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Jimi Hendrix : kidnapping, drogue et rock'n'roll

PODCAST - Jimi Hendrix n'a jamais été le demi-dieu du rock n'roll comme le titrait le grand magazine américain Life. Il était tout le contraire. Un surdoué timide que le succès allait consumer. Un petit garçon qui avait peur de décevoir son père et qui ne grandirait jamais.

Le chanteur et guitariste américain Jimi Hendrix se produit sur scène le 24 mai 1967 à Grona Lund à Stockholm, en Suède.
Le chanteur et guitariste américain Jimi Hendrix se produit sur scène le 24 mai 1967 à Grona Lund à Stockholm, en Suède.
Crédit : TT NEWS AGENCY / Svenska Dagbladet / AFP
Jimi Hendrix : kidnapping, drogue et rock'n'roll
34:50
Jean-Alphonse Richard & Marie Bossard

Johnny Allen Hendrix est né le 27 novembre 1942 à 10h15 du matin au King County Hospital à Seattle. Dans quatre ans, balloté de foyer en foyer il changera de nom, deviendra pour l'état civil James Marshall Hendrix. Mais tout le monde l'appellera Jimi. Son père, Al Hendrix, un Afro américain dont l'histoire raconte qu'il avait six doigts à chacune de ses mains, n'est pas là quand son fils aîné voit le jour. Il se bat contre les Japonais dans le Pacifique, avec les troupes américaines. Quand il prend pour la première fois Jimi dans ses bras, à son retour en 1945, ce dernier est un petit garçon qui n'a que trois ans et qui n'a jamais connu la vie de famille. Son père vient le récupérer dans un orphelinat, en Californie, à 1200 kilomètres de Seattle. Sa mère, Lucile Jeter, 18 ans, lumineuse et immature, rattrapée par l'alcool et partie quelque temps avec un autre homme, n'a jamais su s'occuper de Jimi. Comme elle sera incapable d'assurer l'éducation de ses quatre autres enfants, deux garçons et deux filles. On lui a donc enlevé son fils. Jusqu'à l'âge de dix ans, l'aîné des Hendrix, va ainsi traverser une enfance en mille morceaux. Des morceaux  qu'il ne pourra jamais recoller.

Jimi Hendrix grandit au rythme des beuveries et des disputes de ses parents. Il arrive que son père, jardinier et homme à tout faire, sorte son ceinturon pour le corriger en lui reprochant d'être gaucher. "Je crois que mon père ne croyait pas que je réussirais. Pour lui, j'étais le gamin qui ne faisait jamais rien de bien", dira Hendrix qui jusqu'à la fin de sa vie, ne cessera de craindre et de chercher à plaire à ce père autoritaire et menaçant. Quand la colère règne à la maison, il arrive que Jimi prenne dans ses bras son petit frère Léon pour le protéger des coups. Deux frères qui trouvent alors refuge chez de bonnes âmes. Madame Weinstein leur fait de la soupe. Madame Jackson du poulet rôti. Madame Wilson, lave leurs habits et leur fait prendre un bain. Jimi séjourne des semaines d'affilée à Vancouver, chez sa grand mère paternelle, Zénora. C'est à elle, tout petit, qu'il confie entendre en permanence de la musique dans sa tête. Grand mère Zénora, inquiète, lui lavera alors les oreilles au savon. Puis laisser la musique envahir la tête de son petit fils qui, dira-t-elle, n'était jamais aussi heureux que lors de ces moments où un orchestre jouait en lui.

Un an après la révélation Elvis, Jimi Hendrix perd sa mère, Lucille. Elle a été retrouvée agonisante dans une ruelle, foudroyée à 32 ans par la tuberculose et une hépatite. On l'enterre dans le carré des indigents au cimetière de Renton. Deux ans auparavant, il avait fait ce rêve prémonitoire. Il avait vu le visage de sa mère à travers l'ombre d'un feuillage. "Elle me disait : tu sais je ne vais plus te voir beaucoup alors à bientôt", racontera le musicien. Voilà  donc Jimi Hendrix orphelin d'une mère passée dans sa vie comme passent les ombres, en silence et sans s'attarder. Dans neuf ans, il lui dédiera une chanson baptisée les Châteaux de Sable. Pour le moment, Jimi est livré à lui même dans ce quartier de Central District à Seattle. Il plait aux filles, n'a pas vraiment l'intention de pousser ses études, joue de la guitare dans des bars de banlieue avec une bande mauvais garçons. Les groupes changent de nom les Velvetones, les Rocking Teens, Thomas and The Tom Cats. Son père lui a offert une guitare électrique blanche mais la musique s'arrête un jour de mai 1961. Jimi Hendrix, 18 ans, est arrêté au volant d'une voiture volée. Le juge lui donne le choix : la prison ou l'armée. Il ne pourra jamais jouer en cellule, il choisit donc la caserne. Fort Campbell dans le Kentucky, la prestigieuse unité parachutiste de la 101eme Airborne. Ici il peut jouer pour la troupe. Le groupe s'appelle cette fois les Casuals. Le soldat qui l'accompagne et le suivra, Billy Cox, affirme alors que Hendrix est un mélange de John Lee Hooker et de Beethoven. Enfant prodige de la guitare, peut-être, mais bidasse en dessous de tout. Son sergent écrit : "Le 1ere classe Hendrix n'aura jamais les qualités requises pour devenir un soldat". Il n'a pas d'esprit de corps, on le considère comme introverti, il est donc renvoyé dans ses foyers avant l'heure.

