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Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, sur RTL, le 13 avril 2026.
Crédit : RTL
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"Le 1er-Mai n'est pas une journée comme les autres." Invitée sur RTL, la secrétaire générale de la Confédération générale du travail (CGT) Sophie Binet dénonce lundi 13 avril "un passage en force inacceptable" organisé par "Gabriel Attal avec la droite et l’extrême droite", après l'adoption d'une motion de rejet des macronistes qui renvoie le vote de la loi élargissant le travail le 1er-Mai en commission mixte paritaire (CMP). "Un tour de passe-passe parlementaire" pour contourner le refus de la gauche sur le texte et accélérer son parcours législatif.
"C’est de la petite politique politicienne alors que le pays est dans une situation extrêmement grave : on vit un choc pétrolier plus grave que celui de 1973", ajoute-t-elle. "Elle est où l'urgence ?", questionne-t-elle, alors que l'application de cette nouvelle mesure pourrait intervenir dès le mois prochain. "Cette proposition de loi est née d'une série de mythos inventée par Gabriel Attal".
"Ce n'est pas vrai que c'est une proposition de loi pour les artisans, elle serait en faveur des grands groupes qui ne peuvent aujourd'hui pas ouvrir", assure-t-elle, citant des enseignes comme Marie Blachère, Interflora, Gamm Vert. "Cette loi n'est pas limitée aux fleuristes et boulangers, il y a aussi des graineteries, des animaleries, tout le secteur culturel… La grande distribution peut aussi être concernée, voire même l'industrie agroalimentaire si on applique les termes de la loi. Cela peut aller très très loin : en gros, cela met fin à la spécificité du 1er-Mai, seul jour férié et chômé".
La proposition de loi doit clarifier les règles et "permettre aux salariés de certains établissements et services de travailler", en l'espèce "des commerces de bouche de proximité" comme les boulangeries, pâtisseries, primeurs, boucheries, fleuristes et établissements culturels (cinémas, théâtres)… Mais exclut pour l'heure la grande distribution ou les magasins d'outillage et travaux, par exemple.
Payés double, seuls les salariés "volontaires" seront concernés et "le refus de travailler le 1er-Mai ne constitue pas une faute ou un motif de licenciement", précise le texte. "Si le volontariat suffisait, il n'y aurait pas de Code du travail. Entre un patron et un salarié, il y a un lien de subordination et un rapport de force", rappelle néanmoins Sophie Binet.
Actuellement, un artisan boulanger ou un fleuriste peut ouvrir… mais seul ou presque. Il peut en effet compter sur lui-même ou des membres de sa famille non-salariés, mais pas sur ses employés. Au risque d'une amende de 750 euros par salarié concerné (1.500 euros s'il est mineur). Le débat a été relancé l'an dernier après que des boulangers en Vendée, en Charente et à Paris s'étaient émus de contrôles inopinés suivis d'amendes pour avoir fait travailler des salariés.
Vendredi, elle s'était déjà insurgée contre "un coup de poignard dans le dos des millions de travailleurs et travailleuses" face à "cette proposition de loi de la honte", devant des manifestants rassemblés aux abords de l'Assemblée nationale.
Les dirigeants des huit grandes centrales syndicales (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, FSU, Solidaires) ont adressé dimanche une lettre commune au Premier ministre Sébastien Lecornu lui demandant de ne pas convoquer de CMP. "J'attends des actes très forts et très claires : ne pas convoquer la CMP et s'en remettre à la démocratie sociale", martèle Sophie Binet.
Ce lundi, ils seront reçus par le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou pour porter leurs voix. "C'est une journée exceptionnelle par sa nature et cela doit le rester", dit Sophie Binet, qui y voit "un levier de mise sous pression supplémentaire des salariés".
"Si le gouvernement persiste et signe, c'est très grave, sur le fond et sur la forme", répond-elle, interrogée sur un éventuel appel à une nouvelle censure, que n'a pas exclut Olivier Faure pour le PS. "Nos vies valent plus que leurs profits".
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