3 min de lecture Histoire

Comment restaurer la tapisserie de Bayeux en respectant ce joyau de notre patrimoine ?

La tapisserie de Bayeux, qui évoque sur près de 70 mètres de longueur la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant, devrait subir des travaux de restauration à partir de 2024.

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La Revue de Presse du 22 mars 2021 Crédit Image : MYCHELE DANIAU / AFP | Crédit Média : RTL | Durée : | Date :
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Isabelle Choquet édité par Emmanuelle Brisson

La tapisserie de Bayeux, un bijou qui devait être prêté l'année prochaine à nos voisins anglais. C'est leur histoire aussi. Sauf que la tapisserie est bien plus abîmée qu'on ne le pensait. Impossible de la faire voyager en l'état. Nous avons lu cela dans Le Monde ce week-end.

La tapisserie de Bayeux, c'est une espèce de BD médiévale qui raconte le débarquement de Guillaume le Conquérant en Angleterre en 1066. 626 personnages, sur presque 70 mètres de long. Elle a été brodée il y a 1.000 ans, c'est donc une très vieille dame, aux origines assez mystérieuses. L'abbaye de Canterbury peut-être. En tout cas on la voit apparaître officiellement au XVe siècle, dans un inventaire de la cathédrale de Bayeux.

Bonaparte l'a fait venir à Paris en 1803, pour l’exposer au Louvre. Avec ça, il espérait convaincre les Parisiens d’envahir l’Angleterre. Bon, finalement, il l'a renvoyée en Normandie. Et depuis 1983, elle est exposée dans un bâtiment construit rien que pour elle.

La tapisserie présente 24.204 taches et 16.445 plis

Mais malgré toutes les précautions qui l'entourent, cette vieille dame a souffert et aujourd'hui, elle craque. Une équipe de huit restauratrices a inspecté l’œuvre, verdict : 24.204 taches, 16.445 plis et 9.646 "manques dans la toile ou dans les broderies". Pire encore, les expertes ont relevé 30 déchirures "non stabilisées", c'est le terme technique.

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Qu'est-ce qui s'est passé ? Eh bien c'est tout simple : la tapisserie est exposée à la verticale, cousue sur un dosseret qui permet de la faire glisser sur un rail. Mais ce dosseret de 350 kilos a vieilli, et il pèse sur la toile. Le galon qui a été ajouté au bas de l'oeuvre au XIXe tire aussi sur les fibres, ça les déforme.

Au dos, il y a aussi ce qu'on appelle des scrupules, des petits amas de poussières et de saletés qui retiennent l’humidité. Et puis les pièces de ravaudage ajoutées au fil des siècles  provoquent des tensions. Vous voyez le tableau. Bref, la Telle du Conquest, c'est son autre nom, a besoin d'un coup de jeune. Elle sera donc restaurée à partir de 2024, lorsque le musée fermera pour travaux. Ensuite, elle sera exposée sur un plan incliné, ça permettra de se passer du dosseret. Et puis le galon sera enlevé. Et ça, ça pourrait créer quelques surprises. "On va peut-être retrouver quelques centimètres de broderies cachées".

Pas question de laver la tapisserie

On parle de restauration. Mais il y a des limites, d'abord pas question de laver la tapisserie, c'est trop dangereux. Elle sera tout juste dépoussiérée. Ensuite, les scientifiques sont formels : il ne faut pas tout réparer. Certains trous dans la toile peuvent avoir un intérêt historique, par exemple les trous des clous sur lesquels la tapisserie était accrochée dans la cathédrale de Bayeux. Ou les taches de cire provoquées par l’éclairage à la bougie dans l’édifice. 

Il y aussi débat sur la façon de restaurer la toile : faut-il faire ça d'un seul tenant, ou peut-on le faire en plusieurs  fois en la pliant ? D'un seul tenant, ça veut dire qu'il faut construire un dispositif spécifique  de 70 mètres de long et puis on ne sait pas trop quoi faire avec les raccommodages. Plus de 400 pièces de renfort ont été posées, de nombreuses broderies ont été reprises. Une étude a été lancée pour analyser les colorants utilisés dans les fils de laine, ce qui permettrait de connaître leur origine et peut-être le lieu où a été brodée la toile.

La France et la Grande-Bretagne se disputent là-dessus depuis des siècles. Et il faudra sans doute bientôt ajouter une ligne à la longue liste des chicanes entre nos deux pays, car les Britanniques ont réclamé deux fois le prêt de la tapisserie : pour le couronnement d’Elizabeth II en 1953 et pour le 900e anniversaire de la bataille de Hastings, en 1966. A chaque fois, la France a refusé. Et là, la promesse de prêt ne pourra sans doute pas être tenue. La bataille ne fait que commencer ou plutôt elle continue, depuis des siècles. 

Les accrocs de la tapisserie de Bayeux, article à lire sur le site du Monde.

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