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Madonna : "Une femme forte ça terrifie les gens"

PODCAST - Madonna n'a jamais eu d'enfance. Sa vie venait tout juste de commencer, qu'elle dut apprendre à marcher toute seule. Sa mère, n'avait pas eu le temps de l'aimer, elle chercha alors désespérément le regard des autres. Désormais prête à tout pour exister.

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Madonna : "Une femme forte ça terrifie les gens" Crédit Image : Jonathan Leibson / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP | Crédit Média : RTL | Durée : | Date : La page de l'émission
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Jean-Alphonse Richard et Marie Bossard

Madonna Ciccone grandit dans une famille nombreuse où il faut toujours jouer des coudes pour exister. "Il fallait que je sois celle qui crie le plus fort. Pour attirer l'attention, je montais sur la table et je faisais des claquettes." Sa mère l'emmène avec elle à l'église, lui fait faire ses premiers pas de danse et écouter Elvis. Puis à l'âge de cinq ans, le temps de l'insouciance s'arrête. Juste avant son sixième accouchement, les médecins détectent un cancer du sein. Madonna va ainsi assister à la lente agonie de sa mère, emportée à l'âge de 30 ans par la maladie. Ce 1er décembre 1963, neuf jours après l’assassinat de John Kennedy, Madonna est orpheline. Elle se souviendra de sa mère dans son cercueil ouvert, la bouche cousue par les pompes funèbres pour empêcher qu’elle ne s'ouvre. Vision crépusculaire qui ne cessera de la hanter. Elle confiera : "Jusqu'à l'âge de dix ans, chaque nuit, je rêvais de ma mère. Chaque nuit, je rêvais qu'on essayait de m'étrangler."

Après la mort de sa mère, tout change pour Madonna Ciccone. "Si ma mère avait vécu, j'aurais été quelqu'un d'autre, j'aurais été une tout autre personne", dit-elle. La famille déménage dans une autre banlieue de Detroit, plus bucolique, plus aisée, plus tranquille, une maison de brique et de bois à Rochester Hillls. Son père se remarie avec la femme de ménage. La famille se recompose. L'enfance s’enfuit et avec elle Madonna. A quoi bon rester dans le doit chemin, celui de la messe du dimanche et des matches de foot ou en pom-pom girl elle encourage l'équipe du lycée ? A quoi bon être une jeune file sage ? A quinze ans, elle sèche les cours  et sort avec des garçons bien plus âgés qu'elle. Elle porte des salopettes déchirées, a fait couper ses cheveux, fume des joints et découche une nuit sur deux. Elle n'a qu'une envie : devenir comédienne ou danseuse. Elle n'a plus peur de rien.

Peu importe les spectacles proposés - choriste, danseuse, figurante, modèle - Madonna court les auditions et les castins. En cette année 1979, elle se retrouve sur la scène d'un théâtre de Manhattan avec une vingtaine d'autres filles. Le Français Patrick Hernandez, tout nouveau roi mondial du disco, vient de débarquer à New York. A la recherche de danseuses pour sa prochaine tournée. Auditions à la chaîne. Madonna prévient qu'elle ne sait pas chanter, entonne Jingle Bells puis livre une courte chorégraphie. Patrick Hernandez est séduit. Madonna sort du lot. Le soir même, il lui propose d'aller tenter sa chance à Paris. Hernandez a une idée bien arrêtée : il veut faire de cette petite Américaine l'Edith Piaf du disco. Madonna accepte. Quelques semaines plus tard, elle s'installe dans un appartement haussmannien, au n°32 de la rue de Courcelles. Elle fréquente le Paris branché des années 80, du couturier Jean-Paul Gaultier au photographe Jean-Baptiste Mondino. Elle répète, chante, danse mais ne sera jamais la nouvelle Piaf. Huit mois plus tard, elle quitte Paris comme elle y était arrivée : sans se faire remarquer et sans prévenir personne.

"Le malsain et le pervers m'ont toujours attirée"

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Madonna a 23 ans quand, en plein été 1982, elle enregistre le titre Everybody. La maison Warner ne croit pas à la destinée grand public de cette chanson et la réserve aux discothèques. Une pochette sans photo, une diffusion confidentielle. Pourtant, en quelques semaines, le titre embrase les nuits new-yorkaises. Les disquaires le réclament. Le visage anonyme de Madonna sort de l’ombre. La chanteuse devient la nouvelle égérie des clubs qui comptent. Une blonde aux cheveux courts, habillée comme un petit voyou, que les journaux commencent à décrire comme le nouveau phénomène de la chanson américaine. Une artiste qui partage la vie du peintre à la mode Jean-Michel Basquiat. Fréquente les quartiers mal famés avec pour gardes du corps une bande de jeunes latinos, fait des doigts d'honneur aux photographes et embrasse des filles. Il n'en faut pas plus pour créer une légende.

Madonna a tout de suite compris qu'il lui faut aller plus vite que tout le monde. Ne rien faire comme les autres. Surprendre, provoquer, quitte à choquer les puritains, les féministes et les beaux esprits, jouer avec l'eau et le feu, chanter la religion et la luxure. Madonna apparaît en vierge sulfureuse. "Le malsain et le pervers m'ont toujours attirée", répond-elle dans un journal. Il ne faut que deux titres, Like a Virgin et Material Girl, le sexe et l’argent, les deux piliers des années 80 pour sacrer alors la madone du stupre. Cette fois, elle est célèbre et se sent subitement intouchable. "Je veux dominer le monde, être plus célèbre que Jésus-Christ", lance t-elle dans une émission télé. Seul John Lennon, vingt ans plus tôt, avait osé prononcer une telle phrase.

Madonna se complaît dans le scandale. Ce serait même sa marque de fabrique et aussi son fond de commerce. Accusée de blasphème, boycottée par le Vatican, quand elle embrasse un Christ noir qui pleure des larmes de sang. Sous le coup d'un mandat d'arrêt par la police canadienne pour un acte obscène lors d'un concert. "Quoi que vous fassiez, le pêché reste en vous", déclare-t-elle alors au journal Rolling Stone. Elle ajoute : "Une femme forte qui sait ce qu'elle fait, ça terrifie les gens". Un livre de photos qu'elle décide d'éditer, Sex, une sulfureuse collection de photos, met en scène ses propres fantasmes. Un million d'exemplaires vendus. Madonna était la rebelle de la pop, elle devient du jour au lendemain une déesse du porno chic pour pères de famille en mal de sensations fortes. Le miroir est brisé. Les ventes d'albums s'effritent. Il lui faudra cinq ans pour revenir sur le devant de la scène. Le temps que de nouveaux visages, Janet Jackson, Cristina Aguilera, Britney Spears lui volent la vedette. La chanteuse avait présumé de sa puissance. Elle, qui se croyait hors d’atteinte confie alors : "Il faut que je reste dans le coup. Je n'ai pas le choix."

L'invité "Confidentiel"

Sophie Rosemont, journaliste culture pour Vanity Fair, Rolling Stone, Les Inrocks.

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