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"Plan pauvreté" : ce que contient le texte présenté par Macron ce jeudi

ÉCLAIRAGE - Aide à la petite enfance, insertion des jeunes, accompagnement vers l'emploi... Le "plan pauvreté" sera doté de "huit milliards d'euros, répartis sur quatre ans" pour venir en aide aux plus démunis, selon Benjamin Griveaux,

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"Plan pauvreté" : ce que contient le texte présenté par Macron ce jeudi Crédit Image : LUDOVIC MARIN / POOL / AFP | Crédit Média : Anais Bouissou | Durée : | Date : La page de l'émission
Anais Bouissou
Anais Bouissou Journaliste RTL

Lancé l’an dernier, repoussé avant l’été et espéré à la rentrée... Le chantier de la lutte contre la pauvreté est décidément très attendu. Le "plan pauvreté" du chef de l’État sera enfin dévoilé jeudi 13 septembre, à partir de 10 heures, au cours d’un discours qui doit se tenir au Musée de l’Homme à Paris.

Emmanuel Macron fustigeait en juin dernier le "pognon de dingue" mis dans les aides sociales qui seraient inefficaces à faire sortir les gens de la pauvreté. Selon les chiffres de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques), les prestations de protection sociale en France s’élevaient au total à 714,5 milliards d’euros en 2016.

La stratégie à venir s’orienterait donc surtout sur "l’avant" aides sociales, à savoir la prévention pour ne pas tomber dans la pauvreté ; et sur "l’après", c’est-à-dire comment permettre aux gens de quitter la pauvreté, via notamment l’insertion dans l’emploi. 

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Ces deux thématiques se déclineront au travers de mesures dès la toute petite enfance, à l’école, pour les adolescents, puis pour les adultes jusqu’à la fin de leur carrière. Les aides sociales elles-mêmes devraient être réformées pour être plus efficaces et plus proches des réalités du terrain, comme le préconisait un rapport rendu récemment au gouvernement.

Lutter contre la pauvreté dès le plus jeune âge

Parmi les mesures attendues et en partie évoquées par la ministre de la Santé Agnès Buzyn, figureront des aides à la garde d’enfants, des bonus pour les crèches qui favorisent la mixité sociale avec un objectif de 30.000 créations de places en crèche d’ici 2022 et des aides aux familles en difficulté qui n’auraient plus à avancer d’argent pour faire garder leurs enfants.

Le but serait double : permettre l’éveil maximal des enfants issus de familles démunies. Au contact d’autres petits, ils apprendraient davantage de vocabulaire par exemple. Et permettre aux parents - qui n’auraient ainsi plus à s’occuper de leur enfant la journée - de chercher plus facilement du travail. Pour les enfants et les familles les plus pauvres, l’État devrait tenter de mieux repérer les tout-petits qui dorment dans la rue et rendre disponibles 8.000 places d’hébergement d’urgence.

Petits déjeuners dans les écoles

Selon un rapport de l’inspecteur général de l’Éducation nationale, Jean-Paul Delahaye, 13% des enfants de l’éducation prioritaire affirment ne jamais prendre de petit déjeuner avant de partir à l’école. Or avec le ventre vide, la concentration baisse notamment en fin de matinée et les enfants sont moins concentrés. 200 à 300.000 enfants au moins seraient repérés comme étant "en difficulté alimentaire".

L’une des annonces du "plan pauvreté" concernera donc le développement de la distribution des petits déjeuners et la sensibilisation à l’alimentation dans les écoles prioritaires. Des collations du matin pourront donc être distribuées au sein des établissements, en lien avec les mairies. 

Chaque commune et chaque école en zone prioritaire pourrait s’organiser de la façon qui lui convient le mieux, soit via des collations tous les jours, soit une fois par semaine, pour tous ou quelques élèves, en favorisant les circuits courts et la nourriture équilibrée. Pourquoi pas, par exemple, nouer un partenariat avec un maraîcher qui proposerait des pommes aux élèves, ou acheter le pain du boulanger du village. 

