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Elle s'est laissé ou elle s'est laissée tomber ?

On peut écrire "Claire s’est laissé tomber sur le canapé" et "Claire s’est laissée tomber sur le canapé". Comment cela s’explique-t-il ?

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Elle s'est laissé ou elle s'est laissée tomber ? Crédit Image : RTL.fr | Crédit Média : Muriel Gilbert | Durée : | Date : La page de l'émission
Muriel Gilbert
Muriel Gilbert

Aujourd’hui, je réponds à une question de Claire, qui m’écrit "Bonjour Muriel. Des collègues me disent que, avec le verbe faire, on n’accorde plus. Exemple : 'Claire s’est fait piéger' (et non faite) ou 'Claire s’est laissé piéger' (laissé avec un é au lieu de ée). Y aurait-il une nouvelle règle pour se laisser et se faire ?"

Je ne sais pas ce que Claire et ses collègues sont en train d’écrire, mais au moins on va leur éviter de se "laisser piéger" par cette chausse-trape du participe passé…D’abord, on dit bien "elle s’est fait piéger", et non "faite piéger". Lorsque fait précède un infinitif, il est toujours invariable, donc là, aucun changement. "Muriel s’est fait avoir" (et non "faitE avoir"), "Ma sœur s’est fait épiler les jambes" (et non "faitE épiler"). On n’accorde pas au féminin, et pas davantage au pluriel : "Les chiens se sont fait gronder" (FAIT, pas de S), "Les enfants se sont fait offrir un ballon de foot"… Pour une fois, réjouissons-nous, il n’y a aucune exception : fait + infinitif, c’est invariable.

Avec le verbe laisser, c’est une autre paire de manches. Et je pense que c’est ça qui a créé le trouble chez Claire et ses collègues. Selon l’accord classique du participe passé, si on dit "Claire s’est laissé piéger", laissé reste invariable. En revanche, si on dit "Claire s’est laissée tomber sur le canapé", laissé s’accorde au féminin. 

Comment savoir ce qu'il faut écrire ?

La différence, c’est que, dans le premier cas, "Claire s’est laissé piéger", ce n’est pas Claire qui piège, elle n’est pas le sujet du verbe à l’infinitif. Dans le deuxième cas, en revanche, "Claire s’est laissée tomber", c’est bien elle qui tombe, elle est le sujet du verbe à l’infinitif – et alors on accorde

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Bon, je sens que je suis en train de vous perdre, amis des mots, mais j’ai une bonne nouvelle, et c’est sans doute à cela que faisaient référence les collègues de Claire… La bonne nouvelle, c’est que l’Académie française elle-même le reconnaît dans la dernière mouture de son dictionnaire à l’entrée consacrée au verbe laisser : l’application de la règle "habituelle d’accord du participe passé [est] parfois malaisée, particulièrement dans les formes pronominales [celles dont nous venons de parler, SE laisser]".

Constatant que l’accord reste "incertain dans l’usage", le Quai Conti considère que l’on peut désormais, "comme pour le verbe faire, généraliser l’invariabilité du participe passé de laisser dans le cas où il est suivi d’un infinitif". Traduction : vous pouvez procéder pour laisser + infinitif comme pour faire + infinitif : invariable dans tous les cas. Donc écrire "Claire s'est laissé tomber" comme "Claire s'est laissé piéger" : laissé.

Voilà une simplification bienvenue, n’est-ce pas ? D’autant que les puristes sont tout à fait libres de continuer d’accorder, à l’ancienne. Qui dit mieux ?

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