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Lucrèce Borgia : d'où vient cette réputation de femme fatale aux relations incestueuses ?

Ce sont des légendes empoisonnées rapportées, vous vous en doutez, par des hommes, qui ont terni l'image de Lucrèce Borgia.

Lucrèce Borgia ( Holliday Grainger) et Rodrigo Borgia (Jeremy Irons) dans "The Borgias"
Lucrèce Borgia ( Holliday Grainger) et Rodrigo Borgia (Jeremy Irons) dans "The Borgias"
Crédit : Showtime 2012
Lucrèce Borgia, fille de pape et ombre du Diable
37:25
Lorànt Deutsch - Entrez dans l'histoire
Lorànt Deutsch - édité par Capucine Trollion

Les Borgia, c’est toute une époque ! Des ombres assassines qui glissent dans les rues sombres et pouilleuses de Rome. Des palais confis de marbre et de stuc accueillant des banquets dantesques, où l’arsenic s’immisce dans les calices. Des cadavres charriés par le Tibre, au petit matin... Dans tout cela, Lucrèce Borgia s’est toujours montrée une femme digne, humble, pieuse, aimante et aimée, soumise aux intérêts de sa famille et de ses sujets

Mais d’où vient cette réputation de femme fatale, d’empoisonneuse, aux relations incestueuses ? Le premier qui a parlé d’inceste, c’est Giovanni Sforza, son premier époux. Vexé de passer pour un impuissant dans l’humiliante procédure de divorce, il se venge en faisant courir le bruit que, si on lui enlève sa femme, c’est parce que "le pape souhaite avoir la liberté de jouir lui-même de sa fille". Un simple sous-entendu rancunier qui va faire couler beaucoup d’encre. 

Un autre scandale, que la postérité a retenu sous le nom de "Banquet des châtaignes" ou "Banquet des cinquante courtisanes", a défrayé la chronique. Il s’agit d’une fête donnée par César, le frère de Lucrèce, le 31 octobre 1501 au sein du Vatican, qui aurait tourné en orgie. On aurait demandé à des prostituées, en tenue d’Ève, de déguster des châtaignes par terre, à quatre pattes, pour mieux tendre la croupe aux soudards de César… Or le chroniqueur qui rapporte cette scène, et qui mentionne la présence de Lucrèce, n’était pas présent lui-même au banquet. On peut donc en douter, mais les légendes ont la peau dure. 

Victor Hugo en fait la femme la plus sulfureuse de la Renaissance

Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose ! L’irruption de la Réforme protestante dans la chrétienté va beaucoup contribuer à la mauvaise réputation des Borgia. On fustige mieux les papistes en les présentant comme des dépravés, à commencer par le pape en personne. Alexandre VI Borgia devient l’incarnation d’une église romaine dévoyée, corrompue, où règne le vice, la simonie et le népotisme. Et forcement, Lucrèce n’est pas épargnée par les kabbales. 

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Les artistes vont prendre le relai, en caricaturant les ragots, pour créer un personnage en rouge en noir. "Espagnole sous ses cheveux blonds, courtisane sous son air candide, elle avait la tête d'une madone de Raphaël et le cœur de Messaline", écrit Alexandre Dumas, dans Les Borgia. Mais, c’est Victor Hugo qui va en faire la femme la plus sulfureuse de la Renaissance, faisant fi complètement de la réalité historique, pour atteindre une puissance dramatique. En 1833, il signe le mélodrame Lucrèce Borgia, accueillit triomphalement la même année au Théâtre de la Porte Saint-Martin. 

Passionné par les "difformités morales" et les "figures monstrueuses", Victor Hugo prête à son héroïne les pires penchants, tel un fils imaginaire fruit de l’inceste avec son frère, qui meurt empoisonné dans ses bras. Lucrèce n’a pourtant jamais fait usage de la cantarella. Mais, le poison colle à son image de femme vénéneuse, qui séduit tant les esprits baudelairiens.

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