4 min de lecture Séries

"Marianne" (Netflix) : occultisme à la française et "jump scare" triomphant

NOUS L'AVONS VU - La nouvelle création originale de Netflix made in France vient de débarquer. Au programme : de l'horreur, une mystérieuse sorcière, une romancière sur le fil du rasoir et le grand air breton.

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Marianne | Bande-annonce officielle | Netflix Crédit Image : Netflix |
Aymeric Parthonnaud
Aymeric Parthonnaud
Journaliste

Si vous aimez vous faire peur et que vous êtes abonnés à Netflix, alors voici la série qui pourrait bien vous faire frissonner en cette rentrée. Marianne est une création originale de Netflix réalisée en France sous le patronage du réalisateur Samuel Bodin (Tank, Lazy Company). Disponible depuis le vendredi 13 septembre 2019 sur la plateforme, Marianne est un petit concentré d'horreur qui se distille en huit épisodes.

La série se concentre sur l'histoire d'Emma, une jeune romancière rebelle et talentueuse qui écrit des romans horrifiques et connaît un succès incroyable (on retrouve des touches de la Lisbeth Salander de Millenium en elle). Dans ses livres, la jeune Emma narre les aventures d'une héroïne pourchassée par l'esprit maléfique d'une sorcière prénommée Marianne. Marianne se cache dans la vie de l'héroïne, sème la mort et l'angoisse partout où elle va. Seule faiblesse de l'entité qui s'amuse à posséder différents corps : elle ne peut pas mentir lorsqu'on lui demande son nom.

Naturellement, Emma n'a pas simplement inventé cette sorcière. Elle est bien réelle et a déjà fait de la vie de la jeune femme et de ses amis un cauchemar lorsqu'ils étaient adolescents. Emma, écrivaine déracinée, doit revenir dans sa petite ville bretonne fictive lorsqu'elle prend la décision d'arrêter d'écrire à propos de Marianne. Ses fans en réclame plus et, surtout, l'esprit démoniaque ne veut pas qu'elle s'arrête. Commence alors un chantage surnaturel et sinistre et un bras de fer terrible entre la jeune femme et la sorcière. 

Faire crier et distiller le malaise

La série joue sur plusieurs axes pour captiver le public. D'abord la peur. C'est le cœur de toute bonne production horrifique. Marianne utilise deux ficelles bien connues du métier : le gore avec des monstre difforme et le "jump scare". Cette technique permet de faire sursauter les téléspectateurs en création des apparitions soudaines à l'écran. Un bruit se fait entendre à la gauche d'un personnage. La caméra se déplace pour constater que la pièce est vide dans ce coin mais, en revenant sur le visage de l'acteur, une créature horrifique est présente à quelques centimètres de notre personnage. La musique, les yeux luisants dans le noir, les bruitages et la tension d'une scène de panique nocturne font le reste. 

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La réalisation et le montage s'amusent aussi avec des figures monstrueuses distillées sous la forme d'images subliminales. Comme souvent dans les créations horrifiques, la première moitié du récit est plus efficace puisque le mystère est total. Plus les secrets de Marianne sont exposés et moins elle a d'emprise sur les héros et donc le spectateur.

Marianne arrive parfaitement à introduire une notion de malaise. Victoire Du Bois (Emma) et Lucie Boujenah (qui joue l'assistante de l'écrivaine) composent un duo très efficace lors des premiers épisodes. Elles sont confrontées à des scènes très perturbantes chez une vieille femme du village (parfaite Mireille Herbstmeyer) possédée par la sorcière. On perd malheureusement de vue la jeune éditrice à mi chemin de cette première saison. Dommage, car elle était une porte d'entrée très efficace pour ce monde fantastique et beaucoup s’identifieront à son bon caractère et son côté cartésien.

Le pic de la peur est sans doute atteint dans ces premiers épisodes avec la présence menaçante et dérangeante des parents d'Emma dans la grande maison familiale. Marianne ne réinvente pas la roue ici mais puise dans d'excellentes références horrifiques (terreurs enfantines, petit manoir dans la nuit). La bande d'amis d'Emma qui se reconstituera par la suite est très inspirée de ce que Stephen King a pu faire (Ça, par exemple). Petit bémol : les personnages secondaires sont traités trop inégalement et certains n'ont pas l'occasion de laisser leur marque.

Une belle réalisation avec un charme français

Alors oui, si vous êtes sensible à l’horreur, vous risquez de passer un mauvais moment à sursauter toutes les 5 minutes sur votre canapé. Mais là est le plaisir. Marianne n'est cependant pas qu'une machine à faire bondir car elle joue aussi avec le registre comique. Là est sans doute la touche française de cette série qui incorpore des personnages très théâtraux comme l'inspecteur Ronan joué par Alban Lenoir (Les Crevettes pailletées, Gueule d'Ange). Des bouffées d'oxygène qui participent à donner un vrai caractère avec la série. La direction artistique est soignée et intelligente en piochant dans les anciens contes et des visuels de sorcellerie rurale. On est bien plus près de The Witch que des sorcières pop de Charmed ou American Horror Story.

L'autre grand point fort de Marianne réside dans les décors bretons de la ville imaginaire d'Elden. Les falaises, les maisons et le phare confèrent aux lieux une ambiance très particulière. Marianne n'est pas une série parfaite pour autant. Certains personnages (par la magie du montage) passent d'une émotion extrême à une autre bien plus modérée un peu trop rapidement.

D'autres ont des réactions peu logiques face aux événements, une erreur classique du genre que le réalisateur Jordan Peele évite par exemple dans ses films Get Out ou Us mais que l'on retrouve ici. Quelques incohérences sont aussi à noter et peuvent créer de la confusion. La sorcière qui a vécu dans un univers presque médiéval et pauvre, incarnée par une vieille femme, réapparaît jeune et douce avec une robe victorienne à la fin de la saison par exemple. Visuellement, ça en jette, certes. Mais on pourrait presque croire à un nouveau personnage tant le contraste est fort...

Marianne, même imparfaite, est une série qui se regarde d'une traite et qui déploie un univers avec de belles références, des parallèles philosophiques intéressants et une bonne dose d'horreur efficace. Le tout avec un charme réel, de bons dialogues et un cadre fascinant. La première saison se termine sur une belle ouverture qui permettra facilement d'enchaîner sur une deuxième.

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