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Nouvelle barre de recherche, shopping intelligent, agent autonome : Google bascule vers l'ère du zéro clic et bouscule l’avenir du web

Google a présenté mardi une nouvelle génération d’outils d’intelligence artificielle capables d’automatiser de nombreuses tâches dans ses principaux services grand public. Recherche, shopping, bureautique ou lunettes connectées : le géant californien veut placer l’IA au carrefour de son écosystème, quitte à bousculer l'équilibre économique des acteurs du web.

Google entend faire de son moteur de recherche un agent quasi-autonome qui réalise des actions à la place des internautes

Crédit : Google

Benjamin Hue

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Pris de vitesse par l’irruption de ChatGPT il y a trois ans, Google a voulu montrer qu’il n’avait plus rien d’un géant assoupi. Mardi 19 mai au soir, lors de sa conférence annuelle Google I/O organisée à Mountain View, le groupe californien a déroulé une avalanche d’annonces autour de Gemini, son intelligence artificielle maison, avec une ambition claire : placer l’IA aux manettes de l’ensemble de ses services grand public. Recherche, shopping, messagerie, bureautique, navigation web ou encore lunettes connectées... Google ne veut plus seulement proposer des outils dopés à l’IA, mais bâtir un environnement où des agents logiciels agissent à la place des utilisateurs.

La démonstration avait valeur de réponse à la concurrence féroce menée par OpenAI, Anthropic ou Perplexity. Sundar Pichai et ses équipes ont insisté sur la montée en puissance de Gemini, dont l’application revendique désormais 900 millions d’utilisateurs mensuels, soit deux fois plus qu’il y a un an. Derrière ces chiffres, Google cherche surtout à imposer sa vision d’une "IA agentique", capable d’exécuter des tâches de manière autonome, y compris lorsque l’utilisateur n’est plus connecté à sa machine.

Le symbole le plus spectaculaire de cette stratégie s’appelle Spark. Cet agent IA, intégré à l’écosystème Google pour les abonnés à l'offre Ultra à 99 dollars par mois, est présenté comme un assistant capable de travailler en continu dans le cloud, 24 heures sur 24. Il pourra fouiller dans Gmail, résumer des newsletters, préparer des briefs, organiser un agenda ou surveiller certaines tâches en arrière-plan. Google promet aussi une intégration avec des services tiers comme Adobe, Canva, Booking ou Dropbox. 

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Le groupe entre ainsi directement sur le terrain défriché ces derniers mois par des acteurs comme OpenClaw, Claude Dispatch ou Perplexity Computer, qui misent eux aussi sur des agents autonomes capables d’exécuter des actions à la place de l’utilisateur. Reste une question centrale : ces nouveaux usages - qui reposent sur l’agrégation et l’exploitation d’une masse considérable de données personnelles de sorte que plus l'agent est intrusif, plus il devient utile - sauront-ils convaincre les utilisateurs de leur accorder leur confiance ? Google promet un fonctionnement sous le contrôle des internautes avec des permissions et des validations requises pour les actions à fort impact.

La plus importante mise à jour du moteur de recherche en 25 ans

Cette logique d’automatisation gagne désormais le cœur même du moteur de recherche. Depuis vingt-cinq ans, Google reposait sur un principe simple : saisir des mots-clés puis naviguer entre des liens. Avec les annonces de mardi, ce modèle amorce un basculement. Le moteur, désormais propulsé par Gemini 3.5 Flash, évolue vers un espace conversationnel capable d’interpréter des requêtes longues, multimodales et contextualisées. L’utilisateur pourra, par exemple, montrer une photo de son salon et demander à Google de lui proposer des objets de décoration compatibles avec un budget donné ou une palette de couleurs précise.

Mais surtout, Google veut transformer Search en agent actif. Le moteur pourra réserver une table dans un restaurant, contacter des commerçants ou surveiller automatiquement des sujets précis. Un utilisateur cherchant un appartement pourra ainsi confier ses critères à un agent qui scrutera les annonces en continu avant de l’alerter lorsqu’un bien correspondant apparaît. Google a également présenté des interfaces générées automatiquement par l’IA, comme des tableaux, des graphiques, des mini-applications ou des visualisations interactives créés à la volée en fonction des requêtes.

