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Crédit : dusan-veverkolog/unsplash
Aujourd'hui, on parle de genre, amis des mots. Le Robert a publié récemment un livre intitulé Et si on arrêtait de penser au masculin ?, sous-titré Comment voir le monde sous un autre genre. Les auteurs, Pascal Gygax, Sandrine Zufferey et Ute Gabriel, nous proposent une petite histoire. "Un père et son fils partent en voiture à la campagne. Sur le chemin, ils ont un accident. Le père meurt [ce n’est pas une histoire très gaie]. Le fils est conduit à l’hôpital. Là, le chirurgien de garde s’écrie : 'C’est mon fils !' Comment est-ce possible ?"
Si la réponse ne nous vient tout simplement pas à l’idée, cela démontre, et c’est toute la théorie de ce livre, "à quel point les stéréotypes sont forts, car nous avons de la peine à considérer le terme chirurgien comme se référant à une femme", mais bien sûr, le chirurgien est la mère de l’enfant.
Une étude a démontré il y a quelques années que si vous demandiez à un groupe de personnes le nom de leur écrivain préféré, ils répondaient quasi exclusivement par des noms d’auteurs masculins, tandis que si vous leur demandiez quel était leur écrivain ou leur écrivaine préféré, le nombre d’autrices explosait. D’où l’intérêt de la féminisation des noms de métiers et de fonctions qui s’installe depuis quelques années.
Mais le plus étonnant dans ce livre, c'est l’analyse psychologique qu’il y a derrière notre façon de parler et de comprendre notre langue. Si je vous dis que "deux enfants – ou deux chirurgiens ! – vous attendent devant votre porte", vous ne pouvez pas savoir s’il s’agit d’individus de sexe féminin ou masculin, ou d’un mélange des deux.
Eh bien notre cerveau "ne supporte pas cette ambiguïté" : spontanément, il s’imagine l’un ou l’autre cas (peut-être que si j’ai parlé de deux enfants, vous imaginez qu’il y a un garçon et une fille, mais il y a fort à parier que si j’ai mentionné deux chirurgiens, vous imaginerez spontanément des hommes). Cela porte un nom que je découvre dans ce livre : la paréidolie, j’adore !
C’est cette même tendance de notre cerveau à vouloir trouver absolument du sens aux choses qui fait que, si vous regardez un nuage pendant suffisamment longtemps, vous allez finir par y voir apparaître une forme. C'est aussi ce qui explique que le masculin, grammaticalement, a beau tenir lieu de neutre, représentant à la fois le féminin et le masculin… eh bien, le neutre, cela ne fonctionne pas vraiment si bien que ça dans notre cerveau.
La question du jour vient de Sylvie, sur l’Instagram du Bonbon sur la langue. Sylvie travaille sur un logiciel informatique, m’explique-t-elle, précisant : "Lorsque nous avons traité une demande, nous disons que nous la 'clôturons', mais je me demande s'il ne faudrait pas plutôt utiliser le verbe 'clore'. Pour moi, clôturer signifie mettre une clôture, par exemple autour d'un terrain. Pouvez-vous m'éclairer ?"
On peut dire les deux, à la fois dans le sens de fermer quelque chose, comme un terrain, et de mettre un terme à un travail. Certains puristes préfèrent comme vous 'clore', mais il a le défaut de faire partie de ces verbes que l’on appelle "défectifs", ce qui signifie qu’il n'existe pas à tous les temps et à tous les modes, tandis que clôturer est un bon vieux verbe du premier groupe, les verbes réguliers en ER. On peut dire "il clôtura le dossier", pas "il closit le dossier", on peut dire "elle clôturait la demande" pas "elle closait la demande", par exemple. Voilà pourquoi clôturer, avec sa conjugaison toute simple, s’est imposé sur ce compliqué défectif de clore.
Et si vous voulez parler langue française avec moi, amis des mots, je vous invite à me rejoindre ce samedi 28 mars dès 10h30 aux Archives départementales du Loiret, à Orléans, pour ma fameuse dictée où l’on a le droit de copier sur son voisin. C’est 29, bd Marie Stuart, et c’est gratuit. N’oubliez pas votre stylo ! Je file à la gare !
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