3 min de lecture Panthéon

Simone Veil : pourquoi sa panthéonisation est une première dans la Ve République

ÉCLAIRAGE - L'ancienne ministre de la Santé va devenir la première personnalité de la Ve République pour laquelle il a été décidé dès son décès de son inhumation au Panthéon.

Simone Veil, membre de l'Académie Française, en 2010
Simone Veil, membre de l'Académie Française, en 2010 Crédit : FRANCOIS GUILLOT / AFP
109996784729281669890
Clarisse Martin
Journaliste

Emmanuel Macron l'a annoncé ce mercredi 5 juillet. Cinq jours après son décès, le 30 juin 2017, Simone Veil va devenir la 77ème personnalité à être distinguée en étant inhumée au Panthéon.

Elle était déjà la première femme à avoir présidé le Parlement européen, à partir de 1979. Désormais, Simone Veil sera aussi la première personne de la Ve République pour laquelle la décision a été prise de l'inhumer au Panthéon directement après son décès.

Si les cendres de 14 grands hommes et femmes ont été transférées au Panthéon depuis le général de Gaulle et l'avènement de la Ve République, jamais une telle décision n'avait été prise si rapidement depuis 1958. Pour plusieurs personnalités, la question s'était posée sans qu'elle ne soit tranchée. Par exemple pour André Malraux, ancien ministre de la Culture décédé en 1976 et dont les cendres ont rejoint la nécropole de la montagne Sainte-Geneviève en 1996, sur décision de Jacques Chirac. 

À lire aussi
Emmanuel Macron devant le Panthéon le 1er juillet 2018. société
Emmanuel Macron annonce l'entrée au Panthéon de Maurice Genevoix et de "ceux de 14"

Emmanuel Macron a pris sa décision "en accord avec sa famille"

Pour Jean-François Decraene, auteur du Dictionnaire des gloires du Panthéon, paru aux éditions du Patrimoine en 2015, cela peut s'expliquer simplement. "Il y a normalement une période de dix ans qui doit être observée après le décès, pour s'assurer qu'il s'agit de la bonne personne", explique l'historien à RTL.fr. En l'occurrence, la décision peut être prise discrétionnairement par le chef de l'État lors de funérailles nationales. "L'hommage national qui a été rendu ce matin par le Président Macron constituait en fait des funérailles nationales qui ne disent pas leur nom", analyse Jean-François Decraene.

Par la volonté d'Emmanuel Macron, "en accord avec sa famille", a-t-il précisé au terme de son éloge funèbre dans la cour d'honneur des Invalides, Simone Veil va devenir la 19e femme à être "panthéonisée". En effet, détaille le spécialiste de l'histoire du Panthéon, si seules les cendres de quatre femmes reposent dans la nécropole laïque, d'autres ont reçu cet honneur sans translation des cendres.

La "valeur exemplaire de l'unité nationale"

Le choix d'Emmanuel Macron s'explique simplement pour Jean-François Decraene. Soulignant l'aspect consensuel de Simone Veil, l'historien rappelle que le seul critère nécessaire pour décider de la panthéonisation d'une personne est de constater la "valeur exemplaire de l'unité nationale" dont a fait preuve la personnalité en question de son vivant. Un critère fixé par le législateur en 1791 qui a toujours été respecté. "C'est en fait le même que pour l'organisation de funérailles nationales", note-t-il. 

Personne ne peut d'ailleurs s'opposer à une décision de panthéonisation prise par le président de la République. C'est une aptitude qui relève de son pouvoir discrétionnaire, son "domaine réservé". "La famille peut seulement s'opposer au transfert des cendres, mais pas au processus de panthéonisation", précise Jean-François Decraene. Ce qui avait été le cas en 2011 pour le poète Aimé Césaire. Sa dépouille demeure en Martinique, comme l'a souhaité sa famille, mais il est malgré tout symboliquement entré au Panthéon, conformément au vœu de Nicolas Sarkozy, qui avait renoncé à faire de même pour Albert Camus, face au refus de ses descendants.

Le pendant laïque d'une canonisation catholique

"C'est un peu comme le processus de canonisation chez les catholiques", compare Jean-François Decraene. "Les Présidents décident de panthéoniser des personnalités qui font consensus. Si l'on regarde la Ve République, tous les chefs d'État qui ont pris cette décision (tous sauf Georges Pompidou et Valéry Giscard d'Estaing, ndlr), l'ont fait à des moments où la France doutait d'elle-même".

François Hollande avait choisi de faire entrer quatre personnalités au Panthéon en 2015, alors qu'il amorçait la fin de son mandat. "Emmanuel Macron aura du mal à abattre cette carte, le jour où il sera en difficulté", analyse Jean-François Decraene.

Pour l'heure, aucune date n'est connue quant au jour où Simone Veil fera son entrée officielle parmi les 76 grands hommes et femmes déjà inhumés sur la colline du Ve arrondissement parisien. Elle reposera au côté de son mari Antoine Veil, décédé en 2013, qui fera son entrée au Panthéon en sa qualité d'époux de l'ancienne ministre et rescapée de la Shoah.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Panthéon Simone Veil Vème République
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7789227816
Simone Veil : pourquoi sa panthéonisation est une première dans la Ve République
Simone Veil : pourquoi sa panthéonisation est une première dans la Ve République
ÉCLAIRAGE - L'ancienne ministre de la Santé va devenir la première personnalité de la Ve République pour laquelle il a été décidé dès son décès de son inhumation au Panthéon.
https://www.rtl.fr/actu/politique/simone-veil-premiere-personnalite-de-la-ve-republique-inhumee-au-pantheon-a-sa-mort-7789227816
2017-07-05 18:22:00
https://cdn-media.rtl.fr/cache/jh_PnNlGHHHqA98Ml2PZFA/330v220-2/online/image/2017/0630/7789167077_simone-veil-membre-de-l-academie-francaise-en-2010.jpg