3 min de lecture Religions

"Pour Macron, les catholiques ont un rôle politique à jouer", note Olivier Bost

ÉDITO - Lundi 9 avril au soir devant les évêques de France, Emmanuel Macron a donné sa vision de la religion dans la République. Une heure de discours qui, d'ores et déjà, réveille les réflexes des laïcs purs et durs.

Alba Ventura L'Edito politique Alba Ventura iTunes RSS
>
"Pour Macron, les catholiques ont un rôle politique à jouer", note Olivier Bost Crédit Image : AFP / LUDOVIC MARIN | Crédit Média : RTLnet | Date :
La page de l'émission
Olivier Bost
Olivier Bost
et Loïc Farge

C'est comme si Emmanuel Macron, connaissant très bien les sensibilités sur ce sujet, avait voulu faire de la provocation. Tout ne tient pas dans une phrase. Mais cette première phrase, à n'en pas douter, à été bien pesée : "Le lien entre l'Église et l'État s'est abîmé, il nous incombe de le réparer".

C'est une phrase assez étonnante de la part d'un président, puisque justement le lien entre l'Église et l'État est censé être coupé depuis la loi de 1905. Si cette phrase n'est pas faite pour provoquer, elle oblige en tout cas à écouter la suite pour mieux comprendre. Emmanuel Macron a aussi dit, lundi 9 avril au soir, que "le chemin que l'État et l'Église partagent depuis si longtemps est aujourd'hui semé de malentendus".

Emmanuel Macron veut, en quelque sorte, redonner sa place aux chrétiens dans notre Histoire. De Jeanne d'Arc au colonel Beltrame, a expliqué le chef de l'État, "la France a été fortifiée par l'engagement des catholiques". Pour le Président, ou bien les politiques ont jusque-là ignoré la religion catholique, ou alors ils ont instrumentalisé les catholiques en les réduisant à un électorat.

À lire aussi
Des ouvriers sur l'échafaudage de Notre-Dame de Paris Incendie à Notre-Dame
Notre-Dame : où en est la reconstruction de la cathédrale ?

C'est Christine Boutin, la pasionaria anti-Pacs, qui disait qu'elle représentait une part de marché dont ne pouvait pas se passer Nicolas Sarkozy à l'époque. Nicolas Sarkozy, d'ailleurs, était allé beaucoup plus loin. Souvenez-vous de sa visite au pape avec Jean-Marie Bigard, ou de cette phrase : "L'instituteur ne pourra jamais remplacé le curé !".

Décisions qui fâchent

Emmanuel Macron a une approche moins radicale. Pour lui, les catholiques ont un rôle politique à jouer. "Votre foi est une part d'engagement dont notre politique a besoin", a-t-il dit. Avant d'ajouter : "L'engagement des catholiques est vital et exemplaire pour la France". Encore de quoi faire réagir. Et peut-être pas seulement les laïcs radicalisés, comme on dit maintenant.

Il y a pourtant - ou plutôt et en même temps - des décisions politiques d'Emmanuel Macron qui fâchent au sein de l'Église. Le chef de l'État ne les a pas éludées et a fait ce qu'il demande aux catholiques. Il a fait de la politique.

On sait que ses choix en matière d'accueil des migrants irritent une partie de l'Église. Il a donc défendu la politique de Gérard Colomb, entre "humanisme et fermeté". Emmanuel Macron a aussi défendu son débat sur la prochaine loi bioéthique sur la PMA. Avec deux phrases qui promettent aussi de faire réagir. D'une part, "j'entends votre voix", a-t-il dit. Et "J'entends aussi ce souci de savoir conjuguer la filiation avec les projets que des parents peuvent avoir pour leurs enfants". Tout reste donc possible.

Il a aussi relevé que tous les jours, les mêmes qui se sont élevés contre le mariage gay ou refusent la PMA - des associations catholiques et des prêtres - accompagnent des familles monoparentales, homosexuelles ou ayant recours à l'avortement. Je ne suis pas certain que tout cela apaise les débats sur la bioéthique.

Donner une bonne place à l'Église dans le débat

Quid de la laïcité pour le chef de l'État ? Pour Emmanuel Macron, il y a - et il doit y avoir - des échanges entre l'État et l'Église. L'un et l'autre doivent partager des idées, des convictions et des doutes.

C'est ce qu'il a voulu dire lundi soir. Il veut donner une bonne place à la religion dans le débat public. Car voilà, il y a "une part catholique de la France", a-t-il expliqué. "La sève catholique doit contribuer et faire vivre notre nation", a-t-il aussi déclaré.

Un message qui va vraiment être compliqué par les laïcs. Après, à chacun de croire ou de ne pas croire. Pour le chef de l'État, la loi de 1905 est là pour ça. Ni plus, ni moins.

Pour Emmanuel Macron, c'est donc : la République et la religion qui peuvent se fréquenter, et en même temps la laïcité. Pas sûr que tout le monde s'y retrouve. Pas sûr que tout le monde s'y retrouve...

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Religions Emmanuel Macron Catholiques
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7792955547
"Pour Macron, les catholiques ont un rôle politique à jouer", note Olivier Bost
"Pour Macron, les catholiques ont un rôle politique à jouer", note Olivier Bost
ÉDITO - Lundi 9 avril au soir devant les évêques de France, Emmanuel Macron a donné sa vision de la religion dans la République. Une heure de discours qui, d'ores et déjà, réveille les réflexes des laïcs purs et durs.
https://www.rtl.fr/actu/politique/pour-macron-les-catholiques-ont-un-role-politique-a-jouer-note-olivier-bost-7792955547
2018-04-10 07:44:00
https://cdn-media.rtl.fr/cache/bcQ2bZzqqZWq17bO5uLsuw/330v220-2/online/image/2018/0410/7792955637_le-9-avril-2018-emmanuel-macron-a-appele-les-catholiques-a-ne-pas-rester-au-seuil-de-l-engagement-politique.jpg