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Le jour où les débris d'une fusée chinoise ont manqué de s'écraser sur New York

Le 12 mai dernier, les restes d'une fusée chinoise sont retombés sur la Terre après avoir survolé New York lors d'une descente hors de contrôle.

La fusée Long-March 5 lors de son décollage à Wenchang
La fusée Long-March 5 lors de son décollage à Wenchang Crédit : AFP
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

A quelques minutes près, la rentrée dans l'atmosphère de la fusée Longue Marche 5B aurait pu virer au drame. Le 12 mai dernier, les restes d'un lanceur-lourd chinois sont retombés sur la Terre au terme d'une descente non maîtrisée. Ils ont survolé les métropoles de Los Angeles et de New York avant de finir leur course une quinzaine de minutes plus tard dans l'océan Atlantique au large de l'Afrique de l'Ouest et dans certains villages de Côte d'Ivoire où ils n'ont fait aucune victime. 

La fusée avait été lancée quelques jours plus tôt depuis la base de lancement de Wenchang sur l'île de Hainan, au sud de la Chine, dans le cadre d'un vol expérimental préparant le terrain aux prochaines expéditions lunaires du pays. Après une semaine en orbite, elle a repris la direction de la Terre et les scientifiques ont eu toutes les peines du monde à déterminer à quel endroit aillait atterrir le premier étage de l'appareil. 

En temps normal, dans le cadre d'un retour sur Terre contrôlé, les débris spatiaux terminent leur course au cœur de l'océan Pacifique, dans une immense bande de 24 millions de kilomètres carrés éloignée de toute terre, connue sous le nom de point NEMO. Des centaines d'appareils y dorment actuellement, dont la station Mir, depuis 2001. 

Mais dans certains cas, lorsqu'un engin est inactif depuis un certain temps et se retrouve hors de contrôle des ingénieurs de vol, la redescente sur Terre n'est pas maîtrisée. Comme l'expliquait un spécialiste de la question à RTL.fr en 2018 à l'occasion du retour sur Terre de la station spatiale chinoise Tiangong-1, les rentrées incontrôlées des débris spatiaux sont difficiles à modéliser en raison de la dynamique complexe de la haute atmosphère.

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"La précision d’une rentrée correspond à 10% du temps restant avant la rentrée. Dix jours avant, vous pouvez l'estimer à plus ou moins un jour. Un jour, c’est quatorze orbites. Dix jours avant, vous n’avez donc pas la moindre idée d’où ça peut retomber. La veille de la rentrée, vous avez une précision de l’ordre de 2 heures. 2 heures, c’est 60.000 km", soulignait Christophe Bonnal, expert des débris spatiaux au Cnes.

Ces descentes incontrôlées présentent un risque limité pour la Terre qui est essentiellement recouverte d'océans, de forêts et de déserts. D'autant que seulement 10 à 30% de la masse des objets survit à leur rentrée dans l'atmosphère. Le 12 mai, l'essentiel du premier étage de la fusée chinoise s'est désintégré en plongeant vers la Terre. La plupart de ses débris se sont perdus en mer, au large de la côte de l'Afrique de l'Ouest. Mais plusieurs témoignages ont rapporté que des morceaux avaient été retrouvés en Côte d'Ivoire. 

Un tuyau métallique d'une dizaine de mètres de long est par exemple tombé sur le village de Mahounou qui se trouvait dans la trajectoire de la fusée. Les médias locaux ont aussi fait état d'une maison qui avait été endommagée. Une enquête a été ouverte par le pouvoir local et l'ambassade de Chine s'est dit prête à assister les autorités ivoiriennes pour identifier les objets. L'épisode s'est très probablement soldé de façon diplomatique depuis comme la quasi-totalité des affaires de ce type.

Pas une première

Ce n'est pas la première fois que des parties d'une fusée chinoise tombent sur des zones peuplées. Des restes de lanceurs sont régulièrement retrouvés à proximité des sites de lancement chinois qui sont souvent situés au milieu des terres plutôt que sur les côtes. Les lancements russes, organisés depuis la base de Baïkonour, donnent aussi parfois lieu à des chutes de débris, des étages de lanceurs, dans des steppes du Kazakhstan. En 2017, un employé chargé de ramasser les restes d'une fusée retombée a été tué dans un incendie déclenché par leur chute.

Le retour sur Terre de débris spatiaux est beaucoup plus fréquent qu'on ne le pense. Un ou deux gros objets entiers pénètrent dans l'atmosphère terrestre chaque semaine et se désintègrent avant de toucher le sol. Mais aucune victime humaine directe n'a encore été déplorée à ce jour. En 2011, une Américaine a été frappée à l'épaule par un morceau de métal appartenant à une fusée Delta 2 dans l'Oklahoma, mais les débris se déplaçaient à faible vitesse et elle n'a pas été blessée.

Les déchets spatiaux sont aussi problématiques pour les satellites. L'espace entourant la Terre est de plus en plus encombré. Des dizaines de milliers d'objets orbitent autour de notre planète et le risque de rencontre avec un débris est plus important que jamais. Une collision spatiale pourrait mettre en péril les satellites à proximité et ceux traversant la zone pour rejoindre une plus haute altitude. La Station spatiale internationale doit elle aussi régulièrement manoeuvrer pour éviter des obstacles. L'Agence spatiale européenne prévoit d'envoyer un satellite nettoyeur pour supprimer des débris de ce type d'ici cinq ans.

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