Hendrix le tout nouveau nom de la pop

En cette année 1964, Jimi Hendrix, 22 ans, débarque à New York. Il remporte le concours du meilleur guitariste amateur - 25 dollars de dotation - organisé au théâtre Apollo à Harlem. Malgré son look déroutant, il est recruté par un groupe de RnB qui a les faveurs du public, The Isley Brothers. C'est à cette époque qu'il croise la route d'une groupie qui va devenir sa muse, sa protectrice, son attachée de presse, son amante, sa confidente et son mauvais génie. Devon Wilson a un an de moins que lui, une beauté à couper le souffle, de faux airs de Joséphine Baker. "J'ai été attirée par la flamboyance de Jimi alors qu'il n'était pas encore une star. Il savait comment se distinguer des autres, ses cheveux étaient bien plus longs que n'importe quel musicien noir du moment", dira t-elle. Devon va rester dans le sillage du guitariste, pourvoyeuse de filles pour lui faire plaisir mais surtout de drogue, principalement cocaïne et LSD. Elle se vantera d'avoir initié Hendrix aux paradis artificiels et de lui avoir offert son premier trip sous acide. Devon restera une femme de l'ombre et une femme d'influence. Gardienne autoproclamée du temple Jimi Hendrix. Moins de six mois après la mort de son idole, elle se jettera du huitième étage du Chelsea Hôtel à New York.

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A l'été 1965, Jimi Hendrix est sur scène avec Jimmy James and the Blue Flames. Il joue au Café Wha!, dans Greenwich Village. Linda Keith, alors petite amie de l'Anglais Keith Richards, qui commence à triompher avec les Stones, est subjuguée par ce guitariste. Un virtuose qui ignore le solfège et improvise des partitions. Le Mozart du rock. Le bouche à oreille fonctionne. Un an plus tard,  24 septembre 1966, Hendrix atterrit à Londres, la Mecque de la musique, l'endroit où ça se passe. Hendrix est alors un parfait inconnu. Mais dans neuf mois, juin 1967, il quittera la capitale anglaise comme une nouvelle star, 150 concerts et un catalogue de tubes. Le nouveau venu joue dans des clubs londoniens mais c'est curieusement en France qu'il va donner son  tout premier concert dans une grande salle. Le 13 octobre 1966, au cinéma Le Novelty à Evreux, le Jimi Hendrix Experience assure la première partie d'un chanteur qui provoque des émeutes, un certain Johnny Hallyday. Le public n'est pas venu pour Hendrix qui porte ce soir-là une veste en daim à franges. Mais le public en a pour son argent. Hendrix joue de la guitare dans le dos ou avec les dents. C'est du jamais vu. Les spectateurs sont subjugués. De retour à Londres, il enregistre un standard qu'il avait entendu au Café Wha! à New York. Hey Joe fait frissonner l'Angleterre et traverse l'Atlantique. Le journal Melody Maker écrit : "Hendrix le tout nouveau nom de la pop".

