleu et blanches ? Des bandes roses seront-elles ajoutées aux bleus et blanches ? Que restera-t-il de "l'ADN" des deux clubs, que les deux présidents promettent de "garder et réunir" ? Comment trouver un accord ? Dans le premier communiqué diffusé par le Racing, le logo restait l'actuel du club des Hauts-de-Seine. Depuis, il s'est accordé avec le Stade Français, qui propose un mélange des deux existants. 

3. Quel stade ?

Propriété de la mairie de Paris, le stade Jean-Bouin (XVIe arrondissement), où évolue le Stade Français, a été détruit et reconstruit. Inauguré en 2013, il peut accueillir 20.000 spectateurs dans sa configuration actuelle. Le Racing 92 dispute ses matches à domicile au stade Yves-du-Manoir de Colombes (14.000 places) mais attend la livraison d'une nouvelle enceinte de 32.000 places en fin d'année 2017 à Nanterre. D'où une question épineuse.

Invité de RTL lundi 13 mars, Lorenzetti a fort logiquement indiqué que le futur club jouera "d'abord à Jean-Bouin puisque l'Arena ne sera pas terminée en début de saison". Et ensuite ? "Nous allons travailler avec toutes les parties prenantes pour essayer d'organiser un calendrier qui soit cohérent entre l'Arena et le stade Jean-Bouin". Une alternance est donc à prévoir pour satisfaire d'un côté la maire de Paris Anne Hidalgo, de l'autre le président du Conseil départemental des Hauts-de-Seine, Patrick Devedjian. De plus, créée pour être la plus grande salle de spectacle couverte de France, avec un toit non amovible, l'Arena 92 n'est pas idéale pour la pratique du rugby, de l'aveu même de Jacky Lorenzetti. Ce dernier est en outre actionnaire de la nouvelle enceinte via sa holding. 

4. Avec quels joueurs ?

L'annonce de la fusion a soulevé la colère de nombreux joueurs du Stade Français. Informés dans la matinée, ils se sont ensuite réunis dans un restaurant de la banlieue ouest, avant d'appeler à un rassemblement à Jean-Bouin en début de soirée. Sur la pelouse, en présence d'une centaine de supporters, l'international Pascal Papé, Parisien depuis 2007, a pris la parole pour dénoncer "la mort programmée du club". Autour de lui, une quinzaine de coéquipiers, comme Jules Plisson, Antoine Burban ou Hugo Bonneval. Côté Racing, Henry Chavancy a tweeté : "J'ai beau vérifier, on n'est malheureusement pas le 1er avril". 

Commentaire de Lorenzetti : "Les joueurs qui ne pourront pas, pour une raison ou une autre, ou parce qu'ils ne le veulent pas, faire partie de cette nouvelle formidable aventure, auront le temps de retrouver un autre club". L'homme d'affaires est bien conscient qu'il faudra résoudre l'équation de 45 joueurs d'un côté + 45 d'un autre = 45 dans la nouvelle entité. Qu'un contrat professionnel sur deux ne sera donc pas reconduit sur l'ensemble des deux effectifs. Mais selon lui, il n'y aura pas de casse, "parce qu'il y a des joueurs qui sont en fin de contrat".

Au lendemain de ces propos et de ce rassemblement, Papé a annoncé que les joueurs du Stade Français avaient déposé à 99,8% un "préavis de grève illimitée". Faute d'avancée, les joueurs ne s'entraîneront pas et ne joueront pas à Castres samedi 18 mars en Top 14. Ce mouvement de grève constitue une première depuis l'instauration du professionnalisme en 1995.

5. Comment ont réagi les supporters ?

S'ils ne pourront pas additionner les joueurs, en vertu du règlement, les deux présidents espèrent le faire avec les partenaires et les spectateurs. "Le Racing a une moyenne de 8.000, le Stade Français 12.000, donc nous pouvons envisager de tourner à plus de 20.000", a calculé Lorenzetti. Reste que, comme pour de nombreux joueurs, la pilule est difficile à avaler. 

Certains présents à Jean-Bouin lundi 13 mars dans la soirée ont livré leur tristesse, voire leur écœurement. "Profondément, on est touchés, on est blessés parce qu'on a peur que le Racing phagocyte complètement le Stade Français", estime cette femme. Cette autre fan du Racing souligne que "quand on est supporter de l'une des deux équipes, généralement on n'est pas supporter de l'autre. Ça fait bizarre".

Pourtant, Savare croit à leur unification. "On a du travail à faire, de conviction. Mais la réalité c'est que nos supporters ce sont des amateurs de rugby, des passionnés. Il faut comprendre la surprise qu'a été cette annonce car il se trouve que, pour une fois, il n'y a eu aucune rumeur autour de la construction de ce projet (...) Je comprends l'émotion de nos supporters. À nous de les accompagner, de leur expliquer exactement le projet".

6. La fusion peut-elle échouer ?

Cette volonté de mariage entre le Stade Français et le Racing 92 n'est pas sans rappeler le serpent de mer du rapprochement entre Biarritz et Bayonne. Évoquée depuis des années, la création d'un unique club basque pouvant rivaliser sportivement et économiquement en Top 14 devient une nécessité en 2015 pour les dirigeants des deux clubs après la relégation de l'Aviron bayonnais. 

Les discussions sont alors entamées, avancent, mais finissent par échouer sous la pression de supporters ne voulant pas entendre parler d'un rapprochement entre les deux frères ennemis. Serge Blanco, président du BO, est poussé à la démission. Depuis, Biarritz n'est toujours pas remonté en Top 14 et Bayonne, qui y est revenu cette saison, file tout droit de nouveau vers la Pro D2.

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