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"Sandman" (Netflix) : pourquoi cette série va vous enchanter (et hanter vos nuits)

NOUS L'AVONS VUE - Originalité, qualité de la mise en scène, émotion, hémoglobine... L'adaptation de l'œuvre de Neil Gaiman est-elle à la hauteur du défi ?

Aymeric Parthonnaud
Aymeric Parthonnaud

L'œuvre était réputée inadaptable. Sandman, la gigantesque saga fantastique de Neil Gaiman qui raconte les aventures d'une entité surnaturelle qui gouverne les rêves et les cauchemars de l'humanité, est pourtant sur nos écrans. Et les fans de ces vénérables romans graphiques avaient quelques raisons d'avoir peur lorsque Netflix a annoncé la sortie d'une série en partenariat avec Warner Bros. 

Netflix allait-elle bâcler l'adaptation pour simplement sortir une série de plus dans son catalogue massif ? Comment les réalisateurs allaient reproduire le monde étrange et fantastique de Sandman ? Les acteurs seraient-ils au niveau ? Malgré les inquiétudes légitimes, nous devons bien admettre ici que Sandman est une incroyable réussite. Une adaptation fidèle mais qui respecte son époque et les codes de la télévision. Une adaptation de très belle facture, visuellement parlant. Et, surtout, une adaptation intelligente et émouvante. 

De quoi parle Sandman ? La série suit Dream (Tom Sturridge) un Éternel qui règne sur le monde des rêves. Il s'agit d'un mélange de plusieurs divinités et créatures merveilleuses : le marchand de sable, Morphée... mais qui a, en réalité, l'apparence d'un homme pâle aux cheveux noir de jais. Dream appartient à une petite famille assez dysfonctionnelle d'entités cosmiques : Destiny, Death, Dream, Despair, Destruction et Desire. Chacun dirige un royaume et influe sur l'univers à la façon de dieux. Certains diraient même qu'ils sont au-dessus des dieux...

Mais, dès le premier épisode, on comprend que Dream, aussi puissant soit-il, n'est pas omnipotent. Ce dernier est en effet capturé par erreur par un occultiste, Roderick Burgess (Charles Dance). Le sorcier voulait emprisonner sa sœur, la Mort, pour devenir immortel et retrouver son fils disparu... Dream va rester le prisonnier de cet homme qui va lui dérober trois objets détenant ses pouvoirs : une poche de sable, un casque cauchemardesque et un mystérieux rubis...

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Un épisode, une histoire

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C'est avec cette première impulsion narrative que commence Sandman. Notre héros va tenter de se libérer et de récupérer ses pouvoirs. Mais cette quête n'est, au final, qu'un astucieux prétexte pour nous faire découvrir un monde caché peuplé de démons, de dieux jaloux et de rêves. Cette saison 1 n'est qu'un premier tome. En 10 épisodes, Sandman développe et fait grandir son univers en prenant son temps. Chaque épisode se présente comme une petite nouvelle. Les épisodes se tiennent et un fil rouge consistant existe mais chaque histoire dispose de sa propre morale, d'une atmosphère bien à elle. 

Sur le volet visuel, Sandman propose une fantasy très bien réalisée, élégante (si on exclut les plans en images de synthèse des premières minutes de la série), qui mise modérément sur les effets spéciaux et se concentre sur la mise en scène pour nous transporter. Les lumières, les décors et même la lentille de la caméra légèrement "fisheye" installent de la magie dans ce monde qui ressemble au nôtre. Pas la peine de régler votre téléviseur, si certains personnages vous paraissent plus allongés qu'ils ne sont, c'est normal.

Sandman, comme série, propose un univers qui ressemble aux films Harry Potter (notamment les derniers de la saga, plus sombre), à la série The Magicians ou encore à American Gods, une autre adaptation d'une œuvre de Neil Gaiman. On retrouve notre monde, urbain et moderne, visité par des êtres surnaturels qui sont toujours en léger décalage. On apprécie l'humour, le sarcasme tout britannique des personnages mais Sandman n'est pas une comédie. On se trouve vraiment dans un drame épique où les enjeux nous dépassent et où l'intrigue reste, malgré tout, très humaine.

