5 min de lecture Interview

Qu'est-ce que Génération identitaire, le groupuscule menacé de dissolution par Darmanin ?

ÉCLAIRAGE - "Scandalisé par le travail de sape de la République des militants de Génération identitaire", Gérald Darmanin a évoqué la possibilité de sa dissolution du groupuscule d'extrême droite.

Une manifestation contre l'islamisme organisée par le groupe d'extrême droite Génération Identitaire (GI) à Paris, le 17 novembre 2019.
Une manifestation contre l'islamisme organisée par le groupe d'extrême droite Génération Identitaire (GI) à Paris, le 17 novembre 2019. Crédit : Philippe LOPEZ / AFP
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Une première. La dissolution de Génération identitaire, réclamée de longue date par plusieurs associations et partis politiques, a été évoquée pour la première fois, ce mardi 26 janvier, par Gérald Darmanin. En 2012, Manuel Valls, à l'époque ministre de l'Intérieur, avait déjà déclaré que la dissolution de Génération Identitaire était "étudiée", mais ne l'a jamais présentée en Conseil des ministres. 

Le ministre de l'Intérieur s'est dit "scandalisé" par la récente opération anti-migrants du groupuscule d'extrême droite dans les Pyrénées. "J'ai demandé aux services du ministère de l'Intérieur de réunir les éléments qui permettraient (...) de proposer la dissolution de Génération identitaire", a déclaré le ministre de l'Intérieur. "Si les éléments sont réunis, je n'hésiterai pas à proposer la dissolution", a ajouté le patron de la place Beauvau.
 
Une trentaine de leurs militants dans des voitures sérigraphiées "Défend Europe" s'étaient installées au Col du Portillon, certains partis en randonnée et utilisant un drone pour surveiller la frontière. Une enquête préliminaire pour "provocation publique à la haine raciale" a été ouverte.  

Gérald Darmanin n'arrivera pas à nous dissoudre facilement

Clément Gandelin, président de Génération identitaire
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Clément Gandelin dit "Galant", président de Génération identitaire, a réagi auprès de l'AFP. "II y a déjà beaucoup d'études qui ont été lancées pour nous dissoudre mais on n'a rien à nous reprocher, la justice approuve toutes nos actions", a-t-il indiqué avant d'ajouter :  "Gérald Darmanin n'arrivera pas à nous dissoudre facilement. On n'a jamais été condamné". 

En décembre, Génération identitaire et trois de ses cadres avaient été relaxés par la cour d'appel de Grenoble pour des précédentes opérations anti-migrants menées en 2018 dans les Alpes, à la frontière franco-italienne. 

Redéfinir l'appartenance à la nation et à l'identité

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Génération identitaire est une association créée en 2012. Elle revendique quelque 2.800 adhérents et se définit sur son site comme "un mouvement politique de jeunesse rassemblant des garçons et des filles à travers toute l'Europe". Contacté par RTL.fr, Nicolas Lebourg, chercheur au CNRS et spécialiste de l'extrême droite, explique que Génération identitaire est "une formation d'extrême droite", dont une partie des fondateurs "sont issus du groupe néo-fasciste et antisioniste Unité Radicale". 

"Génération identitaire a marqué une rupture dans son comportement par rapport aux mouvements d'extrême droite. Il n'y a plus de références fascistes ou antisionistes. Ils se sont détachés du cliché du militant d'extrême droite, skinhead des années 80-90. Leur crédo est : 'Retrouvons notre fierté, retrouvons une société blanche et fière d'elle'", ajoute-t-il. 

Pour Jean-Yves Camus, directeur de l'Observatoire des radicalités politiques et spécialiste de l'extrême droite et de l'extrême gauche, "Génération identitaire a pour objectif de redéfinir l'appartenance à la nation et à l'identité, selon un critère : ethnoculturel". Invité de RTL en 2018, il donnait des détails sur la vision du groupuscule. Pour eux, "il ne doit y avoir de société multiculturelle où l'on considère qu'il y a des gens qui dans un pays donné, la France par exemple, ont des racines et qui ont leur place et d'autres qui viennent d'ailleurs, des migrants dont on pense qu'ils n'ont pas leur place". 

Quelles racines politiques ?

