3 min de lecture Littérature

Faut-il tirer les marrons du feu ?

Ce dimanche 6 janvier, Muriel Gilbert nous parle de "tirer les marrons du feu" et d’expressions communément mal utilisées, telles que "faire long feu".

gilbert245x300 Un bonbon sur la langue Muriel Gilbert
>
Faut-il tirer les marrons du feu ? Crédit Image : Romain Vignes / Unsplash | Crédit Média : RTL | Durée : | Date :
La page de l'émission
Muriel Gilbert
Muriel Gilbert

C’est l’époque des marrons glacés, miam, j’adore ça. Mais nous allons plutôt parler de marrons chauds. L’autre jour, au Monde, je suis tombée sur une phrase à base de marrons qui m’a posé un intéressant problème. Elle disait "Marine Le Pen n’aura plus qu’à tirer les marrons du feu". 

Vous ne voyez peut-être pas où est le problème, et… c’est bien le problème. Personne ne voit où est le problème. Cette expression, "tirer les marrons du feu", le journaliste l’utilisait pour dire que Marine Le Pen allait tirer avantage de la situation actuelle. Et c’est ce qu’auraient compris la plupart des lecteurs du Monde. Donc on pourrait se dire, "pas de problème". 

Sauf que… cette expression signifie exactement l’inverse. Elle vient d’une fable de La Fontaine qui ne fait pas partie des plus connues, Le Singe et le Chat. Le singe de l’histoire, qui s’appelle Bertrand, convainc le chat, bizarrement baptisé Raton, de sortir du feu les marrons que l’on y a mis à griller. Au fur et à mesure que le chat les en tire, le singe mange les marrons. 

Bref, "tirer les marrons du feu" signifie se brûler à la place d’un autre, faire les efforts sans en tirer les bénéfices. Finalement, nous avons décidé de ne pas utiliser l’expression ! Trop délicat : puisque 90 % des gens l’emploient désormais à l’envers, il vaut mieux l’éviter. 

À lire aussi
Bruno Solo, Yarol Poupaud et Stéphane Bern Stéphane Bern
A La Bonne Heure avec Bruno Solo

De nombreuses expressions mal employées

C’est un peu la même chose pour l’adjectif "achalandé". Au sens propre, un magasin bien achalandé a de nombreux clients, des chalands. Mais de plus en plus, par glissement de sens, pour la plupart des Français le mot signifie "fourni en marchandises, bien approvisionné", même si ce sens reste "critiqué", nous dit le Larousse. Au Québec, d’ailleurs, le mot a gardé son sens originel, on parle même de quartiers ou d’autoroutes achalandées, pour dire qu’ils sont très fréquentés. 


D’autres expressions employées de travers ? "Faire long feu", par exemple. On entend souvent "mon cadeau n’a pas fait long feu", "leur mariage n’a pas fait long feu", etc, toujours à la forme négative, pour dire "ça n’a pas duré longtemps". Or faire long feu, ce n’est pas ça. 

D’après Larousse toujours, c’est "en parlant d’un projectile, partir avec un retard, la charge de poudre s’étant mal allumée". Ça, c’est au sens propre. Par extension, ça signifie "ne pas réussir", et le dictionnaire donne l’exemple suivant : "la plaisanterie a fait long feu". Bref, faire long feu, c’est échouer, mais il y a tant de francophones qui ne le comprennent pas ainsi qu’il vaut mieux éviter l’expression. Car pourquoi parlons-nous ? Pour être compris. Autrement, à quoi bon parler ?

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Littérature Mots
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7796140965
Faut-il tirer les marrons du feu ?
Faut-il tirer les marrons du feu ?
Ce dimanche 6 janvier, Muriel Gilbert nous parle de "tirer les marrons du feu" et d’expressions communément mal utilisées, telles que "faire long feu".
https://www.rtl.fr/culture/arts-spectacles/faut-il-tirer-les-marrons-du-feu-7796140965
2019-01-06 10:20:54
https://cdn-media.rtl.fr/cache/HyOaLCXqM9PEiMpP-MEriQ/330v220-2/online/image/2018/0303/7792486778_un-dictionnaire-photo-d-illustration.jpg