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Canal+ assigné en justice pour discrimination après les menaces de Maxime Saada contre les signataires de la tribune anti-Bolloré

La Ligue des droits de l’Homme et la CGT Spectacle ont annoncé, samedi 23 mai, avoir engagé une action en justice contre Canal+ pour discrimination. En cause : les propos de Maxime Saada, président du directoire de la chaîne, qui avait affirmé ne plus vouloir travailler avec les signataires d’une tribune dénonçant "l’emprise de l’extrême droite" sur le cinéma via Vincent Bolloré.

Le PDG du groupe Canal+, Maxime Saada, assiste à une audition de la commission d'enquête parlementaire sur la neutralité, le fonctionnement et le financement du service public, le 1er avril 2024.

Crédit : Anne-Christine POUJOULAT / AFP

AFP - édité par La rédaction numérique de RTL

Le bras de fer se poursuit entre les signataires de la tribune anti-Bolloré et Canal+. La Ligue des droits de l’Homme (LDH) et la CGT Spectacle ont annoncé, ce samedi 23 mai, avoir assigné la chaîne devant la justice civile pour discrimination.

Dans un communiqué, les deux organisations accusent Maxime Saada d’avoir fait le "choix brutal de discriminer" après ses déclarations tenues pendant le Festival de Cannes. Dimanche 17 mai, le président du directoire de Canal+ avait affirmé ne plus vouloir collaborer avec les personnalités ayant signé une tribune dénonçant "l'emprise de l’extrême droite" sur le cinéma à travers l’homme d’affaires Vincent Bolloré, actionnaire de référence du groupe.

"Je n’ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de crypto-fasciste", avait lancé un Maxime Saada agacé. Invité de RTL ce samedi 23 mai, l’académicien Erik Orsenna a, lui, estimé que l’emploi du mot "fasciste" dans la tribune était "peut-être en trop". "Il suffisait de dire la prise de contrôle et pas la qualifier", a-t-il jugé, tout en reconnaissant que "cette question-là existe vraiment".

Initialement signée par 600 personnalités, la tribune revendique désormais plus de 3.800 soutiens sur Instagram. Parmi les signataires figurent plusieurs grands noms du cinéma international, comme l’acteur espagnol Javier Bardem, le réalisateur britannique Ken Loach ou encore l’acteur américain Mark Ruffalo. 

Un climat dissuasif dénoncé

La polémique enfle depuis plusieurs jours dans le monde du cinéma, en pleine édition 2026 du Festival de Cannes. Certaines célébrités, à l'instar de l'actrice Anna Mouglalis, ont comparé la "liste noire" des signataires à une forme de "maccarthysme", autrement dit une chasse aux sorcières. 

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Dans l’assignation consultée par l’AFP, la LDH et la CGT Spectacle estiment que les propos du patron de Canal+ portent atteinte à la liberté d’expression des signataires.

"En stigmatisant publiquement les signataires d’une tribune relevant du débat d’intérêt général, les propos de Maxime Saada sont susceptibles de porter atteinte à l’exercice effectif de leur liberté d’expression, en créant un climat dissuasif propre à décourager toute prise de parole critique", écrivent les demandeurs.

Les deux organisations demandent au tribunal judiciaire de Nanterre d’ordonner à Canal+ de "s’abstenir de toute mesure d’exclusion, de refus de collaboration, de discrimination" envers les signataires du texte.

L’avocat de la LDH et de la CGT Spectacle, Me Arié Alimi, a également estimé auprès de l’AFP qu'"il est grand temps que les mondes de la culture et du savoir se coalisent et se révoltent contre l’œuvre réactionnaire du groupe Bolloré".

Sollicitée par l’AFP, la direction de Canal+ n’a pas souhaité réagir.

Le rôle central de Canal+ dans le cinéma français

Au cœur des critiques : la place incontournable de Canal+ dans le financement du cinéma français. Dans leur tribune, les auteurs rappellent que le groupe intervient à toutes les étapes de la vie d’un film, du préfinancement à la distribution.

Canal+ s’est engagé à investir 160 millions d’euros dans le cinéma français en 2026, puis 170 millions en 2027, après 150 millions en 2025. Le groupe a également acquis, en septembre dernier, 34% du capital d’UGC et espère contrôler l’ensemble du réseau de salles à partir de 2028.

Face à la polémique, plusieurs voix appellent désormais à l’apaisement. La ministre de la Culture Catherine Pégard a regretté les déclarations de Maxime Saada et souhaité que "la raison et le dialogue puissent l’emporter sur les menaces".

Le président de l’Arcom, Martin Ajdari, a lui aussi appelé les différents acteurs "à se parler" et à "redescendre un peu après la vivacité des polémiques".

Dans le même temps, la Société des réalisateurs et réalisatrices de films (SRF), qui regroupe 500 cinéastes, a proposé une médiation entre les signataires de la tribune et les équipes cinéma de Canal+. 

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