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La ligne Maginot : comment a-t-elle résisté face aux assauts allemands ?

MAGINOT, LA SÉRIE (6/7) - Alors qu'une nouvelle guerre a éclaté en Europe entre la Russie et l'Ukraine, RTL retourne sur la ligne Maginot, construite en 1935 pour prévenir une guerre entre deux nations européennes. Une série de 7 reportages à retrouver chaque jour de la semaine.

L'un des canons de 75 de l'ouvrage du Schoenenbourg
L'un des canons de 75 de l'ouvrage du Schoenenbourg
Crédit : Samuel Goldschmidt
Comment la ligne Maginot a-t-elle résisté aux assauts allemands ?
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Samuel Goldschmidt

Mai 1940. La guerre a bel et bien commencé, la vraie, et ça va mal pour la France. Le déferlement des Panzer bouscule un état-major dépassé et arc-bouté sur des conceptions archaïques. Et puis l’armée allemande a été prudente : elle attaque au Nord, et se garde bien de tenter des opérations d’ampleur aux frontières de l’Alsace et de la Lorraine, où elle sait qu’elle risque gros face à la ligne Maginot.

Entre les Ardennes et Dunkerque, le terrain est beaucoup plus plat, et les rares fortifications sont éparses, construites à la hâte et tardivement après 1935. Le secteur de Maubeuge est pris entre le 16 et le 23 mai ; puis l’Escaut, puis les Flandres ; c’est la course vers le Nord, les armées allemandes encerclent Français et Anglais dans la fameuse poche de Dunkerque, où la bataille va faire rage du 25 mai au 3 juin, pour sauver l’essentiel des troupes alliées. 

Les Allemands reprennent alors la direction du Sud, percent vers la Somme et l’Aisne. C’est la panique à l’état-major, qui donne l’ordre aux troupes d’intervalles, les forces terrestres qui tenaient les frontières entre les ouvrages Maginot, de se retirer pour se replier vers les Vosges, de crainte d’un deuxième encerclement. Dans les ouvrages de la ligne, on ferme les portes blindées, on met en route les moteurs, les filtres, les magasins à munitions sont pleins ; le 12 juin 1940, les troupes de forteresses se retrouvent totalement seules.

Une résistance à tout épreuve

Le Feldmarschall Erwin Von Witzleben, qui attendait à la tête de son armée le long des frontières de la Sarre, va passer à l’attaque, et cela ne va pas se passer comme prévu.
Les 14 et 15 juin 1940, Witzleben se lance dans un secteur apparemment plus faible, la ligne Maginot aquatique ; une section de la ligne en Moselle où l’on a inondé les champs grâce à un système d’étangs et de barrages, une solution originale et peu connue de l’histoire de la ligne Maginot. Il perdra plus de 1.000 hommes contre 100 Français et ne passera pas.

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Vers l’Ouest, jusqu’à Longwy en Meurthe-et-Moselle et Montmédy dans la Meuse, les tentatives allemandes rencontrent les mêmes fortunes. L’ouvrage du Fermont, durement attaqué au canon le 21 juin, subit le bombardement sans broncher ; quand la canonnade s’arrête et que les premiers fantassins tentent de s’approcher, toutes les tourelles à éclipse se soulèvent, et font feu, aux obus, à la mitraille ; les officiers allemands finiront par se présenter avec des drapeaux blancs à l’entée de l’ouvrage pour demander un cesser-le-feu afin de pouvoir relever les 80 morts qui gisent devant l’ouvrage.

Le journal de marche de la 161e division allemande notera ce jour-là : "l’artillerie n’a pas d’efficacité contre cette fortification-là". Le 22 juin, ce sont le Michelsberg et le Mont des Welsches près de Thionville qui sont attaqués ; ils vont riposter durement et mettre à profit le fameux système de couverture mutuelle des ouvrages en profitant des observateurs et des tirs de l'ouvrage du Kackenberg entre eux. Le travail du génie et des officiers polytechniciens pendant des années de préparation fait des merveilles, les artilleurs de la ligne connaissent le moindre repli de terrain, les reliefs, les distances, les capacités de leurs armes...

