3 min de lecture Société

Devenir un "Chad" : comment des célibataires dépensent des milliers d'euros pour coucher

ÉCLAIRAGE - Les "Incels" détestent les "Chads" mais veulent désespérément leur ressembler. Au point de dépenser des dizaines de milliers d'euros dans des opérations de chirurgie esthétique dans le but de coucher avec des femmes.

Tom Cruise dans "Top Gun"
Tom Cruise dans "Top Gun" Crédit : Paramount Pictures
Arièle Bonte
Arièle Bonte
Journaliste

Implants capillaires, augmentation du volume des testicules, chirurgie esthétique à plusieurs milliers de dollars... Que sont prêts à faire certains hommes célibataires pour avoir des relations sexuelles ? Dans une longue enquête publiée dans The Cut, la journaliste Alicia Hines part à la rencontre d'une communauté d'hommes qui se fait appeler les "Incels", une abréviation anglophone pour "involuntary celibate", soit des "célibataires involontaires".

Ces hommes voient leur solitude comme une situation subie et sont le plus souvent animés par un mépris, voire une haine des femmes. Leur frustration sexuelle ne serait pas de leur propre chef mais bien causée par celles qu'ils désirent posséder. Un Incel "pense que son absence de vie sexuelle vient du fait de ne pas être beau, alors que cela vient plutôt de son sexisme flagrant et de son horrible comportement", note le site Urban Dictoinnary, un dictionnaire anglophone en ligne alimenté par ses utilisateurs et utilisatrices. 

"Les personnes laides, particulièrement les hommes laids", disent des Incels sur des forums, "sont destinés à vivre malheureux et à mourir seuls", rapporte l'enquête publiée dans The Cut. Alors pour ne pas rester seuls et avoir une vie sexuelle, certains de ces Incels décident de tout faire pour ressembler aux "Chads", le surnom donné par les Incels à ces hommes qu'ils détestent autant qu'ils les trouvent beaux parce qu'ils ont des mâchoire carrées, un visage symétrique et, surtout, correspondent aux critères de beauté actuels.

Les "Incels" les imaginent riches, puissants, sains et couchant avec des mannequins comme ils respirent. Bref, la vie rêvée. 

Les mannequins Lucky Blue Smith et Jordan Barrett dont des exemples de "Chads" pour les "Incels"
Les mannequins Lucky Blue Smith et Jordan Barrett dont des exemples de "Chads" pour les "Incels" Crédit : Nicholas Hunt / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

30.000 dollars pour changer de visage

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Pour leur ressembler, certains hommes se mettent donc à la musculation, prennent des stéroïdes, tentent d'allonger leur pénis grâce à des exercices ou testent des techniques de mastication pour augmenter le volume de leur mâchoire, énumère The Cut

D'autres vont jusqu'à passer sur le billard pour façonner leurs os de telle sorte qu'ils soient "baisables". C'est là qu'intervient le chirurgien plastique Barry Eppley, basé dans l'État de l'Indiana aux États-Unis. Il est l'un des rares à cibler une clientèle de jeunes hommes, qu'ils soient trans ou cisgenre. Son nom circule largement dans les forums, faisant alors de lui la star des "Incels" pour transformer n'importe quel homme en "Chad". 

Le mannequin David Gandy, un autre "Chad" selon les "Incels"
Le mannequin David Gandy, un autre "Chad" selon les "Incels" Crédit : Daniel LEAL-OLIVAS / AFP

Mais est-ce que cela fonctionne vraiment ? Un "Incel" témoigne par exemple dans un forum que malgré son nouveau nez et ses nouvelles mâchoire et pommettes à 30.000 dollars (27.000 euros environ), il se sent toujours le même qu'avant. "Sa haine du monde et des femmes" n'a pas non plus disparu, observe The Cut.

Un groupe "anormal"

"Je me suis souvent demandé pourquoi certains de mes patients sont ce qu’ils sont", confie le docteur Barry Eppley au magazine, qui ignorait l'existence des "Incels" avant que la journaliste vienne lui en parler. "Je les traite depuis des années, sans le savoir. Je les considère simplement comme faisant partie de nos jeunes patients masculins les plus difficiles. (...) Psychologiquement, il s'agit d'un groupe anormal". 

Un groupe anormal dont certains de ses membres sont allés jusqu'au pire. À Toronto, au Canada en 2018, un homme, Alek Minassian, a tué 10 personnes, une majorité de femmes. Ce dernier se revendiquait des "Incels", au même titre que Elliot Rodger qui, en 2014, a tué 6 personnes et blessé 14 autres lors d'une tuerie dans une sororité (un club d'étudiantes) en Californie. Avant le drame, Elliot Rodger avait posté plusieurs vidéos sur Internet où il expliquait vouloir "punir les femmes" pour l'avoir rejeté. 

"Les 'Incels' ne sont pas une communauté d'hommes tristes qui reflètent un problème de société concernant la solitude. C'est une communauté de misogynes violents qui reflètent un problème de société lié au sexisme et aux droits sexuels", résumait alors la journaliste Jessica Valenti dans un message posté sur Twitter en mai 2018. 

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