Jimi Hendrix, 24 ans, est heureux en Angleterre. Les nuits sont blanches mais joyeuses. Il claque tous ses cachets en alcool et produits dopants de toute sorte. Le guitariste américain, coupe afro, veste militaire kaki et chemise à fleurs, multiplie les conquêtes féminines. Surpris un jour dans un bain moussant avec une fan, il explique que celle-ci voulait un autographe. Katy Etchingham ne sera toutefois jamais une maîtresse de passage. Dans une boite de nuit du quartier de Mayfair, le Scotch of Saint James, il a rencontré Kathy Etchingham, 20 ans. Elle n'est pas une groupie et ne sera pas une maîtresse de passage. Si Devon restera la première égérie, Kathy sera la femme qui comptera le plus dans sa vie. Entre ces deux là, le coup de foudre est immédiat. Katie se souviendra longtemps de sa première nuit passée avec Jimi. Elle avait vu débouler au matin dans la chambre d'hôtel une furie menaçant de casser sur la tête du musicien sa précieuse sa guitare. L'inconnue emportera l'instrument dans sa Jaguar bleue poursuivie par Hendrix. Hendrix restera infidèle, ne comptant plus les aventures. En ces années où le succès se dessine, Katy le rassure, le soigne et l'apaise. Il utilisera son deuxième prénom, Mary, pour écrire une chanson et gardera toujours une mèche de ses cheveux au fond de ses bottes. Une superstition vaudou, qui dit que notre propre corps doit toujours être en contact avec l'être aimé.

"Je ne veux plus être un clown"

L'incendiaire Jimi Hendrix, enchaîne tournées, concerts et journées dans les studios d'enregistrement. Quand il quitte la scène, son existence est celle d'une caricature de popstar. Les filles, l'alcool - la seule substance qui rend ce garçon timide et placide férocement agressif, et la drogue. Le LSD pour planer, les hallucinogènes se relaxer, la cocaïne pour tenir le choc. L'héroïne a moins ses faveurs, les piqûres lui font peur. Jimi continue à écrire à son père comme un bon fils qui espère en retour un signe d'encouragement. Huit ans qu'il n'a pas vu sa famille. Le 12 février 1968, il est de retour chez lui, à Seattle pour un concert. Cousins, tantes, nièces, frères et sœurs, tout le monde l'attend à l'aéroport. Tante Ernesteine, qui lui avait offert sa première guitare, s'est fait poser des bigoudis. Son père, Al Hendrix, porte pour la première fois de sa vie une cravate. Sa nouvelle épouse l'accompagne. Al Hendrix donne une courte accolade à Jimi. Cette fois, il est rassuré.

Du 15 au 17 août 1969, Jimi Hendrix est sur la scène du festival de Woodstock. Trois jours de paix et de musique dit l'affiche alors que la guerre au Vietnam fait rage. Il porte une tunique indienne à franges et un bandeau rose autour du front. Il est déjà célèbre, cette fois il entre dans la légende. Il joue l'hymne américain comme personne ne l'avait fait auparavant. Le choc est retentissant. Les journaux veulent savoir si le musicien voulait se moquer du drapeau et de l'armée comme le dénoncent quelques conservateurs ou s'il voulait tout au contraire réconcilier l'Amérique avec la paix. En fait, il a totalement improvisé, n'a pas réfléchi. A une télé il déclare : "Je suis Américain, alors j'ai joué cet air. On nous le faisait chanter à l'école, c'était comme un flashback. Ce n'était pas déplacé, c'était juste beau". Woodstock sera t-il le chant du cygne de l'enfant prodige de la pop, sa dernière flamboyance ? Après ce concert, il semble avoir perdu ses marques. Tout se dérègle. 

Au printemps, il avait été interpellé à l'aéroport de Toronto, au Canada, pour possession de cannabis. Libéré sous caution, il vit désormais dans la peur permanente d'être arrêté. Blessé aussi, par les attaques de la communauté noire. Celle-ci lui reproche d'être un musicien noir qui joue avec des Blancs devant un public blanc. Il cherche à désespérément prouver le contraire, mais quand il propose un concert à l'Apollo à Harlem, la direction du théâtre refuse. Il se sent désormais attaqué de toutes part, menacé. La suite semble lui donner raison. Le 10 septembre 69, il est kidnappé. Embarqué dans une voiture. Après avoir joué à New York au Salvation Club, une discothèque contrôlée par la pègre newyorkaise. 24 heures où il aurait été séquestré, sous la menace. La police ne sera jamais alertée et personne n'aura le fin mot de l'histoire. Coup de pub de son manager, intimidation de la mafia new yorkaise pour mettre la main sur son contrat, ou tout simplement appel à l'aide déguisé d'un rocker désespéré ? Deux mois après ce rapt éclair, il déclare au magazine Rolling Stone : "Je ne veux plus être un clown".

L'invité "Confidentiel"

Yazid Manou, spécialiste de Jimi Hendrix et initiateur du festival "Jimi's Back" à Paris à l'occasion des 20 ans de la disparition du chanteur.

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