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Cette photographie montre l'enseigne d'une pharmacie affichant une température de 39 degrés Celsius à Thionville, dans le nord-est de la France, le 26 juin 2026.
Crédit : Jean-Christophe Verhaegen / AFP
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Pour parler de son été 2026, Nawal emploie le mot "détresse" : "Je suis passée en mode survie", résume cette trentenaire à RTL.fr.
Alors qu'une nouvelle séquence de chaleur s'abat sur l'Hexagone depuis le 14 septembre, rappel d'une période estivale historiquement chaude, la jeune femme se remémore le mal-être qui s'est emparé d'elle sous les températures écrasantes de ces dernières semaines.
"C'était d'abord difficile physiquement : le corps est mis à rude épreuve, on respire et on dort très mal, ce qui empêche toute nuit réparatrice. Tout ça implique des conséquences psychologiques : manque de concentration, sensation d'être bonne à rien, d'être enfermée, de ne rien contrôler..." Elle évoque aussi un appétit coupé, une fatigue extrême et une indélogeable boule d'anxiété : "Je ressens les mêmes choses dans les périodes de grande chaleur que quand je suis très anxieuse, et les deux se confondent."
Chez elle, le scénario se répète "depuis cinq ans" : l'appréhension démarre dès les mois de mars ou avril, à la sortie de l'hiver, et se concrétise quelques semaines plus tard à l'entrée dans l'été. Les températures extrêmes du cru 2026 ont rendu la séquence encore plus éprouvante pour la jeune femme.
Un abattement physique et mental lié à la période estivale, en somme, comme d'autres sont pris d'un profond vague-à-l'âme quand les arbres perdent leurs premières feuilles. On parle alors de dépression saisonnière, ou trouble affectif saisonnier (TAS).
Parmi les personnes concernées par ce spleen automnal, "certaines ont un terrain dépressif qui se manifeste aussi à d'autres périodes de l'année", explique à RTL.fr le professeur Antoine Pelissolo, psychiatre de l'AP-HP et co-auteur du livre Les Émotions du dérèglement climatique (Flammarion, 2021). "Et il y en a d'autres chez qui ces épisodes ne se manifestent vraiment que pendant les mois d'hiver."
L'affection est documentée : en 2025, une méta-analyse de 24 études internationales sur le sujet, réunissant en tout 32.866 participants, a conclu que 5,01% de la population globale y serait sujette, et jusqu'à 9,37% dans sa forme plus légère. Selon cette même analyse, 0,57% des gens souffriraient d'une forme estivale de TAS. Un phénomène ultra-marginal, donc – mais pas inexistant.
Alain Héril, psychologue sexothérapeute et auteur de Pour surmonter la dépression saisonnière (Buissière, 2011), confirme à RTL.fr que la dépression automnale est un phénomène incomparablement plus répandu. Selon lui, sa source est essentiellement chimique : "Elle est presque exclusivement due à un déficit de fixation de vitamine D dans l'organisme."
Certaines personnes ont un déficit de fixation
Alain Héril, psychologue sexothérapeute
"C'est le soleil qui permet à cette vitamine de se fixer dans l'organisme, et cela entraîne un processus au niveau du calcium, du magnésium", résume le spécialiste. "Certaines personnes ont un déficit de fixation : quand arrive l'automne et que l'exposition au soleil baisse, la dépression saisonnière peut advenir. Il y a toujours des causes psychologiques, bien entendu, mais elles sont surtout neurophysiologiques."
Selon le spécialiste, ce mal est bien traité par luminothérapie. Mais qu'en est-il de la mélancolie qui advient quand le soleil brille, que le mercure monte et que la charge de travail s'amenuise ?
Certains aspects du récit de Nawal face à la chaleur ressemblent à s'y méprendre à ceux d'un état dépressif : "Pour atténuer les températures, on reste dans le noir. Je n'arrive plus à voir une amie, même prendre un livre ou cuisiner devient un effort. Tous ces trucs du quotidien qui font du bien d'habitude n'existent plus. Je me suis renfermée sur moi-même, et mes copines aussi."
Selon un article de la Cleveland Clinic, la dépression estivale existe bel et bien et découle de la rencontre de nombreux paramètres : l'épuisement dû aux fortes températures, la perturbation des rituels à cause de l'allongement des jours (et notamment de l'heure du coucher)... Mais aussi d'une forme de pression sociale : chez des personnes qui n'apprécient pas l'été, l'injonction diffuse à profiter des beaux jours – communément admis comme une période de réjouissances et de liberté – vient accentuer un sentiment de décalage et d'isolement.
Cet été aura été plus difficile que les autres, insiste la jeune femme. Il faut dire que la séquence estivale de 2026 s'est tristement démarquée des précédentes : juillet 2026 s'est imposé comme le mois le plus chaud jamais enregistré en France, avec des maximales jusqu'à 5,2°C au-dessus des normales de saison. La vague de chaleur qui a parcouru le mois d'août, la troisième de l'année, a battu un record de longueur. Les feux de forêt se sont quant à eux soldés sur un bilan dramatique de 120.000 hectares dévastés, et les hôpitaux ont enregistré un bond de mortalité.
Autant de manifestations concrètes d'un mal qui semble inéluctable : le réchauffement climatique, source d'angoisse à part entière. Nawal évoque un éveil "éco-anxieux" en 2015 : "À l'époque, c'était surtout lié à la pollution, la surproduction, la surconsommation. Là, on voit les conséquences directes, elles sont à notre porte." Ce qui était encore abstrait il y a dix ans devient omniprésent : "On ne peut plus fermer les yeux. Avant, les informations sur les conséquences du réchauffement climatique, il fallait les chercher ; maintenant, elles sont partout."
Ainsi, à l'abattement s'ajoute la panique : "Ça va être de pire en pire, avec des conséquences sur l'agriculture, la nourriture, l'eau, l'électricité, les infrastructures... C'est difficile de ne pas partir en spirale."
Malgré tout, "le terme n'a pas été consacré", tranche le professeur Pelissolo. "La dépression saisonnière hivernale apparaît dans la classification officielle, laquelle ne fait pas état d'une dépression estivale." Pour autant, il souligne qu'"il existe une corrélation entre fortes chaleurs et santé mentale" : "Ça a des effets sur l'anxiété. Nous ne sommes pas faits pour vivre sous de telles températures, ça dérègle le fonctionnement émotionnel. La souffrance physique a un impact direct sur le cerveau. Peut-être faudrait-il parler de dépressions liées à la chaleur, plus que de dépressions estivales."
Puisque rien n'indique un ralentissement de la course du réchauffement climatique, Alain Héril ne serait pas surpris de voir le spleen estival se banaliser. "De nombreuses recherches se penchent sur de nouvelles formes de pathologies, liées au contexte dans lequel nous sommes. L'éco-anxiété est particulièrement répandue chez les 25-30 ans, et elle entraîne des comportements. Si l’été que l'on vit maintenant se renouvelle, ça va créer angoisse et anxiété chez beaucoup de personnes."
Une perspective suffocante sur laquelle souffle, malgré tout, un petit vent salvateur : les dépressions saisonnières sont à ranger dans la catégorie des "dépressions mineures", assure Alain Héril. S'il n'y a pas de fond dépressif structurel, elles disparaissent avec les changements de température. Nawal peut en attester : "chaque automne, mon système nerveux s'apaise."
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