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Le dessinateur Joann Sfar en mai 2016.
Crédit : JOEL SAGET / AFP
Après Nous vivrons et Que faire des Juifs ?, Joann Sfar a clôt une trilogie née du choc du 7 octobre. Selon lui, "le monde a beaucoup changé", au Proche-Orient tout comme en France.
Après les attaques, l’auteur a expliqué avoir "entrepris une série de reportages". Il est d'abord parti recueillir la parole d’Israéliens. On lui a alors reproché l’absence ou l’insuffisance de voix arabes. Avec Terre de sang, il a choisi d’aller à Naplouse, à Ramallah, dans des villages bédouins de Cisjordanie. "Je m’assieds face aux gens et je les laisse parler" a-t-il expliqué. Ce qui le frappe, dit-il, c’est la convergence des désespoirs : "Quand je m’aperçois qu’ils ont le même désespoir, je me dis qu’il y a des points communs".
À l’université de Naplouse, il a alors entre autres rencontré des étudiants. À Ramallah, un producteur palestinien lui rappelle son propre père.
Ça a l’air futile, mais je cherche des lieux d’empathie pour éviter la déshumanisation dans les deux.
Joann Sfar
Dans une ferme de Masafer Yatta, en Cisjordanie, un Bédouin lui a mimé les coups reçus par des adolescents de son village, faute de caméra. Joann Sfar a dessiné les gestes. "J’ai dessiné un type en survêtement qui fait des gestes. Le lecteur sera peut-être plus ouvert à ça que s’il voyait un film choquant".
Pour lui, la bande dessinée permet d’entrer dans l’intime sans spectaculaire. Il a ainsi évoqué un producteur palestinien dont le père est mort à Gaza, contraint d’organiser l’envoi de serviettes hygiéniques à sa sœur qui est à Gaza. "Le drame, ce n’est pas seulement la logistique. C’est la destruction des âmes."
Interrogé sur la situation internationale, notamment les menaces de l’Iran dirigé par l’ayatollah Ali Khamenei, Joann Sfar a raconté un ami musicien palestinien bloqué à Paris pendant que les bombardements s’intensifiaient. Il a aussi rappelé que "les premières victimes du bombardement iranien sur Tel Aviv étaient des victimes arabes".
"On a l’impression d’être broyés par une violence générale. Il faut répondre par des histoires individuelles", a-t-il insisté. Pour lui, les solutions institutionnelles - que ce soit "un État, à deux États, à dix États" semblent lointaines par rapport à l’urgence exprimée sur place : "l’arrêt des massacres".
Dans l’album, une rencontre à Paris avec l’historien de la Shoah Tal Bruttmann a donné lieu à une confession : la crainte que les Juifs ne puissent plus vivre en sécurité nulle part, pas même en Israël.
Joan Sfar a évoqué les "3.000 familles juives qui auraient quitté la France pour Israël cette année, malgré la guerre". Mais là-bas, dit-il, . Il a rappelé aussi la montée des actes antisémites en France et le sentiment d’insécurité dans certaines écoles.
Il a toutefois refusé toute analogie hâtive avec les catastrophes du XXème siècle. "La haine des Juifs est vieille comme le monde", a-t-il insisté.
Joann Sfar a affirmé vouloir relayer les voix israéliennes et palestiniennes qui "se battent pour la paix". Il a notamment cité les associations Standing Together et Breaking the Silence, qui réunissent des militants des deux camps.
Il a regretté que certaines prises de parole en France reprennent, selon lui, une rhétorique appelant à la destruction d’Israël mais surtout qu'il n'y ait pas "d'autres voix palestiniennes", tout en soulignant que les universitaires et activistes palestiniens rencontrés sur place réclamaient avant tout "la justice" et "la fin de l’occupation" et "l'arrêt de la destruction de Gaza".
En Israël, observe-t-il, des recompositions politiques sont en cours : un parti arabe acceptant des députés juifs, une gauche prête à s’allier à des formations arabes. Pour l’essayiste et ancien diplomate Elie Barnavi, cité par Joann Sfar, le monde traverse une phase de victoire des extrêmes droites. "C’est une phase", a estimé l’auteur.
Concernant le rôle de Donald Trump dans le conflit israélo-palestinien, Joann Sfar s'est dit partagé. Il a décrit un président américain imposant une forme de "tutelle" à Israël, en s’alliant notamment avec le Qatar, l’Arabie saoudite et la Turquie, et en tentant d’imposer "une paix par le fric". Avant de concéder : "Peut-être que ça va marcher", tout en parlant d’un sentiment d’être "comme un lapin dans les phares face à ce que fait Trump". Quant à Benjamin Netanyahou, il l'a jugé "coincé entre Trump qui lui impose des choses qu'il n'aurait jamais acceptées avant et son extrême droite qui menace de faire sécession".
Au terme de cette trilogie documentaire, Joann Sfar a confié une forme d’épuisement. "Voir le réel, ça m’a un peu abîmé", a-t-il exprimé. Lui qui se définit d’abord comme conteur de légendes, pas journaliste, aspire désormais à revenir à la fiction.
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