Ses racines politiques remontent, en partie, au Bloc identitaire "qui était la formation qui précédait avec un logiciel politique assez semblable", ajoute le directeur de l'Observatoire des radicalités politiques Jean-Yves Camus. Certains des cadres du Bloc identitaire, puis de Génération identitaire ont choisi de faire leur carrière au Front national", poursuit-il. 

Après l'annonce d'une possible dissolution par Gérald Darmanin, Jordan Bardella, et d'autres cadres du parti ont pris indirectement la défense du groupe d'extrême droite radicale Génération identitaire. "Et cette association qui promeut l'illégalité et défie l'Etat, on la dissout quand Gérald Darmanin ?", a rétorqué le numéro 2 du Rassemblement national, sur Twitter en citant l'association pro-migrants Utopia 56. 

Le Front national, devenu Rassemblement national, et Génération identitaire entretiennent ainsi des liens très étroits. Lors des élections municipales de 2014, "50 identitaires étaient présents sur les listes du FN. Depuis, certains sont devenus cadres ou conseillers au sein du Rassemblement national", analyse Nicolas Lebourg. L'ancien responsable des Identitaires (dont Génération identitaire est la branche jeunesse) Philippe Vardon est entré au Bureau national du RN, en 2018. L'ancien cadre de Génération identitaire, Damien Rieu, est, quant à lui, devenu en 2019 assistant parlementaire du principal conseiller de Marine Le Pen, l'eurodéputé Philippe Olivier. 

Quant aux jeunes identitaires, ils sont à terme un "vivier de recrutement" pour le RN, selon Jean-Yves Camus. "Les opérations de Génération identitaire sont au bénéfice pour le Rassemblement national" car la "dédiabolisation" du parti "passe par le fait que les jeunes ne fassent plus assaut de radicalité" comme dans les années 1980 et 1990, ajoute-t-il. 

Nice et Lyon correspondent à l'implantation historique de l'extrême droite radicale en France

Nicolas Lebourg, chercheur au CNRS et spécialiste de l'extrême droite
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Génération identitaire a pris ses racines à Nice où ils ont un bastion et leur siège se trouve à Lyon. "Cela correspond à l'implantation historique de l'extrême droite radicale en France", souligne Nicolas Lebourg. L'implantation à Paris existe aussi. Il y a des noyaux un peu partout en France, autour de toutes les grandes villes de France", ajoute Jean-Yves Camus. Le groupuscule d'extrême droite dispose d'antennes à Dijon, Aix-en-Provence, Montpellier et en Normandie. 

Le financement peut venir d'autres mouvements identitaires qui existent en Europe

Jean-Yves Camus, directeur de l'Observatoire des radicalités politiques
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Quels moyens et quels financements ? "Le financement peut venir d'autres mouvements identitaires qui existent en Europe. Le mouvement Génération identitaire est devenu au fil des années une famille politique avec des implantations en Autriche, en Allemagne et aussi au Royaume-Uni", indique Jean-Yves Camus.

Des opérations à "faible risque juridique"

Connu pour ses opérations de communication, le mouvement Génération identitaire et ses partisans se définissent comme "des lanceurs d'alerte". "Leur grand modèle est l'association Greenpeace qui mettait en place des opérations millimétrées et médiatisées en installant des banderoles au sommet des centrales nucléaires. Génération identitaire s'est orienté dans le même type de communication", explique Nicolas Lebourg. 

Leurs opérations ont "un faible risque juridique". En 2019, les dissolutions de plusieurs groupuscules d'ultradroite, dont Bastion social, Blood and Honour et Combat 18, ont été prononcées à la demande d'Emmanuel Macron, mais celle de Génération identitaire apparaît plus difficile à matérialiser. "Ils sont plus malins que les autres, essaient autant que possible de ne pas franchir les lignes jaunes, mais poussent le bouchon à chaque fois un peu plus loin", souligne à l'AFP le ministère de l'Intérieur. 

Autre aspect souligné par Jean-Yves Camus : "Ils veulent attirer l'attention sur ce qu'ils estiment être les problèmes fondamentaux de notre pays (...) Leur message est destiné à faire réagir les pouvoirs publics et à montrer qu'ils ne font pas leur travail et qu'ils sont complices du mal numéro un, aux yeux de Génération identitaire : l'immigration extra-européenne", à laquelle s'ajoute "l'islamophobie", conclut Nicolas Lebourg. 

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