Entre lumière et ténèbres

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Si Sandman fonctionne si bien, c'est avant tout grâce à son style narratif, très cinématographique, et son intrigue qui n'hésite pas à prendre son temps. L'histoire avance, mais les réalisateurs prennent parfois le temps de faire vivre les émotions, de laisser les personnages méditer. L'épisode 5, baptisé 24/7, est un parfait exemple de ce que Sandman fait de mieux. Vous passerez presque tout l'épisode à observer les vies de personnages que vous n'avez pas vu et que vous ne reverrez jamais au sein d'un diner. Ce huis clos permet de démontrer la dangerosité du fameux rubis de Dream s'il tombait entre de mauvaises mains.

Cet épisode comme beaucoup d'autres n'hésite pas à offrir un spectacle macabre. La nuit, le cadre très américain et les lumières artificielles offrent à cet épisode un côté film noir très séduisant. Le sexe, la rage, le sang et la tension parfaitement dosée font le reste. Car si Sandman est à ranger dans le rayon fantasy, il s'agit d'une série que l'on ne recommandera qu'aux adultes. L'humour grinçant, les références et les boyaux étalés sur les murs pourraient créer de l'incompréhension voire quelques désagréables cauchemars chez les plus jeunes. 

L'épisode 6, The Sound of Her Wings, a une approche totalement différente. Presque contraire. Il s'agit d'une lente déambulation entre Dream et sa sœur Death dans le monde des vivants. Cette dernière fait sa petite tournée habituelle et rencontre, en plein jour, des humains qui mourront quelques secondes après lui avoir parlé. Un épisode lumineux, bienveillant et étonnamment doux malgré la thématique. Un épisode qui traite avec une grande agilité du deuil, de la fraternité, de la peur et de l'amitié. Là est sans doute la force de Sandman : évoquer des thèmes quasi philosophiques, presque grandiloquents, sans endormir ou sermonner le téléspectateur

Un casting talentueux et fluide

L'autre point fort de la série réside dans son casting presque entièrement britannique. Tom Sturridge évoque à la perfection le flegmatique Dream. Son air impassible oblige le comédien à faire dans la dentelle pour transformer son personnage en roi menaçant ou bienveillant, en victime impuissante, en ami, en frère, en rival... Un jeu tout en délicatesse. Boyd Holbrook joue le Corinthien, le principal ennemi de notre Dream, un cauchemar un tantinet sociopathe qui a, malgré sa personnalité, un charme fou. Patton Oswalt et Mark Hamill (Star Wars) prêtent leurs voix à des créatures du monde des rêves. Gwendoline Christie (Game of Thrones) est une incroyable Lucifer, ange déchu régnant sur les Enfers. Et Joely Richardson (Nip/Tuck), Jenna Coleman (Doctor Who), la légende britannique Stephen Fry, David Thewlis (Harry Potter) complètent admirablement le tableau. 

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Vivienne Acheampong incarne Lucienne, le bras droit de Dream, Mason Alexander Park joue Desire... et ses acteurs, en plus d'être excellents dans leurs rôles, permettent à la série de jouer une agréable carte de la diversité. Les personnages changent de genre, de couleur de peau ou se contrefichent éperdument de ces considérations par rapport aux personnages de l'œuvre originelle. Il en va de même pour la sexualité des personnages toujours très fluide

Si l'on ajoute à cette série un nombre incalculable de références à d'autres univers (la famille Constantine, Lucifer qui aurait pu aussi être le même Lucifer que celui de la série éponyme, des personnages mythologiques), nous obtenons une œuvre très riche qui ne manquera pas de fasciner les abonnées de Netflix pour plusieurs saisons encore. Nous avons déjà hâte de voir la suite !

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