5 min de lecture Remaniement ministériel

Pourquoi Macron joue à quitte ou double avec un éventuel remaniement

DÉCRYPTAGE - Le président de la République souhaite entamer une nouvelle étape dans son quinquennat, sans pour autant changer de direction. Le remaniement risque de se traduire par un jeu d'équilibriste qui pourrait s'avérer dangereux pour 2022.

Emmanuel Macron, le 26 mai 2020
Emmanuel Macron, le 26 mai 2020 Crédit : Ludovic MARIN / POOL / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Un pari à moins de deux ans de l'élection présidentielle. Emmanuel Macron est face à un dilemme depuis plusieurs semaines : se réinventer sans pour autant se renier. L'un des moyens afin d'y parvenir serait un remaniement ministériel. Même si son ampleur et ses contours restent encore à définir notamment avec un changement ou non de premier ministre, le président de la République semble privilégier cette option. 

Seule certitude : sa volonté d'entamer une nouvelle phase politique après la crise du coronavirus. Comme à son habitude, le chef de l'État consulte et n'hésite pas à le faire savoir. "Des consultations de toute nature, anonymes ou connues, parisiennes et territoriales" pour "prendre le pouls, écouter des propositions, confronter des idées et partager un diagnostic avec de nombreux acteurs", souffle-t-on dans l'entourage d'Emmanuel Macron

Le président de la République attendra le lendemain du second tour des élections municipales, le 28 juin, pour faire part aux Français de ces changements post-crise. Un mois donc de réflexion pour affiner la stratégie politique qui pourrait dicter le déroulement de l'élection présidentielle de 2022 pour Emmanuel Macron.

Se réinventer...

La phrase est suffisamment rare pour avoir marqué les esprits. Lors d'une de ses allocutions en plein confinement, Emmanuel Macron a ouvert la voix à une certaine introspection. "Sachons sortir des sentiers battus, des idéologies et sachons nous réinventer, moi le premier", a déclaré le président de la République. Une attitude qui tranche avec la ligne de fermeté adoptée depuis le début de son quinquennat notamment sur la réforme de la SNCF, du système de retraites ou encore la crise des "gilets jaunes".

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Cette petite phrase politique n'a pas échappé aux Français. Selon un sondage Odoxa, 73% d'entre eux souhaitent qu'il change de politique. Mais ils sont aussi 69% à être persuadés  qu'il ne le fera pas. Emmanuel Macron est attendu sur des dossiers concrets comme l'hôpital, la baisse du chômage et la crise économique à venir. 61% des Français pensent qu'il y aura une revalorisation des salaires des soignants, comme il s'y est engagé. 

Cette crise sanitaire et le monde d'après voulu par le chef de l'État ont aussi une couleur écologiste. "Nous avons une opportunité historique de reconstruire notre économie et notre société sur de nouvelles bases, de nous réinventer, d'investir dans un avenir décarboné", a tweeté Emmanuel Macron le 5 juin dernier. 

... Sans renier sa politique

La volonté d'Emmanuel Macron d'amorcer une nouvelle ère politique vient percuter le bilan de ses trois années à l'Élysée. Comment changer de politique, sans détruire les mesures prises jusqu'à présent et surtout, sans mettre un coup d'arrêt aux réformes prévues au calendrier ?

Confronté à cette question depuis quelques semaines, l'entourage d'Emmanuel Macron laisse entrevoir la possibilité du retour de la réforme des retraites. Projet très contesté du gouvernement, il avait été suspendu, crise du coronavirus oblige. Mais selon les informations de Franceinfo, le président de la République est prêt à remettre "pour partie" la réforme des retraites sur "l'établi".

Une façon pour lui de déterrer la mesure phare de son programme de 2017 et de ne pas "renier la première partie de son quinquennat", dit-on à l'Élysée. Pas question de faire "table rase" du passé. Pas question non plus d'évoquer un "acte III", mais plutôt une "nouvelle étape" sur le plan de la communication politique. Emmanuel Macron veut "continuer le chemin, sans ligne brisée", "dans l’esprit du programme" de 2017, expliquent ses équipes à Franceinfo.

La montée en puissance d'Édouard Philippe

Le remaniement ministériel pourrait "en même temps" combiner la volonté de changement affichée par Emmanuel Macron et la volonté de continuité du programme. Mais le président de la République se heurte à une nouvelle difficulté : la popularité de son premier ministre

En première ligne pour gérer la crise sanitaire, Édouard Philippe continue, sondage après sondage, de gagner des points de popularité dans les sondages. Selon une dernière étude publiée par Elabe, 39% des personnes interrogées lui font confiance pour affronter les problèmes du pays. Le premier ministre a gagné 12 points depuis le mois de mars et le début de l'épidémie en France, à un niveau qu'il n'avait plus atteint depuis janvier 2018. Avec 33% d'opinions positives, le chef de l'État cède pour sa part 6 points en deux mois. 

Une majorité des Français souhaite un remaniement, mais pas un changement du chef du gouvernement. Ce sondage pourrait venir contrecarrer les plans du président de la République. Sur la question d'un éventuel duel qui s'installe entre Emmanuel Macron et Édouard Philippe, Anne-Claire Ruel, enseignante en communication politique à l'université Paris 13 et présidente du Board estime que "le président de la République a fait le pari de nommer un premier ministre peu connu des Français et dans l'ombre. Désormais, le chef du gouvernement existe de plus en plus aux yeux des Français et fait de l'ombre à Emmanuel Macron".

Une majorité divisée à deux ans de la présidentielle

Un autre incident politique vient renforcer l'idée d'un remaniement crucial pour Emmanuel Macron. Une fuite dans la presse d'une "note" attribuée à Gilles Le Gendre sur un remaniement ministériel vient semer la zizanie entre le groupe LaREM à l'Assemblée et le premier ministre et provoque même de sévères tensions entre les députés.

Dans cette note, dévoilée par Marianne, le président du groupe LaREM semble regretter qu'Édouard Philippe se "garde bien d'intervenir dans les affaires de la majorité". Il évoque deux "favoris" pour lui succéder : le ministre des Affaires Etrangères Jean-Yves Le Drian qui "saura gérer la majorité" mais "appuiera peu l'élan que nous souhaitons donner", et le ministre de l'Économie Bruno Le Maire, qui "porterait parfaitement la reconstruction" malgré un "faible charisme"

Emmanuel Macron n'a construit ni une force politique nouvelle ni une coalition

François Hollande
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Les députés ont surtout pris le soin de noter qu'aucun des leurs n'avait été cité par le président de groupe pour prendre la place de premier ministre. Lors d'une réunion avec ses troupes ce mardi 9 juin, Gilles Le Gendre s'est donc employé à éteindre l'incendie. "Je me sens redevable vis-à-vis de chacune et chacun d'entre vous pour réparer le lien de confiance qui a été abîmé" par la divulgation de cette note, a lancé l'élu de Paris lors d'une visio-réunion selon des propos rapportés par l'AFP.

Jamais avare de commentaires politiques, surtout quand cela concerne son successeur, François Hollande estime qu'Emmanuel Macron "n'a construit ni une force politique nouvelle ni une coalition. Sa position était que les partis n'avaient plus de rôle à jouer dans la vie démocratique. Maintenant, son propre parti est dépourvu de toute implantation locale. Nous pourrons le mesurer aux prochaines élections municipales. Pour ma part je pense que sans partis, sans organisation active des citoyens, il n'y a pas de véritable démocratie". Un parti fantôme qui pourrait être l'épine dans le pied d'Emmanuel Macron, sur la route de 2022.

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