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Sous pression, Apple n'entend pas céder au FBI sur le chiffrement de l'iPhone

Le débat sur le chiffrement des téléphones des entreprises du numérique divise les États-Unis et au-delà.

Le directeur général d'Apple Tim Cook
Le directeur général d'Apple Tim Cook Crédit : AFP / JIM WATSON
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

Apple ouvre la voie à un compromis dans la querelle sur le cryptage des données. Sommé de débloquer l’iPhone d’un des auteurs de l’attentat de San Bernardino, qui a fait 14 morts le 2 décembre en Californie, le groupe informatique américain a réclamé lundi 22 février la création d’une commission gouvernementale afin d’étudier l’impact d’une telle requête sur les questions de sécurité et de vie privée. "Apple participerait volontiers à une telle initiative", écrit la société sur son site internet. "Mais pour cela, la meilleure façon de procéder serait que le gouvernement retire sa demande de déblocage de l’iPhone".

Le département américain de la Justice a déposé un recours vendredi pour obliger la firme de Cupertino à se plier à la décision d’une juge américaine lui ordonnant de débloquer l’iPhone 5C de Syed Farook, l’un des deux auteurs de la fusillade. À cause du système de chiffrement mis en place par Apple depuis iOS 8, son contenu est illisible. Les autorités exigent d’Apple qu’il fournisse au FBI un logiciel pour contourner la suppression automatique des données après dix tentatives infructueuses de code PIN, une option activée par le terroriste, et permettre au FBI de tester toutes les combinaisons possibles.

Un débat national

Le PDG d'Apple Tim Cook a jugé la demande "sans précédent" et "inacceptable" et refuse catégoriquement de s’y soumettre. Il estime que les autorités franchissent une ligne rouge et que la requête du FBI pourrait mettre en danger la sécurité des données de centaines de millions de personnes. "Nous utilisons le chiffrement pour protéger nos clients", répète à l'envi Tim Cook, qui a adressé un e-mail à ses employés lundi pour défendre sa position. Le bras de fer engagé entre Apple et les autorités a provoqué la colère des défenseurs des libertés, qui voient poindre le risque d’une surveillance de masse aux États-Unis, qui ont déjà été secoués par le scandale de l’espionnage généralisé de l’agence de renseignement du pays, la NSA.

À l’inverse, d’autres estiment que le refus d’Apple entrave une enquête cruciale pour la sécurité du pays. Des victimes de la tuerie de San Bernardino ont annoncé qu’ils allaient déposer une requête en soutien à la demande de Washington d’ici mai. L’avocat des victimes, Stephen Larson, ancien juge fédéral, a indiqué à Reuters que les victimes qu’il représente ont un intérêt à connaître les informations contenues dans le téléphone du tueur. "Ils ont été ciblés par des terroristes, ils ont besoin de savoir pourquoi et comment ceci a pu arriver", a-t-il affirmé. Vendredi, le candidat à l'investiture des Républicains Donald Trump a appelé au boycott de la marque à la pomme, si elle ne donne pas les informations nécessaires aux autorités.

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Lundi, le directeur du FBI s’est exprimé publiquement pour la première fois depuis le début du bras de fer. James Comey a assuré que le recours déposé par le département américain de la Justice avait pour seul but d’accéder au contenu de l’iPhone et non de "casser le chiffrement de qui que ce soit ou créer un passe-partout". "Le litige autour de San Bernardino ne vise pas à créer un précédent ou envoyer quelque message que ce soit", a-t-il affirmé, reconnaissant que l’équilibre entre sécurité et vie privée était précaire dans cette affaire. "Cette tension ne doit pas être résolue par des entreprises qui font du commerce pour vivre" et "par le FBI dont le métier est d’enquêter" mais "par le peuple américain".

Les forces de police démunies face aux smartphones récents

Ce conflit relance un débat vieux de plusieurs mois entre les groupes technologiques et le gouvernement américain sur la protection des données des téléphones. Échaudés par les révélations d'Edward Snowden sur la surveillance pratiquée par la NSA, les entreprises du numérique refusent d'affaiblir la sécurité de leurs appareils au nom du droit à la vie privée de leurs clients. Incapables de faire parler des téléphones cryptés, les autorités et les services de renseignement anglo-saxons demandent l'instauration de portes dérobées dans ces logiciels pour pouvoir accéder au contenu d'un téléphone chiffré et espionner des communications.

La semaine dernière, le directeur de l'Agence nationale de sécurité américaine (NSA) a affirmé que les attentats du 13 novembre n'auraient pas été perpétrés si les terroristes n'avaient pas utilisé des outils de communications cryptées qui leur ont permis de passer sous les radars de surveillance des services de renseignements. Michael Rogers a assuré que "certaines communications" des terroristes étaient "chiffrées", ce qui a empêché son agence de "recueillir suffisamment de renseignements en amont" pour prévoir les fusillades revendiquées par l'État islamique qui ont fait 130 morts et plusieurs centaines de blessés à Paris et Saint-Denis.

À ce jour, l'enquête sur les attentats de Paris n'a pas encore établi que les terroristes ont utilisé un système de cryptage de leurs communications pour organiser leurs attaques. L'enquête a seulement prouvé qu'ils avaient communiqué par SMS, via un téléphone retrouvé dans une poubelle près du Bataclan, pour coordonner leurs actions le soir des attentats. La presse française expliquait vendredi que la police locale se heurte aux mêmes difficultés que ses homologues américaine et britannique face "aux codes de verrous très compliqués à casser ou contourner" des "téléphones de dernière génération". Bernard Cazeneuve devrait se rendre aux États-Unis en mars pour pousser les entreprises de la Sillicon Valley à assouplir leurs dispositifs de chiffrement.

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