Des aides pour les 16-25 ans

6,5 millions de jeunes sont en situation de pauvreté en France. Pour éviter qu’ils y tombent et qu’ils se retrouvent sans rien faire à partir de 16 ans, l’une des mesures du "plan pauvreté" est d’obliger les jeunes de 16 à 18 ans qui ne sont ni à l’école, ni en apprentissage, ni en emploi, à se former. Une "obligation de formation" sera ainsi développée, avec un meilleur suivi de l’Éducation nationale qui devra alerter plus rapidement lorsqu'un jeune quitte le système scolaire et via un suivi plus poussé des missions locales.

Dispositif prisé par le Chef de l’État, la "garantie jeune" sera également développée. Ce dispositif combine pour les 16 - 25 ans une allocation (jusqu’à 461,72 euros), des stages et missions, et du coaching pour s’adapter au mieux à l’entreprise. De 100.000 contrats aujourd’hui, 500.000 contrats seront budgétés d’ici la fin du quinquennat.

L’insertion par l’activité économique préférée aux contrats aidés

Au-delà de l’insertion des jeunes, tous les demandeurs d’emploi de tous âges pourront découvrir un type de contrat amené à se développer : l’IAE (Insertion par l’activité économique) en entreprise ou dans des associations et en partie subventionnée par l’État. 100.000 contrats supplémentaires seront créés d’ici la fin du quinquennat, pour une méthode d’insertion qui mêle salaire au moins équivalent au SMIC, formations et tutorat pour réapprendre à s’adapter au marché du travail.

Les "territoires zéro chômeurs longue durée" vont également se développer en France, en utilisant une méthode classique : identifier ceux qui sont les plus éloignés de l’emploi et les favoriser pour trouver du travail.

Refonte des aides sociales et de santé

Le constat a été fait récemment au sein de deux rapports sur les aides sociales et le RSA remis au gouvernement : il y a aujourd’hui un manque d’efficacité du RSA (9 bénéficiaires sur 10 sont toujours au chômage un an après avoir demandé le RSA) et une inadéquation entre les aides distribuées et les besoins réels des personnes. 

Le Président devrait donc annoncer une réforme du RSA pour développer l’accompagnement vers l’emploi et des aides qui correspondent aux ressources de l’année en cours (jusqu’à présent, il y avait deux ans d’écart entre la situation d’une famille et le versement des prestations sociales) notamment pour les allocations familiales. Une uniformisation des aides, versées au même moment et dans la mesure du possible, de manière automatisée devrait être évoquée.

Côté santé, la CMU-C devrait être élargie à davantage de monde. Ceux qui jusqu’à présent étaient juste au-dessus de plafond (730 euros par mois pour une personne seule) et qui n’avaient droit qu’à une subvention (ACS, aide à la complémentaire santé) non réclamée dans un cas sur deux. Cette population - au moins 1,5 million de personnes - bénéficiera à l’avenir d’une mutuelle à prix modéré en fonction des revenus et de la situation du ménage. Une mutuelle à 1 euro par jour et par personne maximum ; plafonnée donc à 30 euros par mois.

Vers un investissement massif pour lutter contre la pauvreté ?

"Un investissement massif pour lutter contre la pauvreté", "du jamais-vu", peut-on entendre du côté du ministère de la Santé et de l’Élysée. On parle de plusieurs milliards d’euros mis sur la table. Les associations d’aide aux plus démunis reconnaissent un effort affiché et une volonté du gouvernement qui va dans le bon sens. 

Florent Gueguen, directeur de la fédération des acteurs de la solidarité, souligne notamment "un vrai plus dans les politiques de prévention et des aides favorables aux travailleurs pauvres". Du côté des professionnels de l’insertion par l’activité économique, le directeur de la fédération des entreprises d’insertion, Olivier Dupuis, évoque lui "des chiffres sur le papier qui le satisfont".

Désormais, tous attendent de voir si les annonces du président se traduiront bien dans les quatre exercices budgétaires futur du quinquennat, à commencer par le budget de l’année 2019. Et ils préviennent : ils feront les comptes pour vérifier qu’entre le "plan pauvreté" et les précédentes annonces de moindre revalorisations de prestations sociales et de baisse des contrats aidés, l’équation restera bien positive.

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