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Bernard Madoff, gourou de la finance mondiale

PODCAST - Bernard Madoff n'a jamais été un escroc de génie. Il fut bien plus que cela : le premier chaman de la finance mondiale, capable d'ensorceler hommes, femmes, veuves et orphelins. En leur faisant miroiter un monde doré, une pyramide dont lui seul connaissait l'entrée.

Bernard Madoff en 2009 aux États-Unis
Bernard Madoff en 2009 aux États-Unis
Crédit : STEPHEN CHERNIN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
Bernard Madoff, gourou de la finance mondiale
30:46
Jean-Alphonse Richard
Jean-Alphonse Richard
Animateur

Bernard Laurence Madoff est né le 29 avril 1938 dans le quartier de Laurelton, au cœur du Queens. Une banlieue populaire de New York dont il gardera toute sa vie l'accent. Marque indélébile de sa non-appartenance à la grande bourgeoisie et à l'élite de Manhattan. Bernard a une sœur aînée, Sondra, et un frère cadet, Peter. Ses parents, Ralph Madoff et son épouse Sylvia Munter - Susie pour les intimes - sont des descendants d'immigrants juifs de Pologne et de Roumanie, échoués à Laurelton, depuis toujours port d'attache de la communauté. Pour Bernard Madoff, l'art de la mystification et des tours de passe passe commence ici, dès l'enfance, au cœur même du cercle familial.

Son père Ralph, après avoir été plombier, a fait inscrire la profession de financier sur son livret de mariage. Avec son épouse, il se lance dans une activité d'agent de change et de conseillers financier. Personne, en fait, ne saura ce que faisait vraiment le couple Madoff. Le fait est qu'en 1963, les autorités américaines s'intéressent à Ralph et Susie. Soupçonnés d'avoir montés une société fantôme, Gibraltar Securities, domiciliée chez eux, 228ème rue à Laurelton, sans déclarer aucun des montages financiers qu'elle offre à une cinquantaine de clients. Le couple va échapper de justesse aux poursuites. Susie Madoff, gérante officielle de la société dans laquelle son mari a pris soin de ne pas apparaître, va la dissoudre juste à temps. Une première martingale qui ne sera pas découverte. Etrange prélude. Quarante ans plus tard le nom de Madoff sera à jamais synonyme de triche.

Bernard Madoff est à bonne école dans une famille où il est de règle de ne poser aucune question. Il est inscrit au collège puis au lycée de Far Rockaway. Elève travailleur et ingénieux. Pas vraiment porté sur les matières artistiques et littéraires. Il n'ouvrira jamais un livre ne comportant pas d'images. Le fils Madoff est plutôt un solitaire. Il ne parle jamais de sa famille. Il affiche déjà ce fameux sourire en coin qu'il va garder toute sa vie. Un rictus ironique et hautain qui signifie qu'il n'est que de passage dans ce coin du Queens. Au lycée, Bernard Madoff a croisé Ruth Alpern, 14 ans, trois ans de moins que lui, petite blonde pétillante qui n'a jamais eu la langue dans sa poche. Elle a été élue la plus jolie fille de sa classe. Les Alpern habitent à quatre rues seulement des Madoff. Bernard et Ruth ne vont plus jamais se quitter. Le père de la collégienne, un comptable aisé et lettré, aime bien ce garçon qui bouillonne d'ambition. Plus tard, quand il faudra rassurer des investisseurs frileux, Madoff racontera toujours la même anecdote : "La seule fois où j'ai été endetté, c'est quand j'ai emprunté 50000 dollars à mon beau-père pour lancer ma propre société. Je l'ai remboursé au centime près". Histoire inventée de toutes pièces, le prêt en question n'aurait jamais existé. Bernard, 21 ans, et Ruth, 18 ans, se marient un samedi de la fin novembre 1959 à la synagogue de Laurelton. Unis pour le meilleur et pour le pire des scandales de la finance moderne.