Des combats violents au nord de l'Alsace

Dans les Alpes, Mussolini a lancé une attaque, il revendique depuis longtemps la Savoie et veut profiter du front hitlérien pour ne faire qu’une bouchée de Français affaiblis au Sud. Mais les ouvrages stratégiquement placés au débouché des principaux cols vont entrer eux aussi en action ; au col de Montgenèvre, au col de Larche, sur la côte d’azur à Menton les fascistes subissent un déluge de feu d’une précision sans faille ; les conquêtes italiennes seront insignifiantes.

C’est tout au nord de l’Alsace que les combats seront les plus violents et que les ouvrages vont faire là aussi merveille, stratégiquement construits de part et d’autre de la montagne vosgienne, le Four à chaux, le Hochwald et le Schoenenbourg, encore une fois totalement seuls et isolés de l’extérieur, vont harceler sans discontinuer l’armée allemande qui tente d’avancer vers l’Alsace.

Le moindre mouvement allemand est repéré à des kilomètres par les périscopes d’observatoires, le réseau téléphonique enterré est intact, les ordres sont transmis au PC de tir, la chaîne est rodée et rapide. Le Schoenenbourg va subir 3.000 coups au but, de canons, de bombes de 500 kg larguées par les vagues de Stukas, des obus de 420 millimètres, la fameuse grosse Bertha, des projectiles monstrueux qui pèsent près d’une tonne ; à chaque fois les tourelles ressortent après l’orage, et répliquent, par salves de 40, 60, 80 coups en 1 minute.

Cessez-le-feu

Le 22 juin, le Hochwald et le Schoenenbourg croisent leurs coups pour détruire des convois, des batteries de canons, des colonnes d’infanterie. Sans nouvelles ou presque du reste de la France, le Schoenenbourg va faire feu tous les jours de la bataille jusqu’au 25 juin, jour de l’entrée en vigueur de l’armistice. À 00h26, les derniers tirs d’infanterie ripostent à un feu allemand. À minuit 40, le commandant du groupement ordonne de cesser-le feu ; les armes de la ligne Maginot vont se taire définitivement. Entre mai et juin 1940 le Schoenenbourg aura tiré 17.210 coups d’artillerie de divers calibres. 

C’est la fin, mais une fin amère pour les troupes de forteresses, qui vont connaître une trahison française : dans les ouvrages soigneusement fermés, on a du carburant, de l’eau, des vivres et des munitions pour tenir encore longtemps et l’on est invaincus ; mais sur ordre express du haut commandement français, les ouvrages vont être contraints de se rendre à l'occupant et de livrer leurs installations intactes. L’ordre de reddition arrive donc dans l’incompréhension générale. 

Il faut imaginer ces scènes, des généraux français sous les yeux de l’ennemi allemand, qui viennent littéralement toquer aux portes des ouvrages pour ordonner en personne aux hommes de se rendre ; les gros ouvrages sont non seulement invaincus, mais aussi intacts ; notamment au Schoenenbourg. Les troupes déposeront leurs armes à la sortie de l’ouvrage et partiront en convois, prisonniers, nombre d’entre eux resteront 4 ans en Allemagne ; au Schoenenbourg une soixantaine de membres d’équipages seront contraints de rester sur place pour initier les vainqueurs au fonctionnement  de l’ouvrage ; en juillet ils devront même participer au tournage d’un film de propagande ou un bataillon de comédiens allemands lance un assaut fictif du fort au milieu de la mitraille et des fumées ; la tourelle du bloc 3 tirera à cette occasion une dernière salve de 30 coups.

Le drame est consommé, la ligne Maginot va devenir la mal-aimée de l’histoire française de la seconde guerre mondiale dans le public ; mais loin de tomber dans l’oubli, elle va être réinvestie par l’armée française après 1945 ; ce sera dans le dernier épisode.

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