2 min de lecture Littérature

Quand le pluriel dit autre chose que le singulier

Jeunes filles en fleur… ou en fleurs ? Aujourd'hui, Muriel Gilbert nous parle de pluriels étonnants, qui transforment le sens des mots.

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Quand le pluriel dit autre chose que le singulier Crédit Image : Karen BLEIER / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
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Muriel Gilbert
Muriel Gilbert

La semaine dernière, amis des mots, nous avons évoqué Marcel Proust, et notamment son roman "À l'ombre des jeunes filles en fleurs". Bernard, de Breux-Jouy, a profité de l'occasion pour me demander, sur langue@rtl.fr, si "en fleurs" prend un s ou non. Et la réponse est... oui. Ou non !


C'est encore une petite règle un rien perverse du français qui veut que l'on écrive "une prairie en fleurs", avec un s à fleurs, mais "les orangers sont en fleur", sans s à fleur.

En fait, c'est assez logique : quand on considère qu'il y a plusieurs sortes de fleurs, comme dans une prairie, on met un s. Si c'est cent fois la même fleur, d'oranger par exemple, alors on l'indique par un singulier. Le titre de Proust prend un s à fleurs, parce qu'on imagine les jeunes filles en plusieurs sortes de fleurs ! 

Bon, reconnaissons que cette règle n'est plus guère connue, observée et appliquée que par les correcteurs professionnels et les champions de dictée... et maintenant les auditeurs de RTL ! Larousse.fr le dit : "le pluriel se généralise".

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Et il y a quantité d'autres cas comme cela, en français, où le pluriel n'est pas simplement un pluriel, mais recouvre un sens différent de celui du singulier. Il ne faut pas confondre, par exemple, la vacance d'un poste (un poste vacant) et les vacances d'été, la mignonne dodue menotte du bébé et les affreuses menottes du prisonnier, la règle du jeu et les règles du cycle menstruel, la dame qui est une femme et les dames qui sont un jeu, le ciseau à bois, qui est une lame unique et les ciseaux à découper le papier qui en comportent deux, et encore moins la lunette des WC et les lunettes au pluriel que je porte sur le nez. 

Ça c'est un message spécial pour M. Afflelou, qui a tendance dans ses pubs à parler d’une lunette au lieu d'une paire de lunettes. Il vous propose "non pas une, mais deux lunettes de plus". À croire qu'il vend des lunettes de WC. 

Et toujours dans le genre pluriels étonnants, il y a celui du mot "bonhomme". "Bonhomme" peut être à la fois nom ("il a dessiné un joli bonhomme") et adjectif ("le restaurateur, bonhomme, nous offrit l'apéro"). Ce "bonhomme" adjectif est un peu suranné, il signifie aimable, gentil. Mais "un bonhomme" donne au pluriel "des bonshommes", avec donc deux s ajoutés, un au milieu du mot, un à la fin, tandis que l'adjectif au pluriel donne "bonhommes", avec juste un s final classique.



Donc on peut dire : "Ces bonshommes semblent bien bonhommes". Et ce bonhomme présente une autre particularité : le nom qui est tiré de "bonhomme", la bonhomie, s'écrit avec un seul m alors que bonhomme en prend deux. Bon, je vous rassure, la réforme de l'orthographe de 1990 autorise aussi "bonhommie" avec deux m ! Ouf !

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