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Présidentielle 2017 : quel pourrait être le "programme type" d'Emmanuel Macron ?

INTERVIEWS - Le ministre de l'Économie sonde les Français et n'hésite pas à afficher ses idées, quitte à subir les foudres de ses détracteurs lors de ses déplacements.

Emmanuel Macron à Paris, le 10 juin 2016
Emmanuel Macron à Paris, le 10 juin 2016 Crédit : POL EMILE/SIPA
MariePierreHaddad75
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Est-il de droite ou de gauche ? Fidèle à François Hollande ou non ? Candidat à la présidentielle ou pas ? Les questions se multiplient autour d'Emmanuel Macron. Mais une chose est sûre : "Sa haute conscience de la vie politique l'amène à vouloir relever des défis", comme l'explique Marc Endeweld, dans L'ambigu Monsieur Macron aux éditions Flammarion enquête. Le jeune ministre de l'Économie intrigue, à commencer par ses propres collègues au sein du gouvernement. À l'image du ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, qui déclarait le 29 mai dernier que la question de son départ allait "se poser" à lui. "Il y a une action gouvernementale dans un moment difficile, où il faut qu'il y ait une cohérence forte. À partir de là, chacun dans ce gouvernement assume la responsabilité de défendre ce qui est fait, ce qui est choisi", ajoutait-il devant les caméras de France 3.

Avec "En Marche !", l'ancien conseiller économique de François Hollande peaufine son électorat. 64% des Français estiment que Emmanuel Macron est plus proche politiquement d'Alain Juppé, contre 35% qui jugent qu'il est plus proche de François Hollande, selon un sondage Odoxa pour iTélé. Avant de connaître précisément les intentions du ministre avec la création de son parti "ni de droite ni de gauche", Emmanuel Macron a revisité le concept du porte-à-porte afin de sonder les Français sur ce qu'ils pensent et attendent de la politique française. Il voit les choses en grand avec 100.000 consultations d'ici fin juillet grâce à 12.000 adhérents. Où se situe le locataire de Bercy sur l'échiquier politique et que peut-il proposer aux Français ?

Un libéralisme et une ubérisation économiques

Sur le plan économique, Emmanuel Macron a provoqué de nombreuses polémiques. La dernière en date : l'affaire du "costard". En déplacement à Lunel, dans l'Hérault, le samedi 28 mai, le ministre de l'Économie a eu un échange très tendu avec des militants contre la loi Travail. La polémique va se créer autour d'une phrase lâchée par le membre du gouvernement : "Vous n'allez pas me faire peur avec votre t-shirt. La meilleure façon de se payer un costard, c'est de travailler".

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Emmanuel Macron est un ultramondialisé assumé, issu du milieu de la banque et qui affiche ses liens avec la finance internationale

Virginie Martin, politologue et présidente du think tank Different
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Selon Virginie Martin, politologue et présidente du think tank "Different" jointe par RTL.frEmmanuel Macron a une vision qualifiée d'"empowerment", c'est-à-dire l'émancipation. "Il estime que l’État ne peut pas tout pour vous et que c’est à chacun d’avancer. Il défend le fait que l’individu peut réussir par lui-même (…) La déclaration sur le costard met en avant cette pensée de l’individu providence. Emmanuel Macron est un ultramondialisé assumé, issu du milieu de la banque et qui affiche ses liens avec la finance internationale". Ainsi, si l'on considère que le fait d'être de gauche économiquement correspond à "une redistribution des richesses, des aides envers les moins lotis et la mise en place de différents airbags pour la vie", Virginie Martin estime qu'Emmanuel Macron ne s'inscrit pas dans cette logique

Emmanuel Macron a très sérieusement réfléchi à la mise en place d'un contrat unique et au plafonnement des indemnités prud'hommales

Marc Endeweld, grand reporter à "Marianne"
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Même constat du côté de Marc Endeweld, grand reporter à Marianne contacté par RTL.fr, qui note que la notion du "surmoi marxiste n'existe pas chez lui", c'est-à-dire le fait qu'un homme politique de gauche se replie sur des positions révolutionnaires ou encore contestataires. "C'est ce qui fait son caractère assez 'hors sol' vis-à-vis de l'histoire d'une façon générale et en particulier sur le Parti socialiste". Le ministre de l'Économie fait le pari d'un "libéralisme plein et entier sur le plan économique. Il ne va pas dans le sens de la gauche en prônant une flexibilité et une dérégulation du marché du travail qui sont des solutions néo-libérales", indique-t-il.

Virginie Martin reconnaît "la patte Macron" dans la loi Travail portée par Myriam El Khomri : "Ce projet de loi "est 'ultramacronisé'". Et en particulier l'article 2, qui donne plus de souplesse et de marges de manœuvre aux entreprises concernant le fonctionnement de la société et les accords de branches professionnelles. "Cette mesure est l'esprit et la philosophie incarnées de l'ubérisation, notion reprise par Emmanuel Macron", ajoute-t-elle. Et le ministre ne s'est pas arrêté là puisqu'il a "très sérieusement réfléchi à la mise en place d'un contrat unique et au plafonnement des indemnités prud'hommales".

Des idées sociales à gauche

Mais résumer le personnage d'Emmanuel Macron à un libéralisme économique n'est pas suffisant, selon François-Xavier Bourmaud, grand reporter au Figaro et auteur de Emmanuel Macron, le banquier qui voulait être roi aux éditions L'Archipel. Joint par RTL.fr, il juge que le ministre de l'Économie "a l'air à droite mais en réalité, il est plus à gauche qu'on ne le pense". Marc Endeweld estime quant à lui que "renvoyer Macron à ses très libérales positions économiques ou à son parcours de banquier, c'est ne pas comprendre la complexité du personnage".

Les deux journalistes font référence aux positions du ministre sur les questions de société, comme la déchéance de nationalitéDans des propos rapportés par Le Figaro le 9 février dernier, l'ancien conseiller économique de François Hollande déclarait "à titre personnel" avoir "un inconfort philosophique avec la place (que ce débat) a pris, parce que je pense qu'on ne traite pas le mal en l'expulsant de la communauté nationale. Le mal est partout. Déchoir de la nationalité est une solution dans un certain cas et je vais y revenir, mais à la fin des fins, la responsabilité des gouvernants, c'est de prévenir et de punir implacablement le mal et les actes terroristes. C'est cela notre devoir dans la communauté nationale".

Chômage et écologie, des thèmes fantômes

En attendant d'avoir un programme plus précis qui découle de la "Grande Marche", il reste encore des sujets à propos desquels Emmanuel Macron n'a pas encore pris position. À commencer par l'écologie qui "fait partie de ses impensés. Il semble encore empreint d'un productivisme de court terme, ayant du mal à considérer d'autres facteurs économiques que celui de la croissance économique", explique Marc Endelweld qui dresse le même constat pour les questions internationales.

Le ministre de l'Économie reste aussi en retrait des problématiques portant sur le chômage. "On a mis cette responsabilité sur les épaules de François Hollande qui en a aussi fait une condition pour la prochaine présidentielle de 2017. En tout cas, Emmanuel Macron n'en parle jamais", note Virginie Martin. De même pour le thème du numérique. "Dans ses discours, il n'apporte aucune méfiance vis-à-vis d'Apple et Google et ne se prononce pas sur la protection des données et le data", ajoute-t-elle. Emmanuel Macron "joue la duplicité et ne cesse de répéter qu'il est de gauche mais on attend encore avant de le voir", conclut Marc Endeweld.

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