4 min de lecture Interview

"Cacti", "Bossie", "Soror"... Les femmes prennent le pouvoir dans la presse magazine

Elles sont plusieurs à s'être lancées dans le grand bain de la presse magazine papier. Au programme : briser les codes de la féminité et montrer les femmes telles qu'elles sont dans la réalité.

La couverture du dernier numéro de "Cacti" sur le féminisme intersectionnel Crédits : Cacti | Date : 08/06/2018
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La couverture du dernier numéro de "Cacti" sur le féminisme intersectionnel Crédits : Cacti | Date : 08/06/2018
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ArièleBonte
Arièle Bonte
Journaliste

À l'approche de la saison estivale, des après-midi à glander sur les plages, la tentation est grande pour s'engouffrer dans la librairie du coin et attraper au vol une poignée de magazines au contenu léger, rimant doucement avec la chaleur de l'été.

Mais saison après saison, vous vous êtes finalement résignées : les magazines féminins ne sont vraiment pas votre tasse de thé. Leurs représentations des femmes (toutes jeunes, blanches, grandes et minces) vous ont lassées. Vous connaissez déjà par cœur leurs recommandations de régimes à suivre pour "garder la forme" avant la rentrée et autres conseils pour "sublimer" votre bronzage.

Heureusement, une nouvelle génération de femmes a décidé d'investir à nouveau le papier pour parler des femmes comme elles les connaissent : plurielles. Qu'il s'agisse de Cacti, She Gazes ou encore Bossie et Les Ourses à Plumes, ces magazines ou revues brisent les normes stéréotypées des grands noms de la presse féminine, ont laissé tomber les pages beauté et régimes pour célébrer toutes les féminités.

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Une autre vision des femmes

C'est ce que revendique par exemple Claudia Bortolino, directrice de la publication de Cacti, dont le premier numéro est sorti en juin 2017. Cette passionnée qui travaille dans le cinéma raconte que l'idée de créer ce magazine indépendant basé à Lyon est venue d'une envie "d'offrir une nouvelle représentation des femmes plus proche de notre réalité", raconte-t-elle à RTL Girls. Sa mission : "vulgariser la culture féministe" en offrant des contenus pointus mais accessibles, le tout assemblé grâce à une maquette terriblement pop et moderne. 

Chaque numéro s'intéresse à un sujet en particulier allant du genre aux poils en passant par la sexualité ou la couleur de peau. Une manière pour l'équipe de bénévoles de Cacti d'aborder le féminisme intersectionnel et de déplorer le manque de représentation des femmes non blanches dans les médias généralistes. 

Delphine, cofondatrice du site Les Ourses à Plumes, propose de son côté une différente approche : "On s’est pas forcément positionné par rapport aux magazines féminins parce qu’on fait quelque chose de très différent", explique celle qui s'apprête avec son équipe à publier à la rentrée prochaine une revue papier, en complément du site lancé en mars 2015.

Qu'elles revendiquent ou non leurs différences avec les médias traditionnels de la presse féminine, les femmes qui ont monté ces nouveaux médias ont choisi le papier comme support, dans un contexte économique peu favorable à ce type de formats. 

Un objet en papier pour durer dans le temps

"Une partie de Cacti est axée autour du graphisme. On voulait le faire sur du papier parce qu'on voulait en faire un objet, quelque chose qui reste avec le temps", explique Claudia Bortolino.

Une ambition que partage également Delphine de Les Ourses à Plumes et
Vanina Denizot, journaliste indépendante et fondatrice de Soror ("sœur" en latin). Ce "mook indépendant" met en avant des "femmes plurielles, inspirantes, aux trajectoires variées que l'on prend plaisir à découvrir" dans de longs entretiens d'une dizaine de pages, détaille Vanina Denizot. "Le papier est un beau format pour prendre le temps", ajoute la journaliste qui s'est donc naturellement dirigée vers ce support physique. 

Caroline Ruffault, créatrice du photozine She Gazes, explique que cette culture du magazine et du zine (une publication imprimée, indépendante, réalisée à petit budget par des amateurs et amatrices ou bénévolement par des professionnel(le)s) est très présente aux États-Unis, notamment à Austin, au Texas, où elle a travaillé en tant que photographe avant de revenir en France il y a quelques mois.

"En revenant ici, j'ai un peu pris toute cette mouvance avec moi", raconte celle qui s'apprête à sortir un deuxième numéro sur le thème de travail et du saignement ("working and bleeding").

Le pari du bénévolat

Après avoir investi personnellement quelques centaines d'euros dans le premier numéro (épuisé et tiré à 50 exemplaires), Caroline Ruffault prévoit de doubler son tirage, financé cette fois grâce aux premières ventes. "She Gazes est un projet artistique alternatif". Très clairement, la créatrice du photozine n'a pas l’intention d'en vivre. "Je trouve cela chouette de réunir des artistes ensemble sur cette question des représentations des femmes", explique-t-elle.

Les Ourses à Plumes, qui bénéficie d'un statut associatif, mise sur les contributions de son lectorat avec une campagne de financement participatif qui permet de commander la revue.

"Ces projets demandent énormément de temps et d'énergie", souligne Vanina Denizot. "Il faut avoir conscience qu’on n’est pas dans des modèles économiques viables et pas forcément pérennes même si je suis en train de me pencher sur un modèle économique", confie la fondatrice de Soror, avouant ne pas encore avoir trouvé de réponse à ses questionnements. 

Cacti fait aussi dans le bénévolat mais se présente peut-être comme le projet le plus avancé économiquement parlant de cette collection de nouveaux titres engagés pour les femmes : quelques annonceurs s'invitent déjà dans les colonnes du magazine, un an à peine après le lancement du premier numéro, permettant donc à la revue de s'autofinancer. C'est tout le mal que l'on souhaite à toutes ces publications de qualité qui méritent d'exister au-delà de la sphère des initié(e)s. 

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"Cacti", "Bossie", "Soror"... Les femmes prennent le pouvoir dans la presse magazine
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