4 min de lecture Édouard Philippe

Remaniement : et maintenant, quel avenir pour Édouard Philippe ?

DÉCRYPTAGE - Le désormais ex-Premier ministre Édouard Philippe a quitté Matignon vendredi 3 juillet. Son avenir proche s'écrira au Havre, où il a été réélu maire. Mais il pourrait également rester aux côtés d'Emmanuel Macron, mais dans un tout autre rôle.

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Remaniement : quel avenir pour Édouard Philippe ? Crédit Image : Sameer Al-DOUMY / AFP | Crédit Média : Frédéric Veille | Durée : | Date :
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
et AFP

Et maintenant ? Après avoir passé 1.145 jours au poste de premier ministre, Édouard Philippe a désormais un tout nouvel avenir politique devant lui. Nommé le 15 mai 2017 Premier ministre d'un président qu'il n'avait rencontré que "trois fois avant le premier tour" de l'élection, il avait décrit avec humour la "peur panique" qui s'était emparée de lui les jours précédant son arrivée à la tête du gouvernement, lui qui n'avait jamais exercé de responsabilité de premier plan. 

De ce pari osé, Édouard Philippe affirmera tirer une inébranlable loyauté et revendiquera une lecture sage de la répartition des tâches au sommet du couple exécutif. Entouré d'une garde rapprochée juppéiste, il sera un "chef d'orchestre" chargé de faire "jouer ensemble" ses ministres

Depuis la fin du confinement, l'idée d'un remaniement avait certes été acquise, obligée par la promesse de "réinvention" formulée par Emmanuel Macron. La gestion de la crise liée au coronavirus avait parachevé l'image d'Édouard Philippe, devenu aux yeux de l'opinion l'homme de la situation, par ailleurs récompensé d'une nouvelle popularité. Entre flegmatisme, stratégie et orgueil, Édouard Philippe s'était d'abord refusé à faire campagne pour conserver son poste. "Il fait la même chose qu'au début : il sert son pays, l'État et le chef de l'État. C'est un honneur", répétait son entourage, début juin. 

Un retour au Havre

Édouard Philippe a donc été réélu maire du Havre avec près de 59% des voix dimanche 28 juin. Il sera officiellement désigné par le conseil municipal dimanche 5 juillet. Les Havrais vont donc retrouver leur maire. Ce qu’il faut noter, c’est qu’au Havre personne n’était surpris par la démission du gouvernement : "Il fallait s’y attendre, là il s’en va au bon moment", dit un Havrais au micro de RTL. 

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Pour cet autre habitant du Havre : "Je pense qu’il avait préparé un petit peu le terrain en se disant, plus vite je rejoindrai le Havre, mieux ça sera. Donc je pense qu’il devait déjà y penser".

Pour un autre auditeur : "On s’y attendait un peu, dès l’instant qu’il était maire. Et puis vaut mieux pour le Havre qu’il s’occupe bien de la mairie. Et maintenant, on verra à l’avenir". Pour d'autres Havrais, l’ex-Premier ministre a d’autres ambitions : "J’imagine que c’est un tremplin, il a autre chose derrière la tête (…). De toute façon, je pense qu’il est jeune, il a une carrière devant lui."

Un recours pour la présidentielle de 2022 ?

En quittant Matignon à un pic de popularité, Édouard Philippe s'affiche comme un recours possible pour un électorat du centre-droit en vue de la présidentielle de 2022, même si celui qui redevient simple maire du Havre se défend de nourrir toute ambition. C'est un serment de loyauté que l'entourage de l'ancien Premier ministre n'a cessé de renouveler, à l'image de l'eurodéputé Gilles Boyer : "Édouard Philippe ne sera pas candidat en 2022 contre Emmanuel Macron".  

Mais force est de constater qu'après trois ans en fonctions, le maire du Havre part paradoxalement avec le vent dans le dos, porté par un succès électoral au Havre et un indice de satisfaction proche de l'état de grâce des débuts. Près de six Français sur dix plaidaient d'ailleurs pour son maintien fin juin, selon une enquête Elabe, quand sa popularité poursuivait une ascension continue depuis trois mois, creusant l'écart avec le chef de l'État (51% de jugements positifs selon Harris Interactive, contre 44% à M. Macron). 

Alors que faire de ce capital ? Dans quelle mesure Édouard Philippe concourra-t-il à la campagne d'Emmanuel Macron pour un deuxième mandat ? Pourrait-il se poser en alternative dans l'hypothèse où M. Macron serait empêché ? D'autant qu'avec le déplacement progressif du socle électoral de la majorité vers la droite, comme l'ont montré les Européennes de 2019, Édouard Philippe, incarnation d'une forme de sérieux budgétaire, semblait devenu central. 

Reconstruire LaREM pour la présidentielle de 2022

Selon les informations de BFMTV, un tout autre avenir politique pourrait être à portée de main d'Édouard Philippe. Emmanuel Macron lui aurait demandé de "travailler à la reconstruction de la majorité dans perspective de 2022". Autrement dit : réveiller les alliances avec le MoDem, Agir et pourquoi pas entamer un rapprochement avec une partie des Républicains.

Une option qui permettrait peut-être de sauver La République En Marche, au bord de l'implosion. Perte de la majorité absolue à l'Assemblée, contestations internes et Bérézina aux municipales... la majorité joue sa survie, alors que plusieurs voix réclament sa dissolution dans une nouvelle architecture de la majorité présidentielle. 

Autrefois machine de guerre qui avait permis un raz-de-marée aux législatives de juin 2017, puis locomotive jugée efficace lors des Européennes de 2019, la marque LaREM a perdu en puissance, alors qu'elle était déjà affaiblie par la perte de la majorité absolue à l'Assemblée nationale et les critiques ouvertes contre les stratégies d'alliances aux municipales. 

Un futur loin de la politique ?

Quant à un retour d'Édouard Philippe auprès des Républicains afin d'occuper un plus vaste espace à droite, il semble tout à fait exclu, tant la rupture semble consommée des deux côtés. "Il a trahi sa famille politique", tempête le patron de LR Christian Jacob. 

De son côté, l'ancien Premier ministre, d'ordinaire taiseux, n'a guère donné d'indication sur ses intentions. Avant de revenir aux commandes au Havre, il avait affirmé en février 2019 qu'il savait "très bien" ce qu'il ferait après Matignon, "et que ça n'aura pas grand-chose à faire avec la politique". "Il ne va pas chercher une ambition plus haute", assure un de ses amis. "Il fera (...) quelque chose qui a trait à l'écriture, plus intellectuel, différent", poursuit le même. 

Interrogé récemment par une radio locale havraise sur son enfance, Édouard Philippe a sans doute livré une clé. "Très tôt j'ai commencé à être passionné par l'histoire", racontait-il. "Et, je me suis rendu compte que la politique était d'une certaine manière une façon d'être dans l'histoire en train de se faire".

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