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"Tout a été sous-évalué" : les coulisses des heures de crise autour d'Emmanuel Macron après les violences du 17 octobre

Après les violences du 17 octobre, Emmanuel Macron a tenté de reprendre la main lors d'une allocution. Une intervention très critiquée, au sein même de son camp. RTL a enquêté sur les coulisses de cette allocution, où tout s'est joué en quelques heures.

Emmanuel Macron, le 19 octobre 2026, au Koweït

Crédit : Benoit Tessier / POOL / AFP

"Il faut responsabiliser" : les coulisses des heures qui ont suivi les violences du 17 octobre pour Emmanuel Macron

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Pauline Théveniaud

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Pour Emmanuel Macron, tout a commencé comme un week-end ordinaire. Le Conseil européen a duré, à Bruxelles, ce vendredi 16 octobre ; le président est en retard. Il file rejoindre son épouse, Brigitte Macron au concert de Céline Dion. Ce n'est pas son répertoire favori. Mais c'était prévu de longue date. 

En fin de soirée, le couple a regagné la résidence présidentielle de la Lanterne à Versailles. Comme chaque week-end. Malgré les manifestations annoncées le lendemain. "Céline Dion, ça donne une impression de désinvolture. C'est du Louis XVIisme", désapprouve un député Horizons. Après coup, le chef de l'État a bien vu que ça a choqué, il est très conscient que ça a été lu comme une forme de légèreté. Trop tard.

"Tout procède de la mauvaise anticipation des renseignements", justifie un proche. Tout a été sous-évalué : le nombre de manifestations, le risque de violences, censés être "contenus". Mais ce week-end n'a rien d'ordinaire.

Un déplacement au Moyen-Orient critiqué

Sa première prise de conscience a eu lieu, samedi 17 octobre à la mi-journée, avec l'attaque de la mairie de Marseille. Coup de fil au maire de la cité phocéenne, Benoît Payan. Ce dernier est furieux du dispositif de sécurité, sous la main. Au bout du fil, le président lui dit son "soutien républicain", lui promet des renforts, puis il s'assure que le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, prendra contact avec lui.

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Lille, Paris... Limoges. "Ça choque tout le monde", raconte un témoin. Partout c'est un déchaînement de violence inouï. "Je pense qu'ils étaient totalement sonnés, abasourdis de ce qu'ils voyaient", rembobine un ministre, songeant au président, au Premier ministre et aux ministres concernés.

 "Il y a eu un défaut sur le renseignement. Il faut comprendre ce qui s'est passé", souffle le chef de l'État. Néanmoins, très vite, sans hésiter, il décide de maintenir son déplacement au Moyen-Orient, tout en prédisant qu'il sera très critiqué : "Certains expliqueront certainement que je devrais rester, mais c’est mon devoir de le faire."

Puis tard samedi, dans la nuit, il se dit qu'il se doit s'adresser aux Français. Au matin, il relance auprès de ses proches son SMS fétiche : "Comment vois-tu les choses ?" Ils sont plusieurs à lui répondre : "Il faut que tu prennes la parole." C'est définitivement acté dans la matinée : il prononce une allocution solennelle à 20 heures et avant cela, il réunira, à l'Élysée, le Premier ministre Sébastien Lecornu et les ministres concernés. 

Déjà, il laisse entendre qu'il prépare un discours plutôt général. "Il faut responsabiliser", commande-t-il. Les services administratifs sont néanmoins priés de passer en revue les différentes solutions... dont l’état d’urgence. L’hypothèse est examinée. Mais écartée, jugée pas efficace. Selon son entourage, elle ne figure dans aucune version de son texte. "La tentation facile, c'est de dire : 'Les gens veulent du sang, je vais leur en donner'. Lui, il ne le fait pas", défend un soutien. Plusieurs sources assurent toutefois qu’Emmanuel Macron était partant, à un moment, pour en dire plus.

Ce dimanche matin, le chef de l'État a aussi Yaël Braun-Pivet au téléphone. La présidente Renaissance de l'Assemblée le prévient qu'elle veut lancer une commission d'enquête parlementaire sur le maintien de l'ordre. Lui, n'est pas vraiment fan de l'idée...

Début d'après-midi, Emmanuel Macron est de retour à l'Élysée pour travailler son allocution avec ses équipes. Il appelle aussi lui-même Laurent Nunez pour lui demander d'annuler son interview au JT de 20 heures. C'est l'heure de sa réunion avec les plus hauts gradés du gouvernement, il leur présente les grandes lignes de son intervention. Une dernière relecture, dans son bureau. Sébastien Lecornu est présent.

