4 min de lecture Serge Dassault

Serge Dassault : un sénateur dans le viseur de la justice

DÉCRYPTAGE - L'élu a demandé la levée de son immunité parlementaire dans dans le cadre d'une enquête menée sur sa personne.

Serge Dassault au Sénat, le 20 décembre 2012.
Serge Dassault au Sénat, le 20 décembre 2012. Crédit : AFP
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et AFP

Alors qu'il y avait échappé par deux fois ces derniers mois, Serge Dassault a demandé, lundi 10 février, la levée de son immunité parlementaire. Le sénateur UMP espère ainsi démontrer qu’il n’a "rien à (se) reprocher". Le refus du Sénat de prononcer la levée d'immunité en janvier dernier avait d'ailleurs provoqué la colère d'une partie de la classe politique.

L'industriel est plus que jamais dans le viseur de la justice, car concerné par plusieurs affaires. Il a ainsi été entendu par des magistrats d'Évry lundi 14 octobre en qualité de témoin assisté dans un dossier de tentative d'assassinat à Corbeil-Essonnes, la ville qu'il a dirigée de 1995 à 2009.

Le célèbre avionneur devait initialement comparaître le 2 octobre dernier. Mais suite à la dégradation de l'état de santé de sa femme, hospitalisée après une mauvaise chute, il avait sollicité et obtenu un report de son audition, indiquait l'hebdomadaire Le Point du 1er octobre. Soupçons d'achats de voix aux élections et extorsions font également partie des enquêtes impliquant Serge Dassault aux tribunaux d'Évry et de Paris. Toutes en lien avec la mairie de Corbeil-Essonnes.

Rappel des affaires pour lesquelles l'industriel est dans le collimateur de la justice.

2008-2010 : une enquête sur des achats de voix lors des élections à Corbeil-Essonnes

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Achat de votes à Corbeil-Essonnes : 2 ans de prison pour l'ex-maire Jean-Pierre Bechter

Après une enquête préliminaire, une information judiciaire est ouverte à Paris en mars 2013 pour corruption, abus de biens sociaux, blanchiment et achat de votes présumés. Dans le viseur de la justice, les élections municipales de 2008 et 2010.

En 2008, la réélection de l'entrepreneur avait été invalidée par le Conseil d'État pour "fraude électorale". À l'époque, l'opposition locale pointait du doigt les fortes sommes d'argent distribuées par le maire sortant afin d'assurer sa victoire, rappelle Francetv info. Serge Dassault était alors devenu inéligible mais conservait son siège au Sénat.

Le 15 septembre dernier, Mediapart rouvre le dossier en publiant des enregistrements concernant l'élection de son successeur, Jean-Pierre Bechter, en 2009. Le site d'information a également annoncé le 19 septembre dernier avoir remis à la justice une copie des enregistrements clandestins dans lesquels Serge Dassaut reconnaît avoir sorti de l'argent et dit notamment qu'il ne peut "plus rien donner".

Selon Le Point, l'étude du notaire de l'ancien maire de Corbeil-Essonnes a été la cible d'une perquisition de la part des enquêteurs de la division nationale des enquêtes fiscales et financières (DNIFF) le 17 septembre dernier, deux jours après les révélations de Mediapart. Les policiers auraient "retrouvé la trace de mouvements financiers à hauteur de 2 millions d'euros, qui auraient transité par le Liban", indique l'hebdomadaire.

2012 : une enquête sur des versements d'argent suspects

Depuis 2012, une enquête préliminaire est en cours au parquet de Paris pour extorsion en bande organisée après une plainte des enfants de Serge Dassault. Il est ici question de virements effectués par l'ancien maire de Corbeil-Essones sur les comptes de Corbeillois connus de la justice. D'après Le Monde, Serge Dassault assure alors que ces transferts d'argent de plusieurs centaines de milliers d'euros ne sont que des prêts. Mais d'autres sources présentent le généreux industriel sous l'angle d'une victime de racket.

Une enquête des Inrocks relate comment l'entrepreneur a voulu acheter "la paix sociale" dans les quartiers difficiles de Corbeil-Essonnes, avant d'être pris au piège de son propre manège. "Ça fait quinze ans que Dassault lâche des billets à des délinquants pour contrôler des cités sensibles comme Montconseil ou les Tarterêts", expliquait ainsi une source de l'hebdomadaire. Le parquet de Paris a confié cette enquête à l'Office central de lutte contre le crime organisé.

2013 : une enquête sur des menaces téléphoniques

Suite à des plaintes de certains enfants de l'industriel, victimes d'appels malveillants, une information judiciaire est ouverte à Paris le 24 janvier 2013. Les enfants de l'industriel "ont été submergés de messages téléphoniques menaçants, émanant vraisemblablement de caïds de banlieue. Des appels répétés, qui s'en prennent même aux petits-enfants de Serge Dassault, et où il est question d'obtenir de l'argent, sous peine de représailles physiques", écrivait notamment Le Monde en janvier dernier.

Dans cette affaire, trois frères, tous originaires de Corbeil-Essonnes, sont mis en examen à la fois pour appels téléphoniques malveillants, tentatives d'extorsion de fonds, atteintes à l'intimité de la vie privée et violation du secret des correspondances et des communications téléphoniques. Parmi les plaignants, figure le député UMP et fils de Serge Dassault, Olivier Dassault. En mai, le Canard Enchaîné avait révélé que les téléphones de Brice Hortefeux et Jean-François Copé avaient été piratés par les suspects.

2013 : témoin assisté dans une tentative d'assassinat

C'est dans le cadre de cette instruction que l'industriel a été entendu par un trio de magistrats d'Évry ce lundi 14 octobre, en qualité de témoin assisté Corbeil-Essonnes a été le théâtre l'hiver dernier de deux tentatives d'assassinats.

Le 19 février 2013, un boxeur amateur de 32 ans était grièvement blessé en plein centre de Corbeil-Essonnes. Actuellement en cavale, le tireur présumé, Younes Bounouara, est présenté comme un proche de la majorité municipale de Serge Dassault et l'intermédiaire officieux de l'ancien maire dans les cités. Dans une interview au Point, ce chef d'entreprises au cœur de nombreuses spéculations sur un système d'achat de votes à Corbeil, s'est longuement expliqué la semaine dernière sur ses relations avec l'industriel, revenant notamment sur les raisons qui l'ont poussé à commettre ce geste. Il a ainsi expliqué s'être senti menacé par un "gang qui pense que Dassault (lui) a donné beaucoup d'argent pour qu'(il) redistribue".

Le 19 janvier dernier, un habitant avait déjà reçu une vingtaine de plombs dans l'épaule après un guet-apens alors qu'il circulait en voiture dans la commune. Dans un témoignage vidéo au Parisien, il avait confié avoir participé à un système d'achat de votes en faveur de la cinquième fortune de France et son successeur à la tête de la mairie, Jean-Pierre Bechter, mis en examen le vendredi 17 janvier.

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