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États-Unis : comment le droit à l'avortement est en train de reculer

ÉCLAIRAGE - Depuis l'élection de Donald Trump à la tête des États-Unis, plusieurs États du Sud votent des lois entravant de plus en plus l'accès à l'IVG.

Une manifestant pro-avortement à Montgomery dans l'Alabama
Une manifestant pro-avortement à Montgomery dans l'Alabama Crédit : Seth HERALD / AFP
Arièle Bonte
Arièle Bonte
Journaliste

"N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant". Cette citation de Simone de Beauvoir est on ne peut plus d'actualité concernant le droit à l'avortement aux États-Unis.

Près de cinquante ans après "Roe v. Wade", l'arrêt de la Cour suprême américaine voté en 1973, qui a reconnu le droit à l'avortement des femmes au niveau fédéral tant que le fœtus n'est pas viable (vers la 24ème semaine de grossesse), les menaces sont de plus en présentes sur le territoire américain où deux camps s'affrontent : les "pro-choix" (pour le droit à l'avortement) et les "pro-vie" (contre le droit à l'avortement).

Depuis l'élection de Donald Trump à la tête des États-Unis en janvier 2017, les attaques envers les femmes à disposer de leurs corps librement gagnent du terrain. Au quasi-lendemain de sa prise de fonction, le président avait signé un décret interdisant le financement des ONG étrangères pratiquant ou supportant activement la légalisation de l'avortement et celui des cliniques pratiquant l'avortement.

Un peu plus de deux ans plus tard, la politique de Trump a fait des émules dans différents États où les lois sont de plus en plus restrictives, notamment dans le sud conservateur du pays.

Une manifestante pour l'avortement à Atlanta, en Géorgie
Une manifestante pour l'avortement à Atlanta, en Géorgie Crédit : Elijah Nouvelage / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Une loi bloquée par la justice dans le Mississipi

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Dans le Mississippi, les législateurs (en majorité des Républicains) ont voté en mars dernier l'interdiction de l'interruption volontaire de grossesse dès la détection d'un rythme cardiaque chez l'embryon, possible à partir de la sixième semaine de grossesse, contre vingt actuellement. 

Vendredi 24 mai, la justice de cet État très conservateur a bloqué cette loi qui devait entrer en vigueur le 1er juillet. En cause : cette interdiction "est une menace immédiate aux droits des femmes", a expliqué le juge Carlton Reeves. 

Dans cet État, l'accès sûr et légal à l'avortement est déjà très entravé. Une seule clinique pratique encore des IVG. 

La loi la plus restrictive du pays votée en Alabama

C'est le texte de loi le plus restrictif du pays. En Alabama, un autre État du sud du pays, le Sénat a décidé que la quasi totalité des IVG serait interdite par la loi, même en cas d'inceste ou de viol. Des médecins pratiquant un avortement risquerait entre 10 à 99 ans de prison, sauf en cas d'urgence vitale pour la mère ou d'"anomalie létale" du fœtus.

Avec ce texte de loi, les législateurs n'ont pas caché vouloir revenir sur "Roe v. Wade" et donc remettre en cause le droit à l'avortement au niveau fédéral. 

"Longue vie à Roe", en référence à la décision de la Cour suprême en 1973 d'autoriser l'avortement tant que le fœtus n'est pas viable
"Longue vie à Roe", en référence à la décision de la Cour suprême en 1973 d'autoriser l'avortement tant que le fœtus n'est pas viable Crédit : Andrew CABALLERO-REYNOLDS / AFP

Des lois votées dans plusieurs autres États

Le Mississippi et l'Alabama ne sont pas des exceptions. Récemment, le Missouri a également adopté au mois de mai une loi rendant l'avortement illégal à partir de huit semaines. Sa seule clinique est également sur le point de perdre son autorisation de pratiquer des IVG, faisant alors du Missouri, le premier État américain depuis 1973 à ne plus pratiquer d'avortement.

La Géorgie, l'Ohio, le Kentucky, l'Iowa et et Dakota du Nord ont promulgué de leurs côtés des lois prohibant l'avortement dès que s'entendent les battements de cœur, à six semaines.

Ces décisions s'ajoutent aux autres conditions très strictes. Onze États interdisent par exemple aux assurances médicales privées de rembourser les avortements. L'Indiana a rendu obligatoire l'enterrement ou l'incinération des tissus des fœtus avortés comme "les autres restes humains".

Tandis que le Texas réfléchit à donner au fœtus le même statut légal que celui des enfants. En d'autres termes : si cette loi est promulguée, les femmes qui auront recours à un avortement pourront être condamnées à de la prison, voire la peine de mort. 

La Louisiane, dernier État en date à restreindre l'avortement

La Louisiane a adopté mercredi 29 mai une loi interdisant aux femmes de recourir à une interruption volontaire de grossesse à partir de six semaines de grossesse, devenant le dernier État américain en date à restreindre le droit à l'avortement. Cette loi comporte toutefois des exceptions, notamment dans le cas où la vie de la mère est en danger.

Le sénateur démocrate John Bel Edwards a indiqué dans un communiqué se "préparer à signer" cette loi adoptée par "une majorité écrasante d'élus" des deux bords de l'échiquier politique.

Le droit à l'IVG défendu par les "pro-choix"

Face aux décisions politiques et aux menaces d'entraves à l'IVG, des milliers de personnes ont manifesté dimanche 26 mai dans plusieurs villes de l'Alabama. Quelques jours auparavant, l'actrice engagée pour les droits des femmes, Alyssa Milano, avait appelé à une grève du sexe tandis que le géant du numérique, Netflix, a menacé la Géorgie de cesser ses tournages si la loi venait à entrer en vigueur.  

"Etant donné que la législation n'est pas encore entrée en vigueur, nous continuerons à tourner là-bas, tout en soutenant aussi les partenaires et les artistes qui ont choisi de ne pas le faire. Si la loi devait être appliquée, nous aurions une réflexion sur la totalité de nos investissements en Géorgie", a affirmé un responsable de la plateforme de vidéo à la demande. 

Une manifestante déguisée en "servante écarlate" à Montgomery, en Alabama
Une manifestante déguisée en "servante écarlate" à Montgomery, en Alabama Crédit : Julie Bennett / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

D'autres géants du divertissement, tels que Warner, Disney, Universal ou encore Sony sont également sortis du silence pour prévenir qu'ils pourraient cesser de tourner films et séries télévisées en Géorgie ou dans tout autre État cherchant à limiter l'accès à l'IVG.

Le combat est loin d'être terminé puisque Mike Pence, le vice-président des États-Unis, connu pour revendiquer sa foi chrétienne, est intervenu mardi 28 mai dans ce débat houleux. Il a appelé la Cour suprême à interdire les IVG "sélectives", basées sur "la race, le sexe ou le handicap" du fœtus. 

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