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Silvio Berlusconi : la politique classée X

PODCAST - Silvio Berlusconi n'a jamais été un entrepreneur de génie ou le recordman des postes de Premier ministre. Il a été un séducteur qui voulait enlacer l'Italie toute entière dans un slow sans fin, mais dont la dernière danse, appelée Bunga-Bunga, lui fut fatale.

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Silvio Berlusconi : la politique classée X Crédit Image : TIZIANA FABI / AFP | Crédit Média : RTL | Durée : | Date : La page de l'émission
Jean-Alphonse Richard
Jean-Alphonse Richard et Marie Bossard

Silvio Berlusconi a vu le jour le 29 septembre 1936 à Isola, banlieue lointaine, au nord de Milan. Un frère cadet, Paolo, qui marchera sur les traces de son aîné au point d'affronter lui aussi la justice. Une sœur effacée, Maria Antonietta, qui le soutiendra sans jamais se montrer. Les Berlusconi appartiennent à la petite bourgeoisie. Le père Luigi a gravi tous les échelons au sein de la modeste banque Rasini, jusqu'à devenir fondé de pouvoir. La mère Rosa Bossi, s'occupe de la maison, mais c'est elle le maillon fort. Elle va façonner très tôt le caractère de son Silvio, lui donnant une inébranlable confiance en soi. Jusqu'à sa mort en 2008, Mama Rosa répètera :"Mon Silvio est le meilleur".


L'élève Berlusconi n'a pas la tête aux bigoteries mais - déjà - au business. Pour quelques lires, il fait les devoirs des autres, plus riches que lui. À 16 ans, pour financer son entrée à l'université de Milan, il joue les crooners à bord de bateaux de croisière pour retraités qui font le tour de la Méditerranée. Pour la première fois, le jeune homme gominé et toujours souriant prend conscience de son pouvoir de séduction. Les femmes veulent l'embrasser et les hommes applaudissent à tout rompre ce Sinatra milanais, pétillant et gentiment insolent. Qui sait désormais qu'une vie réussie passe par la mise en scène

Les Berlusconi habitent un tout neuf et confortable appartement. Silvio ne roule pas encore sur l'or mais veut désormais une demeure à la mesure de son ambition. Gigantesque. Il vise la villa San Martino, dans le quartier résidentiel d'Arcore, 145 pièces, propriété de la famille Marchese. Bonne affaire en vue. La demeure vient d'être le théâtre d'une double crime familial. La fille Marchese, 19 ans, hérite de cet ancien monastère et de sa collection d'oeuvres d'art. Avec le concours de l'avocat de la famille, et moyennant un paquet d'actions sans grande valeur, Berlusconi la convainc de vendre, à un prix ridicule. Pour 850.000 euros, il s'empare du palais et de trésors qui se chiffrent dizaines de millions. Trente ans plus tard, la vente sera contestée, considérée comme une escroquerie par la famille Marchese. L'avocat sera condamné mais pas Berlusconi, acquitté. La villa d'Arcore sera à jamais le symbole de sa toute puissance mais aussi de sa déchéance, quand le lieu sera baptisé la villa des orgies

"Mon mari n'a aucun hobby sauf un qu'il vaut mieux ne pas nommer"

Silvio Berlusconi, 44 ans, tout sourire en affaires comme en amour. En cette année 1980, il reste en arrêt devant une certaine Veronica Lario. La comédienne vient tout juste de dévoiler sa poitrine puis une grande partie de son anatomie sur la scène du Théâtre Manzoni, propriété du Cavaliere, dans un vaudeville, Le Cocu Magnifique. Elle devient sa maîtresse cachée. Berlusconi l'installe discrètement avec sa mère, dans un appartement tout près du siège de la Fininvest. L'adultère dure quatre ans. Jusqu'à ce que Veronica accouche dans le plus grand secret d'une petite fille, Barbara. Berlusconi reconnait l'enfant. Il dit tout alors à Carla dall'Oglio, l'épouse légitime qui sans fracas demande le divorce.

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Silvio Berlusconi est milliardaire. Il possède pas moins de 27 propriétés privées. Incontournable, avec son argent, ses chaînes de télévision, ses relations, dans la vie du pays. Le temps est venu de s'immerger dans les eaux bouillonnantes et parfois boueuses de la politique. Le moment est propice. En cette année 1994 l'opération judiciaire Mains Propres a balayé tous les partis. Apparaît celui de Berlusconi, Forza Italia, chrétien, familial et anticommuniste. Berlusconi apparaît comme un leader qui ne parle pas comme les politiciens. Lui a le langage du peuple. Il gagne les élections, devient pour la première fois Président du Conseil, l'équivalent d'un Premier ministre. Au rythme des scrutins, il passera au total neuf ans dans le fauteuil le plus convoité de l'Italie. Un record.


En cette année 2009, une série de photos prises par un paparazzi montrent Silvio Berlusconi dans les jardins de la villa Certosa en compagnie de deux jeunes femmes aux seins nus. Puis dans un jacuzzi entouré de cinq autres filles dénudées. Les juges s'intéressent à un proxénète qui aurait ses entrées chez le Président du Conseil. La retranscription d'écoutes ne laisse pas de doute sur un système tarifé. Une call girl, Patrizia D'Addario, indique que 2.800 dollars lui ont été promis pour deux soirées. Elle va décrire dans le détail l'appétit sexuel insatiable du Cavaliere, 72 ans. 20 filles à la fois et apparemment jamais fatigué ni jamais comblé. Sur une écoute, Berlusconi dit à Patrizia qu'il l'attend dans le lit de Poutine. La chambre où avait couché le maître de la Russie et devenue le temple de tous les délices.

Silvio Berlusconi, 70 ans, veut coûte que coûte rester l'éternel homme fort de l'Italie, Super Silvio. Seule condition pour conserver ce pouvoir qui se fait de plus en pus fragile. Il a jusque là échappé aux juges grâce à l'immunité, mais les plaintes et les affaires de corruption s'accumulent. Il déclare lui-même avoir été convoqué 2.500 fois devant les tribunaux et avoir dépensé 174 millions d'euros en honoraires de justice. "Je suis le recordman universel des procès intentés à un être humain et à n'importe quelle créature vivant sur d'autres planètes", déclare t-il. La fin de règne approche, mais pas question de s'y résigner, quitte à multiplier les opérations de chirurgie esthétique et à sombrer dans la décadence. Une frénésie sexuelle. Son épouse Veronica n'a t-elle pas déclaré un jour : "Mon mari n'a aucun hobby sauf un qu'il vaut mieux ne pas nommer".

L'invité "Confidentiel"

Eric Jozesf, journaliste et auteur de "Main basse sur l'Italie: la résistible ascension de Silvio Berlusconi" aux éditions Grasset.

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