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La ligne Maginot : plongée dans le drame de La Ferté

MAGINOT, LA SÉRIE (5/7) - Alors qu'une nouvelle guerre a éclaté en Europe entre la Russie et l'Ukraine, RTL retourne sur la ligne Maginot, construite en 1935 pour prévenir une guerre entre deux nations européennes. Une série de 7 reportages à retrouver chaque jour de la semaine.

La tourelle blessée de l'ouvrage de La Ferté
La tourelle blessée de l'ouvrage de La Ferté
Crédit : Samuel Goldschmidt
LA LIGNE MAGINOT - 5/7. Plongée dans le drame de La Ferté
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Samuel Goldschmidt

Le 1er septembre 1939, l’Allemagne hitlérienne entre en Pologne sans déclaration de guerre. Le 3 septembre, la Grande-Bretagne et la France déclarent la guerre à l’Allemagne. Tout le long de la ligne Maginot, c’est l’ébullition ; une zone rouge, une bande tout autour des ouvrages, est entièrement évacuée de sa population civile. Commence alors l’attente, la fameuse drôle de guerre

Le 10 mai 1940, l’Allemagne envahit les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg. Des divisions se présentent aux frontières de l’Alsace et de la Lorraine, mais elles évitent soigneusement de se lancer dans des combats d’ampleur, par crainte de la ligne Maginot. 
Le drame va se nouer plus au Nord, quand Rommel, le futur renard du désert, perce le premier à Solre-le-Château dans le département du Nord. 

Des Ardennes à Dunkerque, il y a bien des fortifications, mais elles ont été entreprises très tard, dans un paysage principalement fait de plaines compliquées à fortifier, elles n’ont pas les grandes tourelles d’artillerie de Lorraine ; les habitants par dérision l'appellent "la ligne Maginette"...

Les défenses du Nord sont sans commune mesure avec la première tranche de la ligne ; mais elles vont donner des soucis aux Allemands qui n'ont pas d'arme adaptée à la résistance du béton. Ils vont alors faire usage de leur Flak. Les Flak (FlugAbwehrKanone), sont une improvisation de l’armée allemande face à la solidité des ouvrages ; ils s’avisent donc d’essayer de faire tirer à l’horizontale des fameux canons de 88 prévus à l’origine pour viser des avions… La recette sera adaptée pour l’attaque la plus meurtrière de la ligne Maginot, qui aura lieu sur l’ouvrage de La Ferté, dans les Ardennes ; le plus à l’Ouest de la "vraie" ligne Maginot.

Architecture d'une attaque

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La Ferté est presque seule sur sa colline. Isolée, l'ouvrage voisin à l'Est est en limite de portée de canon, et l'ouvrage qui devait protéger l'Ouest n'a jamais été construit faute de budget. L'ouvrage n'est fait que de deux casemates d'infanterie reliées par une galerie souterraine, sans sortie de secours, sans installations d'ampleur, sans tourelle d'artillerie moderne ; celle qui est installée est une tourelle de récupération d'un fort de la Première guerre mondiale... Les Allemands savent bien pourquoi ils se dirigent vers ce coin des Ardennes, ils veulent absolument pouvoir dire qu’ils ont pris un ouvrage de la célèbre ligne Maginot.

Les impacts des tors allemands sur une des cloches de La Ferté
Les impacts des tors allemands sur une des cloches de La Ferté
Crédit : Samuel Goldschmidt

Le général allemand Eugen Von Schobert, qui va diriger les opérations, a été auparavant inspecteur des fortifications en Bohème-Moravie, sur la ligne construite en Tchécoslovaquie avec l’expertise des Français. Mais l’assaut va être beaucoup plus compliqué que prévu, avec des Français qui se défendent avec acharnement, dans l’ouvrage mais aussi dans les villages alentour.

Les Allemands se présentent le 15 mai et vont mettre 4 jours à réduire les points d’appuis. Le village de Villy tombe le 18 mai l’après-midi, rendant possible l’assaut sur l’ouvrage de La Ferté.Pour enfin s’en approcher à pied, ils vont "creuser" 4 tranchées de 60m de long à coup de canons - d’où une énorme consommation de munitions -  pour créer dans les défenses antichar et les barbelés un chemin praticable et arriver directement au-dessus du bloc N°2. C’est là que va commencer à se nouer le drame de La Ferté.

Les pionniers allemands vont réussir à l'approche de la tourelle coincée en position haute, y poser 40 kg d'explosifs qui vont soulever le chapeau blindé de 15 tonnes et le faire retomber de travers. Cette tourelle penchée, posée encore aujourd’hui dans sa position lors de l’explosion, est l’une des plus célèbres images de la ligne Maginot ; les traces d’obus et des explosifs sur ces capots blindés sont extrêmement impressionnants aujourd’hui encore. Par le jour ainsi créé, les Allemands vont déverser des explosifs et des grenades de toutes sortes dans le bloc de combat.

Tous les dégâts sont encore visibles dans ce bloc 2, jusqu’aux lits en fer des chambrées pliés par les explosions ; les fumées envahissent les pièces, tout l’équipage va donc évacuer et descendre sous terre.

Arrivés en-bas, il n’y a qu’une seule direction possible, le bloc 1 par l'étroit couloir. En-haut, les Allemands continuent leur assaut à coup d’explosifs, bientôt tout l’équipage se retrouve au fond, 105 hommes qui vont trouver un dernier refuge dans la galerie d'évacuation des eaux alors que le monoxyde de carbone commence à faire son oeuvre

Ironie de l’efficacité de la ligne, la ventilation toujours en marche pendant les combats pousse les fumées vers la galerie souterraine ; les hommes ont leur masque à gaz mais les cartouches s'épuisent et ils vont tous mourir les uns après les autres, sans exception, dans cette nuit du 18 mai.

Le 19 mai 1940 au matin les Allemands essaient d’entrer dans l’ouvrage réduit au silence mais il y a trop de fumée. Ils n’y parviendront que le 28 mai 1940. Ils vont évacuer les corps entre le 8 et le 11 juin 1940, de nuit, c’est un bataillon disciplinaire de soldats punis qui se charge de la sinistre besogne. Ils enterrent la plupart des corps dans une grande fosse commune, ce travail dure jusqu’au 11 juin.

La prise de la Ferté va être aussitôt exploitée par les nazis

Et si La Ferté est si bien conservée aujourd’hui, c’est que les occupants en prennent grand soin dès la fin des combats, pour faire visiter les lieux à des soldats ou des dignitaires militaires de pays alliés.

Dès 1941, sous l’Occupation, des bénévoles français se démènent et donnent une sépulture à une partie des victimes. Les officiers seront localisés par le fils du commandant de l'ouvrage, Yves Bourguignon, qui va enquêter pendant des années après-guerre sur le sort de son père mort parmi les derniers après un ultime appel téléphonique à ses supérieurs qui lui ordonnent de tenir. Yves Bourguignon va retrouver un des Allemands ayant évacué les victimes ; Wilhelm Penneman, qui revient à la Ferté en juillet 1973 et aide les français à localiser les corps manquants. Les tout derniers corps ont été retrouvés en 1990 ; aujourd’hui une partie des membres de l’association qui entretient La Ferté sont des descendants des morts de l’équipage.

Si les circonstances ont conduit au drame ici, le long des frontières de l’Est et des Alpes il va en cuire aux Italiens et aux Allemands de s’attaquer à la ligne Maginot ; ce sera dans le prochain épisode.

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