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Agnès Keleti, reine de la gymnastique et doyenne des champions olympiques

PORTRAIT - Elle s'appelle Agnès Keleti, elle est hongroise, et a raflé 10 médailles en gymnastique dans les années 50. "L'Équipe Magazine" l'a rencontrée.

Agnes Keleti, championne olympique de gymnastique chez elle à Budapest le 6 novembre 2020.
Agnes Keleti, championne olympique de gymnastique chez elle à Budapest le 6 novembre 2020.
Crédit : ATTILA KISBENEDEK / AFP
Agnès Keleti, reine de la gymnastique et doyenne des champions olympiques
03:26
Agnès Keleti, reine de la gymnastique et doyenne des champions olympiques
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Le regard pétille toujours derrière la frange grise... Elle est taquine. Elle dit au journaliste. "Vous avez les cheveux longs derrière votre masque. Vous êtes un homme ou une femme ?".
- Un homme, répond Bernard Lyons en baissant son masque une seconde.
- J'aime les hommes. Mais ça dépend lesquels. Vous avez quel âge ?
- 50 ans.
- Ah. Moi, j'ai 100 ans...". Et elle rit.

Éternelle jeune fille qui a pourtant dû traverser les tourments du siècle. Elle y a laissé son vrai nom, Klein, qu'elle a changé pendant la guerre en Keleti, qui veut dire l'Est en hongrois. Son père, un industriel plutôt aisé, a été déporté à Auschwitz, il est mort dans les chambres à gaz.

Elle, toute jeune femme, refusait de porter l'étoile jaune. Pour échapper aux rafles, elle a rusé : "J'ai acheté les papiers de la fille qui était à notre service, chez mes parents, dit-elle. J'ai étudié son accent et je suis allée habiter à l'endroit d'où elle venait. J'ai passé un an à me cacher dans ce village. Comme le Danube n'était pas trop loin, je partais tôt le matin pour continuer à m'entraîner et à m'entretenir".

Car à l'origine, Agnès fait de l'aviron. C'est ce qui lui a dessiné ce physique singulier, avec des muscles plus dessinés et plus affutés que les autres filles.

10 médailles olympiques

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Ses premiers rêves olympiques sont partis en fumée quand les Jeux de 1940 ont été annulés. C'était déjà à Tokyo. Les premiers jeux de l'après-guerre se déroulent en 1948. Elle part à Londres, mais elle se blesse à l'entrainement. Quatre ans d'attente supplémentaire.


Résultat, c'est à l'âge canonique de 31 ans qu'elle débarque en 1952 à Helsinki. Elle y glane pourtant 4 médailles, et notamment son premier titre individuel.

Quatre ans plus tard, c'est Melbourne. Mais c'est à ce moment-là que l'insurrection éclate à Budapest, contre le pouvoir communiste. Impossible de s'entrainer... Pourtant, Agnès décide de quand même partir pour l’Australie.

"Nous avons effectué un long, un très long voyage, dit-elle. Pour passer le temps et surtout, ne plus trop en perdre, on s'est entraînés dans les allées des avions, entre les sièges. Pendant une semaine !".

Le talent a fait le reste: 6 médailles, dont une par équipes dans ce qui ressemble à l'ancêtre de la gymnastique rythmique... Avec des cerceaux, et sur une musique de Bela Bartok...

C'est l'un des grands atouts d'Agnès Keleti: elle est aussi musicienne, virtuose au violoncelle. Et tous ses mouvements sont empreints de musicalité. En individuel, elle s'impose aux barres asymétriques, mais surtout à la poutre où sa grâce explose. Les photos dans l'Equipe Magazine en atteste, c'est juste magnifique.

Elle sourit à la vie

Après ces jeux de Melbourne, la gymnaste est restée en Australie, en tant que réfugiée politique. Et elle a stoppé sa carrière.


Elle est partie en Israël, s'est mariée, a fait deux enfants. Elle assure qu'elle n'est pas spécialement fière de ses médailles. Elle se dit surtout fière d'avoir 100 ans et de vivre encore. Elle vit, et elle sourit à la vie.

Quand on lui parle de paris 2024, elle s'illumine. "À chaque fois qu'on me propose de voyager, je dis : 'on va à Paris !'. Vous savez, j'y suis allée plusieurs fois. Un été, alors que j'avais 16 ans, j'y suis même restée deux mois. Je me souviens que les gens dansaient dans la rue. Je crois que c'était pour votre fête nationale. Moi, j'ai toujours aimé danser. Regardez : je danse encore".

Et elle agite ses jambes en rigolant. Fait-elle toujours du sport, à 100 ans? "Oui, bien sûr, dit-elle avec malice, mais plus de compétition, ni le grand écart".

Agnès Keleti, l'hymne à la vie : portrait et interview dans l'Équipe Magazine.

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