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Isabelle Morini-Bosc : "Il faut aller voir 'Patients', un film tendre et décapant"

ÉDITO - Isabelle-Morini-Bosc a été emballée par le nouveau film de Grand Corps Malade sur le handicap qui manie à merveille l'humour noir pour briser les tabous.

Image tirée du film "Patients" de Grand Corps Malade
Image tirée du film "Patients" de Grand Corps Malade
Crédit : Gaumont Distribution
Isabelle Morini-Bosc

"Ce qu'il y a de relou avec les filles en fauteuil roulant, c'est que tu sais jamais si elles ont un gros cul". J'aime cette réplique entre deux paraplégiques de Patients, le film que Grand Corps malade a consacré au monde du handicap. On peut également citer le moment où un autre paralysé du bassin reproche au héros tétraplégique, nanti d'un fauteuil-à-moteur, de rouler trop vite. Ce qui lui vaut cette réponse : "T'avais qu'à être tétra, faut pas faire les choses à moitié". Allusion au fait qu'un "tétra", immobilisé des 4 membres, ne peut bouger lui-même son engin ! 

Il faut aller voir ce film aussi tendre que décapant, parfois plus caustique que la soude. Dans certains cas, l'humour noir fait en effet avancer un appareillé aussi sûrement que l'or noir fait avancer une voiture ! Pas sûr que ça suffise dans une société où on affirme souhaiter vivre tous ensemble en faisant seulement semblant de s'en convaincre. Des fois que le handicap, comme le malheur, soit contagieux, pas vrai ? La situation n'a d'ailleurs guère évolué depuis mes années d'étudiante où mes camarades gauchistes excluaient les handicapés des manifs car "non conformes" à une société qu'ils affirmaient pourtant vouloir changer.

Combien de personnes "avec une différence", peuvent se vanter d’apparaître à la télévision ?

Isabelle Morini-Bosc

Ils étaient comme ceux qui, aujourd'hui, trouvent "indécent d'exposer des myopathes au (nécessaire) Téléthon." Pourquoi refuser d'admettre qu'ils trouvent ça gênant parce qu'ils sont gênés ? Je repense également à l'auditeur non-voyant dénonçant avec raison lundi matin au micro de Stéphane Carpentier sur RTL "l'immobilisme des politiques". Comme le dit en riant Gilbert Montagné, "la cécité aide à y voir clair". On a même régressé dans le domaine des loisirs. 

Prenez les salles de cinéma. Qu'a-t-on fait, sinon rogner de l'espace dans les grandes largeurs ? Les salles spacieuses, donc pratiques, ont cédé la place aux Rubik's Cubes de petites pièces d'où on ressort par des labyrinthes aussi étroits que bourrés de marches. Ce sont autant de pièges pour des grands corps cassés dont j'ai partagé la détresse. J'ai en effet, à l'adolescence, fait partie d'un groupe mélangeant valides et moins valides. Certains faisaient la roue dans les champs, d'autres en avaient 4 à leur fauteuil. Quelques-uns avaient, eux, des petits vélos dans la tête, mais nous vivions cela tous ensemble, entre volonté de vivre et volonté de vaincre, faussement guillerets quand on nous refusait l'entrée de restaurants "au nom de la sécurité". On était en groupe, ils nous disaient en grappe. Une vision choc tellement pas chic. 

Quelle place pour les handicapés à la télévision ?

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Et aujourd'hui, combien de personnes "avec une différence", peuvent se vanter d’apparaître à la télévision ? Oui, je sais, il y a Mimie Mathie sur TF1, et le journaliste Frédéric Zeitoun à France 2. Mais combien de fois ai-je entendu la boutade "Bon, on va pas faire un élevage" devant le CV d'une autre personne de petite taille ou d'un autre "reporter à roulettes" pourtant largement compétents ? 

Nous regarderons tous mardi 14 mars Mélanie, jeune et jolie présentatrice météo d'un soir sur France 2, veillée par sa famille, les associations et la chaîne. Je suis évidemment très heureuse pour cette jeune trisomique (pour l'instant ultra-stressée) qui voulait un court instant faire la pluie et le beau temps. Est-ce que cela va changer durablement notre regard ? J'ai un doute. Mais je veux croire à cette formule de mon copain Sébastien Proyart, dit Seb, créateur de Medias Handicap : "Sans vous, nous n'avancerons pas. Avec vous, nous somme sûrs de ne pas reculer". Puisse-t-il dire vrai.

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