Un panier intelligent pour agréger les achats des internautes sur toutes les plateformes

La même philosophie s’étend au commerce en ligne. Avec "Universal Cart", Google promet d'agréger les achats de l’utilisateur sur l’ensemble de ses plateformes, de Search à YouTube en passant par Gmail. Ce panier intelligent sera chargé de suivre les variations de prix, détecter des incompatibilités techniques entre produits ou suggérer les meilleures offres disponibles. Là encore, l’objectif consiste à garder l’utilisateur dans l’univers Google plutôt que de l’envoyer naviguer de site en site.

Autre produit phare du groupe, YouTube devient lui aussi conversationnel. Une nouvelle fonction permettra de demander directement au moteur vidéo un tutoriel précis, par exemple apprendre à un enfant à faire du vélo, et d’obtenir une sélection de vidéos lancées au bon moment. En matière de bureautique, Docs Live, de son côté, permettra de dicter oralement ses idées pendant plusieurs minutes afin que Gemini structure automatiquement un document complet.

Quel avenir pour le web si les internautes ne sont plus renvoyés vers les éditeurs, médias et commerçants ?

Au-delà de la démonstration technologique, ces annonces soulèvent toutefois une interrogation plus profonde : quel avenir pour le web si les internautes ne quittent plus l’interface de Google ? Depuis sa création, le moteur de recherche servait d’aiguillage vers les sites des éditeurs, médias ou commerçants. Avec l’essor des réponses générées par IA et des agents capables d’accomplir directement les tâches, cette logique vacille.

Le risque est d'abord économique. Si Google résume les contenus sans renvoyer les internautes vers les sites d’origine, les éditeurs perdent trafic, publicité et abonnements. Comme le souligne le journaliste Ulrich Rozier sur Frandroid, plusieurs études citées ces derniers mois montrent déjà une baisse importante du trafic généré par Google (jusqu'à 38% aux États-Unis) depuis l’arrivée des résumés IA, qui rassemblent déjà plus de 2,5 milliards d'utilisateurs actifs mensuels. Un agent qui réserve un hôtel, compare des produits ou synthétise des articles consomme l’information sans nécessairement créer de visite humaine. Les contenus deviennent alors une matière première absorbée par les modèles d’IA.

Ce mouvement pourrait aussi se retourner contre les systèmes d’IA eux-mêmes. En renvoyant moins les internautes vers les sites d’origine, la production de contenus ouverts dans les forums, blogs, et médias pourrait diminuer, au profit de contenus cloisonnés derrière des abonnements. À terme, les IA pourraient ainsi manquer de données fraîches et diversifiées, jusqu'à se retrouver à s'alimenter principalement de contenus déjà synthétisés par d'autres modèles. Les signaux envoyés par Google mardi pourraient bien ouvrir une nouvelle étape dans le bras de fer autour du partage de la valeur entre plateformes IA et producteurs de contenus. 

La question est particulièrement sensible en France, où les droits voisins imposent déjà à Google de rémunérer les éditeurs pour la reprise d’extraits de presse. Ces dispositifs ont été pensés pour des moteurs de recherche classiques, pas pour des IA capables de fusionner des dizaines de sources dans une réponse unique. Ce contexte réglementaire explique pourquoi la nouvelle barre de recherche dopée à l'IA n'est pas encore à l'ordre du jour en France, comme ce fut le cas pour les résumés de résultats AI Overviews en 2024 et le mode IA l'année passée.

Des lunettes connectées design pour concurrencer les Meta Ray-Ban

Les consommateurs français pourront toutefois profiter d'un nouveau produit annoncé par le géant américain dans les prochaines semaines. Google a en effet conclu sa conférence par un retour remarqué dans les lunettes connectées, plus de dix ans après l’échec des Google Glass. 

Développées avec Samsung pour la partie technique et les marques Warby Parker et Gentle Monster pour le design, ces lunettes équipées d’un micro, d’une caméra et d’écouteurs permettront de dialoguer avec Gemini, prendre des photos, écouter de la musique ou obtenir un guidage GPS. 

Compatibles avec Android comme avec l’iPhone d’Apple, elles visent frontalement les Ray-Ban connectées de Meta. Une manière, pour Google, d’étendre encore un peu plus l’IA générative au monde physique.

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