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Langue française : pourquoi le mot "iconique" est souvent très mal utilisé

La correctrice du “Monde” et de RTL creuse les racines d’un mot surutilisé par le marketing et la publicité…

Image d'illustration

Crédit : pure-julia/unsplash

Muriel Gilbert

Un petit coup de gueule vocabulaire, aujourd’hui, amis des mots. Un coup de gueule “iconique”, dirait peut-être un publicitaire. Oui, car ce mot, “iconique”, qu’on met à toutes les sauces, en particulier dans la pub, mais aussi dans la grande presse féminine, je-n’en-peux-plus. Mon vase a débordé pas plus tard que cette semaine : je regardais la présentation des nouveaux agriculteurs de “L’Amour est dans le pré” – comme vous le voyez, je ne passe pas toutes mes soirées sur le site de l’Académie française. Bon, j’en passe quelques-unes, j’avoue. Mais on peut être accro au dico et aussi aux cœurs d’artichaut.

Bref, je ne manque pas un épisode de “L’Amour est dans le pré”. Et donc la diffusion a été interrompue par des “messages à caractère publicitaire”, comme il faudrait dire en français pour ne pas dire “spots de pub”, dont l’un vantait une voiture “iconique” et l’autre, juste après, un burger “iconique”. J’étais déjà un poil agacée par les actrices iconiques, les patrons iconiques, les mascaras iconiques, les sacs à main iconiques, mais maintenant les burgers ? S’il vous plaît ? Bientôt les petits pois et les saucisses iconiques ? Sans blague !

Tenez, qu’est-ce que ça veut dire, au fond, “iconique” ? Le mot a été mis à la mode voici cinq ou dix ans par le marketing, toujours en quête de mots pour faire du neuf avec du vieux. Juste avant de devenir “iconiques”, les mascaras et les sacs à main étaient “mythiques”, ou “cultes” – toujours des adjectifs ayant trait à la religion, comme si les gens ou les objets ainsi qualifiés étaient divinisés. Iconique vient d’icône, bien sûr – au sens premier, une peinture religieuse exécutée sur un panneau en bois spécifique à l’Eglise d’Orient, selon la définition du Petit Robert, qui donne l’exemple des “icônes byzantines”. Le mot est un emprunt au russe ikona, lui-même issu du grec eikon, “l’image”.

Iconique et iconoclaste

On trouve le mot dès le XVIe siècle en français, avec ce sens de “relatif à l’image”. De l’icône vient naturellement l’iconographie, mais aussi l’iconoclaste, employé surtout au sens figuré aujourd’hui – un iconoclaste, littéralement “briseur d’images”, c’est, selon la définition du Petit Robert une personne “qui est hostile aux traditions et cherche à les faire disparaître” ou encore “qui s’attaque aux idées reçues”. Il donne l’exemple de “déclarations iconoclastes”. Le sens propre est historique : les iconoclastes étaient des partisans des empereurs byzantins de l’époque médiévale, qui interdisaient et détruisaient les images religieuses. Ce qui fait de moi, eh bien, une sorte… d’iconoclaste de l’adjectif “iconique”…

Heureusement, Jean-Pierre, de Mont-de-Marsan, dans les Landes, m’a remise de bonne humeur pour la question du jour. Il m’écrit sur mon compte Instagram MurielGilbertPointCom pour me dire sa surprise : “Il a été beaucoup question du Venezuela récemment, dit-il, avec le coup de force Etats-Unien, et j’ai remarqué que le mot ‘vénézuélien’ était écrit avec deux accents aigus, et ‘Venezuela’ aucun. J’ai d’abord cru à une erreur, puis je me suis aperçu que tous les journaux faisaient de même. Je ne comprends pas la logique. Pouvez-vous m’expliquer ?” Avec joie, cher Jean-Pierre. 

C’est très simple : Venezuela est un mot étranger, un mot vénézuélien, en somme. L’adjectif “vénézuélien”, en revanche, c’est du français. C’est pour la même raison que l’on écrit par exemple New York sans trait d’union, parce que c’est de l’anglais, mais new-yorkais avec un trait d’union parce que c’est du français !

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