"Il n'est plus là physiquement"

19h15, dimanche. Emmanuel Macron enregistre. Finalement, il renvoie vers les préfets : à eux de prendre "toute action nécessaire", dit-il. Comme en 2020, lorsqu'il avait décrété le confinement sans prononcer le mot "confinement", à aucun moment, ce dimanche, il ne parle de "couvre-feu". La déception est grande et elle s'exprime, tout de suite, jusque dans son camp. "Je ne comprends pas. Ce n'est pas possible de parler pour ne rien dire. Et en plus, il part à l'étranger ensuite, il n'est plus là physiquement", étrille un ministre. Et ils sont nombreux, comme ça. "Je n'ai entendu que des réactions négatives sur cette allocution", renchérit un autre membre du gouvernement. 

"Si on avait détaillé, ça n’aurait sans doute pas eu le même effet en com'. Mais il a privilégié l'efficacité, c'est-à-dire l’adaptation au local", défend un proche. Pire que tout, les pillages qui continuent après sa prise de parole : "Ça, bien sûr que c’est dur, admet le même. Mais on est dans une société où quelques dizaines de pilleurs suffisent à faire une image vue par des millions. "Des "millions", dont... son ancien Premier ministre, Édouard Philippe. Le candidat Horizons est "exaspéré", "très en colère", selon un confident, de voir que "le pays n'est pas tenu". Il doit aussi, pour le salut sa campagne, se démarquer du chef de l'État. Alors, sur X, il rédige ce message d'une sévérité cinglante : "Notre pays a besoin d'être commandé."

L'épisode de la démission de Laurent Nuñez

En privé, Emmanuel Macron répond à cette critique par un soupir. "Le président a été très énervé de ça. Il estime aussi qu’il est plus du tout soutenu par les siens, confie l'un de ses lieutenants. J’ai l’impression qu'Emmanuel Macron était plus en colère après son allocution, qu’avant".

20 heures. Son allocution - enregistrée, donc - est diffusée dans la salle des fêtes de l'Élysée. Comme de coutume, les équipes se retrouvent autour de lui pour la regarder. Bientôt, un convive s'ajoute : Laurent Nuñez arrive à l'Élysée. Dans cette vaste salle d'apparat, les deux hommes s'écartent. En aparté, le ministre de l'Intérieur présente sa démission au président. Ce dernier la refuse. Mais il lui demande de hausser le ton sur le maintien de l'ordre. 

Dix jours après lui avoir demandé l'inverse pour les lycéens. La suite se déroule au petit matin, lundi. Il a été convenu que Laurent Nuñez annonce lui-même avoir présenté sa démission, il y tient. Mais l'Élysée lui coupe l'herbe sous le pied et se charge de le faire savoir, précisant bien que le président a demandé de déployer une nouvelle doctrine de maintien de l’ordre "face aux casseurs". Parfum de reprise en main. "Nuñez a très peu apprécié la chorégraphie de sa démission", avance l'un de ses collègues. "Son allocution était sidérante, lunaire. Et il s'est corrigé lundi avec le communiqué sur cette démission, analyse un ex du gouvernement. Mais le roi est nu."

"Ne rien céder, jamais"

Dans un tel contexte, une question surgit : Emmanuel Macron peut-il tenir ainsi à l'Élysée pendant six mois? À la voir ainsi dans la nasse, un ministre s'interroge, d'ailleurs : "Macron nous a habitué à faire des trucs que les autres ne font pas. Qu'est-ce qu'il va inventer ? Est-ce qu'il va partir plus tôt ?" Un questionnement évidemment balayé à l'Élysée. "Ceux qui aujourd’hui mettent de l’huile sur le feu et se frottent les mains auront pire quand ils seront au pouvoir", renvoie l'un de ses fantassins.

"Je suis dans mon rôle, je suis à ma tâche", réplique pour sa part le président, ce mercredi, lors d'une conférence de presse à Doha après trois jours de visites visant à sécuriser les approvisionnements en carburant de la France. Trois jours de silence sur les événements du week-end. "La main ne doit pas trembler au sommet de l'État, insiste Emmanuel Macron. Il ne doit pas y avoir de fébrilité."

De retour, ce jeudi 22 octobre, il aura à cœur de se montrer aux manettes : il annonce la convocation d'une réunion à l'Élysée. "J'aurais l'occasion d'aller aux côtés des forces de l'ordre de sécurité demain après-midi", a-t-il ajouté. Dimanche matin, l'ancien député macroniste Jean-Baptiste Moreau lui avait écrit : "Il faut que tu annonces quelque chose. Si tu veux éviter de partir sur un second tour RN-LFI, la solution c'est peut-être que tu programmes ton départ". Emmanuel Macron lui avait tout de suite répondu à ce SMS : "Ne rien céder, jamais".

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