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La protection des données d'e-santé reste largement à encadrer

Alors que les applications et objets dédiés à la santé se multiplient, la sécurisation des données qu'ils génèrent n'est pas encore assurée.

Des visiteurs essaient un tensiomètre au salon CES de Las Vegas en janvier 2014
Des visiteurs essaient un tensiomètre au salon CES de Las Vegas en janvier 2014
Crédit : AFP
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste

Quelle éthique pour l'usage des données liées à l'écosystème florissant de la santé connectée ? La sécurisation des données d'e-santé provenant des applications sur smartphones et objets connectés, en augmentation exponentielle grâce aux capteurs d'activité, doit encore être mise en place, ont souligné des experts en marge du Congrès mondial de la téléphonie mobile à Barcelone.

Selon la Commission européenne, le marché mondial de la santé mobile pourrait dépasser 17,5 milliards d'euros dès 2017. "Une lame de fond inexorable qui entraîne des inquiétudes à partir du moment où des individus saisissent eux-mêmes des données dans un système, sans nécessairement lire toutes les conditions générales", affirme Vincent Genet, directeur associé de la société de conseil Alcimed.

Dans le sillage d'Apple et des géants du web, le smartphone va quasiment se substituer à terme au carnet de santé. "D'ici quelques années, les nouvelles technologies permettront en soufflant dans son téléphone de surveiller une quinzaine de paramètres physiologiques de première importance et d'envoyer des alertes aux patients et aux spécialistes qui les suivent", ajoute-t-il.

La confidentialité des données n'est pas encore garantie

En France, selon l'observatoire Vidal, 17% des médecins ont recommandé en 2014 des applications mobiles à leurs patients, soit deux fois plus qu'en 2013, notamment pour le suivi de la glycémie et de la tension. Ils sont de plus en plus nombreux à leur conseiller des objets connectés capables d'assurer ces fonctions de contrôle, même si leur confidentialité n'est pas du tout garantie. 

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Le Dr Jacques Lucas, du Conseil national de l'Ordre des médecins, souligne toutefois que "près de la moitié des médecins utilisent désormais des messageries sécurisées", un passage obligé pour protéger a minima les données identifiant les patients. Pour les médecins, l'important n'est pas tant la protection des données médicales que leur fiabilité, juge Vincent Bonneau, de l'Idate.

Les données purement médicales suscitent beaucoup de convoitises. Elles ne constituent pas aujourd'hui la norme de l'e-santé, puisque, selon lui, "personne ne veut vraiment d'un bout d'hôpital à la maison". D'après une étude mondiale de Citrix Mobile, les applications consacrées à la remise en forme sont ainsi plébiscitées par les usagers de smartphones adeptes de la santé mobile, avec 78% d'utilisateurs l'an passé (contre 39% en 2013). 

Les compagnies d'assurance à l'affut

"Le problème est que ces données sont souvent stockées directement dans le cloud, ce qui rend les utilisateurs dépendants des mesures de précaution prises par les créateurs des applications et les hébergeurs", note Kevin Curran, universitaire, spécialiste en science informatique de l'université d'Ulster. Plus grave encore selon lui, la situation aux Etats-Unis, où un grand nombre de consultations ont lieu en ligne via Skype, avec des individus se présentant parfois frauduleusement comme des médecins, profitant de l'hyponcondrie de certains et des défauts de l'assurance-maladie locale. 

"Les gens utilisent leurs smartphones pour prendre des photos de taches suspectes sur leur peau et les envoient à quelqu'un qui peut se trouver à Bombay pour un avis", explique-t-il. "Pourtant, nous devons être très prudents concernant les données que nous leur fournissons, car ils finiront probablement par les stocker et les archiver, tout simplement pour être sûr qu'ils ne seront pas poursuivis en justice", prévient Kevin Curran. 

Le risque existe que ces dossiers soient finalement vendus aux compagnies d'assurances, qui en tireraient un juteux bénéfice en les utilisant pour personnaliser les contrats individuels en fonction des pathologies. Plusieurs sources ont confirmé à l'AFP que certains grands assureurs achetaient d'ores et déjà aux chaînes d'hypermarché des relevés de tickets de caisse liés à des cartes de fidélité. Si les bénéfices à venir sont réels, tant en termes d'économies pour la sécurité sociale que d'espérance de vie, il y a urgence à voir se bâtir une architecture de sécurité de l'e-santé en amont de son explosion.

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