Une affaire familiale

Bernard et Ruth Madoff emménagent dans un modeste deux pièces à Bayside pour un loyer mensuel de 87 dollars. Alors que Bernie continue d'enchaîner les petits boulots. Ruth, fraichement diplômée du Queens College, travaille dans une salle des marchés de la Bourse de New York. En cette année 1960, un an seulement après leur mariage, ils décident de se tenter la grande aventure. Voler de leurs propres ailes. Ruth est subjuguée par ce mari qui ne doute de rien et qui lui promet que bientôt le Queens ne sera plus qu'un lointain souvenir. Elle lui fait une confiance aveugle, persuadée que la fortune est à portée de main. Ces dernières années, le jeune homme a patiemment économisé, dollar après dollar, 5000 au total. De quoi lancer sa société de conseil en investissements, Bernard L. Madoff Investment Securities.
Personne ne sait quand Bernard Madoff a commencé à faire de la fraude une arme d'enrichissement massif. Dans les années 90 selon ses aveux, plus sûrement dans les années 80 selon le FBI. A cette époque, Bernie installe son empire dans le Lipstick Building, au numéro 885, sur la troisième avenue de Manhattan. Trois étages pour la Bernard L. Madoff Investment Securities. Au 19ème, il occupe le plus grand bureau. Une affaire de famille. Son frère Peter, roi de l'informatique, ainsi que ses fils, Mark et Andrew, travaillent au même étage. Un univers entièrement vitré pour que Bernie ait l'œil sur tout le monde. Murs gris et noirs. Un monde aseptisé où rien ne dépasse. La moindre tache sur la moquette rend hystérique Madoff. Il a la phobie de la saleté et du désordre. Il exige de ses 50 traders qu'ils rangent chaque soir leur bureau. Son frère et ses fils sont logés à la même enseigne. Tout le monde est terrorisé à l'idée de laisser trainer un papier.

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Ruth Madoff, petite femme à la voix de stentor et au langage de charretier, est la seule à tenir tête à Bernie. Elle travaille à l'étage inférieur, le 18ème, chargée de la gestion des employés. Un family business qui ne passe pas la porte du 17eme étage. Le plus obscur des trois, des bureaux côte à côte, des ordinateurs obsolètes, des murs aux couleurs passées. Un antre surnommé The Cage, la cage, le lieu stratégique des transferts d'argent et des montages financiers. C'est ici, loin des regards, que bat le cœur du système Madoff. La fameuse pyramide de Ponzi. Ce système qui permet de verser des intérêts mirobolants aux anciens clients en puisant dans l'argent frais des nouveaux venus. Et ainsi de suite. Un équilibre périlleux. 65 milliards de dollars se seraient envolés depuis la pénombre de ce 17eme étage où le Bernie Madoff - de peur peut-être de s'apercevoir dans le miroir de ses basses œuvres - évitait de s'attarder.

"Je suis Bernard Madoff. Pas vous que je sache"

En ces années 80, Bernard Madoff devient ainsi le financier le plus courtisé des Etats-Unis et très vite du monde. Il gère pas moins de 5% des opérations conduites à la Bourse de New York. L'air du temps est à l'argent et peu importe par quel tour de magie Bernie multiplie les dollars. En apparence, il n'a rien changé à ses habitudes. Vers 18h30, il dîne toujours avec Ruth chez Primola, un petit restaurant italien de la 64ème rue. Sa table est en fond de salle. Menu immuable. Salade, poulet en sauce, Diet Coke, parfois un verre de vin, pas de dessert, pas de café, 50 minutes grand maximum sur place. Madoff ne lit pas de romans, ne surfe jamais sur internet, ne donne pas d'interviews et préfère régler toutes ses affaires au téléphone au bout duquel il est pendu en permanence. Il n'aime pas les rencontres imprévues, les bavards et ceux qui ne le croient pas. Il est réputé être hautain, prétentieux, mégalomane. Quand une de ses clientes lui reproche un jour son dédain, il la fixe dans les yeux et annonce : "Je suis Bernard Madoff. Pas vous que je sache".

Bernie Madoff épate les veuves et plait aux femmes. Il le sait et il en joue, sûr de l'effet qu'il produit. A Eléanor Squillari, sa secrétaire, qui deviendra l'une des meilleures informatrices du FBI, il offre sa photo en lui demandant de l'accrocher au dessus de son lit. Ruth, l'épouse, se méfie des prétendantes. Elle fait tout pour garder sa taille d'adolescente, un poids plume de 45 kilos, chasser ses rides, tout pour garder l'homme de sa vie. Madoff va la tromper pendant un an et demi avec Sheryll Weinstein, à la tête d'une riche fondation. Le financier exige d'elle la plus grande discrétion. Au passage, il lui fait investir chez lui presque 50 millions de dollars qu'elle ne reverra jamais. Une fois ruinée, Sheryll Weinstein révèlera sa romance. Pas d'autres maîtresses connues pour Bernie qui se méfie de ce jeu dangereux qui pourrait nuire à sa réputation. Pour assouvir ses fantasmes de séducteur, il se contentera d'être un client assidu des salons de massage au coin de la rue. Pas mois d'une douzaine de professionnelles, et quelques escort, figurant toutes dans son calepin à la lettre "M". Des absences d'une heure en pleine journée sous prétexte d'aller prendre l'air.

L'invité "Confidentiel"

Olivier O'Mahony, journaliste correspondant Paris Match aux Etats-Unis

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