3 min de lecture Racisme

"Racisme anti-blanc" : pourquoi cette expression est-elle contestée ?

ÉCLAIRAGE - Depuis une interview de Lilian Thuram sur le racisme dans le football, des voix s'élèvent pour dénoncer le "racisme anti-blanc" du footballeur.

Lilian Thuram
Lilian Thuram Crédit : Christophe SIMON / AFP
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

"Les Blancs ont décidé qu’ils sont supérieurs aux Noirs". Depuis cette phrase de Lilian Thuram rapportée mercredi 4 septembre par le journal italien Corriere dello Sport qui l'interrogeait sur le racisme dans le football, l'ancien joueur d'équipe de France a essuyé une série de critiques et de commentaires indignés. Des réseaux sociaux aux plateaux télévisés, le Champion du monde 98, très engagé dans la lutte contre le racisme, s'est vu lui-même accusé de "racisme anti-blanc".

Dernière mention en date : celle du journaliste sportif Pierre Ménès. Invité de CNews dimanche 8 septembre, le présentateur du "Canal Football Club" a réagi aux propos de Lilian Thuram.

"Le vrai problème, en France, dans le foot, c'est le racisme anti-blanc", a-t-il déclaré, citant l'exemple de son fils qui a décidé de ne plus faire de football parce qu'on ne lui "passait pas la balle" à cause de sa couleur de peau. 

Face au scandale, Pierre Ménès a dû présenter ses excuses. "Je suis contre toute forme, je dis bien toute forme, de racisme", a-t-il tweeté le même soir. Le journaliste n'est cependant pas revenu sur son utilisation de l'expression "racisme anti-blanc". Une expression née dans les rangs du Rassemblement national, et dont la réalité est aujourd'hui contestée.

Aucune donnée scientifique

Avant Pierre Ménès, c'est Laurent de Béchade, fondateur de l'Organisation de lutte contre le racisme anti-blanc (OLRA), qui s'en était pris à Lilian Thuram. Lui aussi invité de CNews vendredi 6 septembre, il avait cité une étude de l'Institut national d'études démographiques (Ined) publiée en 2016 pour appuyer son propos. Selon lui, cette étude montrait qu'"une personne sur sept blanche en France" avait déjà été victime de "racisme anti-blanc".

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Les services de vérifications d'information de Libération et de l'AFP ont depuis démontré que les chiffres cités par Laurent de Béchade n'étaient pas faux, mais mal interprétés. "C'est bien de la nationalité et de l'origine sociale de ces personnes dont il est question dans notre étude et pas de leur couleur de peau", a précisé Patrick Simon, directeur de recherches à l'Ined et co-directeur de l'étude à l'AFP. 

Impossible de déduire de cette étude des chiffres confirmant l'hypothèse d'un "racisme anti-blanc" puisqu'elle ne fait à aucun moment mention de la couleur de peau des répondants. Et pour cause : les statistiques ethniques sont interdites en France. Patrick Simon, affirme cependant : "Les Blancs ne sont pas l'objet d'une forme d'oppression, d'agressivité aussi fréquente que le sont les personnes de couleurs".

Historiquement, on a fait une hiérarchie entre les personnes selon leur couleur de peau

Lilian Thuram, ancien footballeur, militant anti-raciste
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Invité de RTL jeudi 5 septembre, Lilian Thuram s'est expliqué : le racisme, qu'il soit présent parmi les supporters de football ou dans la société en général, s'inscrit dans un contexte historique. "Historiquement, on a fait une hiérarchie entre les personnes selon leur couleur de peau : les personnes blanches étaient tout en haut de l'échelle, tout en bas se trouvaient les Noirs, et après il y avait les singes."

De ce passé marqué par des systèmes comme celui de l'esclavage en France, découlent les inégalités raciales d'aujourd'hui. Comme le note le politologue Alain Policar dans une tribune publiée par Libération en octobre 2018 : "Les insultes et les préjugés que des non-Blancs peuvent avoir envers des Blancs sont, certes, dommageables et peuvent considérablement blesser, mais ils ne sont pas historiquement chargés et, surtout, ne viennent pas en complément d’un traitement social défavorable envers les Blancs parce qu’ils sont blancs".

Discriminations à l'embauche et au logement

Les personnes non-blanches subissent en effet des discriminations au logement par exemple. En mai 2019, une étude menée par SOS Racisme et relayée par Le Parisien montrait ainsi qu'une personne noire avait 38% de chance en moins d'avoir une réponse positive lorsqu'elle cherchait un logement en Île-de-France, comparé à une personne blanche. En mars 2017, une étude montrait également que certaines entreprises discriminaient à l'embauche les personnes aux profils maghrébins, basés sur un échantillon de 3.000 CV.

Face à ces statistiques, Alain Policar s'interrogeait dans Libération à propos du "racisme" vécu et dénoncé par les Blancs : "Les insultes, voire les violences, dont ils peuvent être victimes sont-elles équivalentes aux discriminations à l’embauche ou au logement, lesquelles sont le reflet de pratiques structurelles concrètes ?"

On oublie presque ce qu'est la violence d'être un joueur noir sur un stade

Lilian Thuram, ancien footballeur, militant antiraciste
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Sur RTL, Lilian Thuram s'est ému de la polémique, estimant que ces accusations de "racisme anti-blanc" visaient à "délégitimer sa parole". "On oublie presque ce qu'est la violence d'être un joueur noir sur un stade - violence que j'ai connue quand j'étais enfant", a-t-il conclu.

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